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Le film dans la représentation du mal
La seconde question concernant le contenu du film idéal d'action regarde la représentation du mal : est-il permis de choisir, et avec quelles précautions doit-on traiter le mal et le scandale, qui, sans aucun doute, occupent une place très importante dans la vie de l'homme ? Assurément celle-ci ne pourrait se comprendre, au moins dans les conflits de grande importance, si on fermait les yeux sur les fautes qui en sont souvent la cause. L'orgueil, l'ambition démesurée, la soif du pouvoir, le désir avide des richesses, l'infidélité, les injustices, les moeurs dissolues, sont malheureusement les traits du visage et des actions de bien des gens, et courent partout, hélas, à travers l'histoire. Mais une chose est de connaître les maux en demandant à la philosophie et à la religion d'en donner l'explication et les remèdes ; autre chose d'en faire un objet de spectacle et de distraction. Or bien des gens trouvent un charme presque irrésistible à donner au mal une forme artistique, à décrire son efficacité et son déroulement, ses voies manifestes ou cachées, avec les conflits qu'il engendre ou à travers lesquels il se fraie son chemin. On dirait que beaucoup ne sauraient puiser l'inspiration ailleurs que dans le royaume du mal, ne fût-ce que comme fond de tableau pour le bien, comme une ombre sur laquelle la lumière ressort plus nettement. A cette attitude d'âme de nombreux artistes correspond dans les spectateurs une disposition analogue dont Nous avons déjà parlé. Un film idéal peut-il prendre une telle matière comme objet ? Les plus grands poètes et les plus grands écrivains de tous les temps et de tous les pays se sont occupés de cette question âpre et difficile, et ils le feront encore à l'avenir.
Il est naturel de donner une réponse négative à une telle demande lorsque la perversité et le mal sont présentés pour eux-mêmes ; si ce mal représenté est approuvé, au moins de fait ; s'il est décrit sous des formes provocantes, insidieuses, corruptrices ; s'il est montré à ceux qui ne sont pas en état de le dominer et de lui résister. Mais quand il n'y a aucun de ces motifs d'exclusion ; quand le conflit avec le mal, et même sa victoire temporaire, sert par rapport à tout l'ensemble à faire comprendre plus profondément la vie, sa bonne direction, le contrôle de sa propre conduite, à éclairer et consolider le jugement et l'action ; alors une telle matière peut être choisie et mêlée, comme contenu partiel, à l'ensemble de l'action. Le film est à juger selon le critère qui doit régir toute oeuvre artistique analogue : la nouvelle, le drame, la tragédie, et toute oeuvre littéraire. Même les Livres Saints de l'Ancien et du Nouveau Testament, en tant que miroir fidèle de la vie réelle, renferment des narrations du mal, de son action et de son influence dans la vie des particuliers, comme dans celle des races et des peuples. Eux aussi laissent pénétrer le regard dans le monde intime, souvent tumultueux, des hommes d'alors ; ils racontent leurs chutes, leur relèvement ou leur fin. Tout en étant rigoureusement historique, la narration a souvent l'allure des drames les plus forts, les couleurs sombres de la tragédie. Le lecteur est frappé de l'art singulier et de la vivacité des descriptions, qui, même du simple point de vue psychologique, sont des chefs-d'oeuvre incomparables. Il suffit de rappeler les noms : Judas Caïphe, Pilate, Pierre, Saül. Ou bien à l'époque des Patriarches : l'histoire de Jacob, les aventures de Joseph en Egypte dans la maison de Putiphar dans les livres des Rois : l'élection, la réprobation, la fin tragique du roi Saül ; ou bien la chute de David et son repentir ; la rébellion et la mort d'Absalon ; et d'autres événements innombrables. Là le mal et la faute ne sont pas dissimulés par des voiles trompeurs, mais racontés comme ils arrivèrent en réalité. Cependant même cette portion du monde contaminé par la faute est enveloppée d'une atmosphère d'honnêteté et de pureté répandue par celui qui, tout en restant fidèle à l'histoire, n'exalte ni ne justifie aucunement la perversité mais incite de façon évidente à la condamner ; de la sorte la vérité sans apprêt ne suscite pas d'impulsions ou de passions désordonnées, au moins chez les personnes mûres.
Au contraire: le lecteur sérieux devient plus réfléchi, plus clairvoyant ; son esprit, se repliant sur lui-même, est amené à se dire : "Veille à ne pas être toi aussi induit en tentation" (cf. Gal. 6, 1) ; "si tu te tiens debout, veille à ne pas tomber" (cf. I Cor. 1O, 12).
De telles conclusions ne sont pas suggérées seulement par la Sainte Ecriture, mais elles sont aussi le patrimoine de la sagesse antique et le fruit d'une amère expérience. Admettons donc que le film idéal lui-même puisse représenter le mal : faute et chute, mais qu'il le fasse dans un but sérieux et sous des formes convenables, en sorte que sa vision aide à approfondir la connaissance de la vie et des hommes, à améliorer et à élever l'esprit.
Que le film idéal fuie donc toute forme d'apologie et encore plus d'apothéose du mal, et qu'il manifeste sa réprobation dans tout le cours de la représentation, et non pas seulement dans la conclusion, qui arriverait souvent trop tard, après que le spectateur est déjà alléché et bouleversé par les excitations mauvaises.
Telles sont les considérations que Nous voulions vous exposer sur le film idéal en relation avec son objet, c'est-à-dire avec son contenu. Il ne Nous reste maintenant qu'à ajouter une brève parole sur le film idéal dans son rapport à la communauté