ce que l’on dit de l’Église peut être dit aussi de la Vierge et ce que l’on dit de la Vierge
Le Forum Catholique
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Chicoutimi - 2014-05-01 03:34:35
ce que l’on dit de l’Église peut être dit aussi de la Vierge et ce que l’on dit de la Vierge
Il y a du pour et du contre dans l'emploi du terme de "co-rédemptrice". Voici quelques pistes pour la réflexion :
1- Pour savoir si l'on peut dire de Marie qu'elle est co-rédemptrice, il nous faut voir si l'on peut dire cela de l'Église. En effet, il y a un adage dans la Tradition (je crois qu'il est de saint Bernard) qui veut que : "ce que l’on dit de l’Église peut être dit aussi de la Vierge et ce que l’on dit de la Vierge peut être dit aussi de l’Église" (adage cité par le Pape François lors d'une Audience)
Or, si le Christ est le seul Rédempteur, il appert que l'Église est en quelque sorte co-rédemptrice puisque "Hors de l'Église, point de salut".
2- Le Pape saint Pie X, sans employer le terme de "co-rédemptrice", va en ce sens en employant l'image du "cou" (la Vierge marie) et celle de la tête (le Christ) dans l'encyclique Ad Diem Illum
Le Père Garrigou-Lagrange le confirme dans "Les trois âges de la vie intérieure" lorsqu'il dit : "Marie, qui a mérité le titre de Co-rédemptrice et celui de Médiatrice universelle, est le modèle des âmes réparatrices par ses souffrances au pied de la croix. Par elles, elle nous a mérité de congruo, ou d'un mérite de convenance, fondé sur la charité, tout ce que le Verbe fait chair nous a mérité en stricte justice. S. S. Pie X (Encycl. Ad diem ilium, 2 févr. 1904) a approuvé cet enseignement commun des théologiens. Et Benoît XV a ratifié le titre de corédemptrice en disant que « Marie, en union avec le Christ, a racheté le genre humain, ut dici merilo (mea! ipsanz cum Christo hurnanum genus redemisse » (Lettre du 22 mars 1918, Acta Apost. Sed. X, 182). C'est ainsi que Marie est devenue la Mère spirituelle de tous les hommes."
3- Il est vrai cependant que certains fidèles s'en remettent à une révélation privée (les apparitions d'Amsterdam) où la Vierge Marie aurait demandé la proclamation du 5e dogme marial : "Marie, Co-rédemptrice, Médiatrice et Avocate".
Notons, au passage, que les qualificatifs de "Médiatrice" et "Avocate" font déjà partie de la doctrine de l'Église. En effet, le Concile Vatican II, dans la Constitution "Lumen Gentium", au chapitre 8, déclare : "C’est pourquoi la bienheureuse Vierge est invoquée dans l’Église sous les titres d’avocate, auxiliatrice, secourable, médiatrice". Le terme de "co-rédemptrice n'est pas mentionné, mais le Concile ajoute, à propos de la Vierge Marie : "elle apporta à l’œuvre du Sauveur une coopération absolument sans pareille par son obéissance, sa foi, son espérance, son ardente charité, pour que soit rendue aux âmes la vie surnaturelle. C’est pourquoi elle est devenue pour nous, dans l’ordre de la grâce, notre Mère."
Il faudrait donc voir en quoi le qualificatif de "co-rédemptrice" nous aide à mieux comprendre le mystère de l'Église avant de l'employer. Car, si la piété mariale authentique nous conduit au Christ, la doctrine mariologique véritable a pour but de nous faire mieux comprendre le mystère de l'Église (d'où la très bonne idée des Pères conciliaires d'intégrer la doctrine sur Marie à l'intérieur de la constitution sur l'Église).
4- Il semble que la proclamation d'un 5e dogme marial aurait déjà été demandé à Benoît XVI par des cardinaux, dont le Cardinal Télesphore Toppo, en 2006, après un symposium sur cette question
Il semble qu'une conférence, à Rome, à laquelle ont participé plusieurs évêques (et même un évêque anglican), aurait préparé le terrain à cette demande
5- Par contre, une réticence envers le nouveau dogme semble provenir de la difficulté que cela amènerait dans le dialogue œcuménique. Il faut dire que, quelques années auparavant, en juin 1997, L’Osservatore Romano avait publié la déclaration de la Commission théologique du Congrès mariologique international de Czestochowa à propos de demandes adressées au Saint-Siège en faveur de nouvelles définitions dogmatiques en mariologie (la définition des titres marials de «Médiatrice», «Co-rédemptrice» et «Avocate»). Or, cette déclaration a été accompagnée d’une note explicative de l’Académie pontificale mariale internationale. Nous proposons les deux documents dans leur intégralité.
Voici un résumé :
"Puisque les titres marials de «Médiatrice», «Co-rédemptrice» et «Avocate» peuvent être compris de manières très différentes, leur définition dogmatique semble inopportune. De toute façon, une telle définition s’écarterait des orientations du texte mariologique de Vatican II. En effet, les Pères du Concile, après mûre réflexion, ont décidé de ne pas procéder à de nouvelles définitions dogmatiques en mariologie. Cela ne veut pas dire que le Concile ait définitivement bloqué tout progrès de la doctrine concernant Marie : il s’agit simplement de souligner le poids d’une décision très récente prise lors d’un Concile oecuménique sur une question qui est grave, théologiquement parlant, et qui continue d’être discutée. Dans ce contexte, il faut approfondir les questions liées aux titres concernés." (Textes italiens dans l’Osservatore Romano du 4 juin 1997. Traduction de la DC. Voir DC 1997, n° 2164, p. 693-696. Titre de Questions actuelles.)
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