La question de Ritter mérite d'être posée et élargie

Le Forum Catholique

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le torrentiel -  2014-03-22 08:19:58

La question de Ritter mérite d'être posée et élargie

Le pape est-il au courant que son prédécesseur a érigé un Institut de droit pontifical ayant pour "rite exclusif" la forme extraordinaire du rite latin et chargé de lui présenter une critique constructive du Concile Vatican II?


Cette question mérite d'être examinée dans la mutation de l'Eglise à laquelle nous assistons.


Je précise que je ne suis pas en train de souhaiter sous cap la fermeture de l'IBP. Bien au contraire, le ressaisissement de l'Eglise par ses composantes auquel appelle le pape me paraît être une très grande chance.


Mon avis ne sera pas du tout partagé sur ce forum (sur la désaffection duquel Candidus a récemment ouvert un fil: j'avais même commencé de préparer une réponse, car je me sens concerné par cette désaffection, n'étant pas du tout traditionaliste). Mais ce que semble ouverir le pape à travers "Evangelii gaudium", c'est une eglise, concile de ses fidèles.


Personnellement, je me sens en phase avec cette conception de l'Eglise -et je suis conscient de pousser la pensée de françois plus loin qu'il ne va lui-même-. Mais c'est une conséquence de son sens de l'infaillibilité du Peuple de Dieu.


Dans l'intérêt du forum et pour m'en tenir à ses préoccupations, la partie la plus exposée du traditionalisme catholique, à savoir la Fraternité Saint-Pie X, n'a pas senti que son intérêt était de réinttégrer la structure éclésiale, à la fin du pontificat de benoît XVI. Cela lui vaudra une longue marginalisation. Je l'avais écrit en son temps en analysant par le menu une conférence nantaise très alambiquée de mgr Fellay. La seule chance du traditionalisme catholique de sortir de cette marginalité est d'accepter les modalités du débat que propose françois en pointillé. Accepter, fût-ce momentanément, que l'Eglise, sans être une démocratie, devienne un concile permanent de ses fidèles, serait la seule voie possible d'une réconciliation des catholiques des deux bords sur le plan fraternel et humain, Faute de cette réconciliation, le traditionalisme est durablement condamné à perdre du terrain, parce qu'il refuse de voir que "la recomposition" (celle dont on parle par exemple à propos des familles) est le paradigme de la modernité. Le catholicisme n'est pas condamné à se répéter comme si le corps du ressuscité pouvait être celui d'un perroquet. Sa foi n'a pas été fixée à la mort du dernier apôtre, ni sa discipline, qui ne devrait plus varier. Le traditionalisme n'est pas de cet avis; mais s'il veut continuer à le dire et à être entendu, il ne doit pas parler à ses frères dans l'Eglise comme à des ennemis.


Or la pointe avancée des débatteurs traditionalistes est constituée par le charisme même de sa fondation, des prêtres de l'IBP, pourvu que l'Institut sache clarifier et requalifier auprès des autorités dont elle dépend, avec sainte ruse ou dans la transparence, au gré de la bienveillance de ces autorités, le statut de sa critique.


L'intuition prophétique des fondateurs de l'IBP pourrait bien la faire devenir la base restaurationniste des soldats de la papauté dans le grand débat qu'elle ouvre à l'Eglise.


Le pape est-il au courant qu'une célèbre compagnie de "soldats du pape", la Société de Jésus, a passé son temps à lui désobéir et à contester son autorité? J'oubliais: le pape est issu de cette compagnie. L'IBP, qui n'est encore qu'une jeune pousse, pourrait bien, si elle agit avec discernement, jouer un rôle analogue à celui de la compagnie de Jésus, mais du côté opposé (si je simplifie le combat des positions, qui ne sont pas aussi tranchées).
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