Le Forum Catholique
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New Catholic - 2014-03-14 22:08:00
The Tree of Life
Je pensais qu'il avait fait un review de The Tree of Life, et je n'avais pas tort.
C'est le dernier film que j'ai vu au cinéma avec ma maman, alors un autre bon souvenir (et ses sujets est la vie, la mort, et l'au-delà).
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Et des belles images ici: http://www.youtube.com/watch?v=GCxDZaWRAvo
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La Palme d'or ? Mais c'est catho !
http://ab2t.blogspot.com/2011/05/la-palme-dor-mais-cest-catho.html
par l'abbé Guillaume de Tanoüarn
Nous avons tous mangé du fruit de l'arbre de vie. L'arbre de vie ? C'est The tree of life, le cinquième film de Terrence Malick, le plus ambitieux - et sans doute le plus grand. Vivants, nous vivons forcément quelque chose qui nous dépasse, nous le vivons jusqu'au bout, même si nous n'en avons pas envie. En vie sans envie ? Encore faut-il savoir ce qu'est la vie.
Terrence Malick, 67 ans, dont le père est un chrétien chaldéen, ne fait pas semblant. Il ne se cache pas derrière son pouce ou derrière ses images. La Palme d'or de Cannes cette année est un film biblique et même évangélique, un film que l'on ne peut regarder qu'en entrant, avec la voix off, dans une méditation sur la vie, la mort, le péché... "Comment es-tu venu jusqu'à nous ? Par quelle forme ? Par quels masques ?" demande Madame O'Brien (Jessica Chastain, lumineuse) qui vient de perdre son enfant. C'est la question qui court tout le long du film. Les masques tombent à la fin : d'ailleurs, le temps d'une image, on les voit tomber. Terrence Malick estime qu'il a fait son travail.
Il a voulu montrer la vie et les deux voies dont nous parle L'Imitation de Jésus-Christ, dans un passage de ce livre [merci à Laurent Dandrieu de l'avoir identifié - Troisième livre, chapitre 54], lu au début du film, quand Madame O'Brien se souvient de l'éducation qu'elle a reçu chez les soeurs. Deux voies ? Il y a la voie de la nature, suivie par le père, Mr O'Brien, Brad Pitt dans un rôle de composition éblouissant. Son obsession, comme celle de tout Américain qui se respecte, quelques complexes en plus : réussir. Il y a la mère, Jessica Chastain, sourire, effacement, tendresse : la grâce. "Père, mère, vous luttez encore en moi et vous lutterez jusqu'à la fin" dit Sean Penn, Jack, l'aîné des trois enfants du couple, qui revient sur ce qui a construit sa vie. d'adulte.
Il faut reconnaître que le film est difficile à suivre. Ce qu'il embrasse c'est toute la création, depuis l'univers en ses galaxies jusqu'à l'infiniment petit. La perspective est tellement vaste qu'elle pourrait être loufoque. Elle est simplement belle. Elle nous ôte toute envie de croire... au hasard. Les images sont sublimes, montrant d'abord l'effervescence végétale. On assiste ensuite à l'émergence de la vie animale dans le monde, ces bulles d'eau qui se révèlent de petits têtards portant partout la bonne nouvelle d'un nouveau Règne, d'un nouveau monde. Puis ce sont les dinosaures : Terrence Malick n'en fait-il pas trop ? Le combat de deux dinosaures, l'un possédant l'autre, pose le problème du mal. Ce problème est partout, jusque dans la nature. Il est aussi dans les petits enfants qui grandissent chez les O'Brien. Comme des têtards magnifiques et ambigus. Ces enfants portent la vie ; ils portent aussi le drame qui couve.
J'ai lu ici et là que The tree of life est un film "protestant". Depuis quand les protestants lisent ils l'Imitation de Jésus Christ ? Depuis quand leurs églises sont elles abondamment décorées de statues, comme l'église de ce village du Texas ? Depuis quand envoient-ils les jeunes filles chez les Soeurs ? Le précédent film de Terrence le Nouveau monde avait des harmonies panthéistes. Celui-là ? Il me semble simplement catholique - à la fois foncièrement optimiste et hardiment pessimiste.
Il me semble que c'est CELA - cette dimension ouvertement religieuse, de prière, de méditation d'une voix off, selon la technique déjà mise en oeuvre par Terrence Malick - oui c'est cela qui fait fuir le public. A Guérande, où je me trouve ce soir, il y avait vingt personnes dans une salle ultra-moderne. Quatre sont parties au bout d'une demie heure. Deux ensuite. Pourquoi une telle hémorragie ? J'entendais deux dames à la fin du film - des bas bleus locaux sans doute - disant gravement : "Bon ! Y va falloir décrypter".
C'est vrai qu'on en prend plein la figure. C'est vrai que les séquences se superposent racontant à la fois l'origine du monde, la vie d'une famille et les états d'âme d'un quinqua. C'est vrai que l'on sent venir le drame et qu'il ne vient pas forcément d'où on l'attend. C'est vrai que l'on n'attendait pas la parabole finale, qui est une manière de nous introduire à la vie éternelle. Il faut aller voir ce film comme on va à la messe...
Catholique ce film ? - Sociologiquement sans doute, je l'ai dit. Mais surtout théologiquement. une fois de plus la grande question du film est celle du mal. Le mal est partout : Jessica Chastain, si passive dans son amour inconditionnel pour son mari et ses enfants, n'est-elle pas elle-même un relai du mal ? Son fils aîné le lui reprochera. Lui voudrait tout simplement tuer le père, qui, au nom du Bien et parce qu'il aime ses enfants, fait régner sur la maison une atmosphère de terreur.
Terrence Malick multiplie les plans de contre-plongée. Il nous plaque au sol. Nous ne voyons plus rien, ne comprenons plus rien, que le petit bout de monde qu'il nous est donné de voir. Un peu comme dans la vraie vie. J'ai pensé au verset du psaume : Adhaesit in terra venter noster. Avec un tel pessimisme, on pourrait s'attendre, s'il s'agissait d'un film théologiquement protestant, à ce que l'on nous montre les bons et les méchants, ceux que Dieu a élu et ceux qu'il rejette. C'est vrai qu'il y a dans l'air un côté "petite maison dans la prairie". Mais non ! Le huis-clos familial ne durera pas toujours. La réconciliation de tous sera la plus forte. Cet optimisme final me semble typiquement catholique. L'arbre de vie porte les bourgeons de la vie éternelle. Il suffit d'accepter sa vie, d'être vrai avec elle, d'accueillir le bonheur et le malheur et, à travers les épreuves (voilà le catholicisme), c'est l'amour qui sera le plus fort. "Sans l'amour, n'hésite pas à dire Terrence Malick, la vie passe comme un éclair".
L'année dernière, nous avions, comme grand prix du Jury, le film de Xavier Beauvois Des hommes et des dieux, sur le martyre des sept moines de Tibhirine. Cette année, avec Terrence Malick, nous avons la Palme d'or, l'une des plus belles paraboles de la destinée humaine qu'il m'ait été donné de connaître. Il faut y aller ! Pas "pour décrypter" comme disaient mes deux bas-bleus de tout à l'heure, mais pour... méditer. Comme à la messe ! Ce film c'est quelque chose comme une grand-messe... "la messe sur le monde" dirait Teilhard. Oui, mais en plus grandiose, à cause des images et des effets spéciaux. Et... en plus quotidien, car Teilhard n'aurait pas imaginé Brad Pitt en Mr O' Brien, papa insupportable de bonne volonté qui se convertit in extremis ! Ni Jessica Chastain, en mère éplorée et sentinelle de l'invisible.
Décidément, il y a plusieurs films dans ce film : trouvez le vôtre !
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