Le fossé dont vous parlez n'est pas avant tout magistériel.

Le Forum Catholique

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Scrutator Sapientiæ -  2014-02-27 22:46:44

Le fossé dont vous parlez n'est pas avant tout magistériel.

Bonsoir Athanase,

Je m'exprime un instant au contact de votre première phrase : "On nous dit souvent qu'il y a un fossé entre l'Eglise et la FSSPX à cause du statut du concile."

D'une part, je me suis efforcé ce matin de rappeler, s'il en est besoin, que ce n'est pas parce que Vatican II est un Concile pastoral qu'il est, de ce fait, dépourvu de contenu doctrinal, ni dépourvu d'un contenu doctrinal qui lui est relativement propre (UR, NA, DH, GS).

Ce n'est donc pas uniquement le contenant, le statut, mais c'est également le contenu, les textes, du Concile Vatican II, qui rendent la réconciliation difficile.

D'autre part, je m'efforce ce soir de rappeler qu'en amont et en surplomb des textes du Concile, il y a toute une théologie (une anthropologie et une ecclésiologie), et que, en amont et en surplomb de cette théologie, il y a toute une philosophie, id est toute une relation intellectuelle à l'homme et au monde ; une philosophie et une théologie face auxquelles les évêques qui, autour de Mgr LEFEBVRE, ont combattu, ont résisté, au moment du Concile.

Les théologiens qui ont inspiré Vatican II n'étaient pas d'accord sur tout, les deux dernières sessions, puis l'après-Concile, l'ont assez bien montré, mais ils étaient d'accord sur l'essentiel, ou plutôt sur ce qui, à leur yeux, faisait partie de l'essentiel : il fallait "en finir" avec une ecclésiologie controversiste qui pouvait d'autant moins être actualisée qu'elle était considérée comme totalement inadaptée.

Il ne s'agit pas pour moi d'accorder à ces théologiens plus d'autorité qu'au Concile lui-même, ni de considérer qu'il est à tout jamais impossible que Mgr FELLAY dise "OUI", par exemple, à DV, sous prétexte que Mgr LEFEBVRE a dit "NON", en son temps, à Henri de Lubac, qui a été l'un des admirateurs ou l'un des inspirateurs de ce texte.

Mais il s'agit pour moi de vous rappeler que le Concile Vatican ne reflète pas seulement son exposition à une ambiance, à un contexte, à une époque, propres aux années 1960, mais traduit aussi son exposition à un courant théologique qui est né à la fin des années 1930 (j'ai déjà proposé 1937 comme date de naissance) et qui n'a pas attendu les années 1960 pour commencer à acquérir de l'importance, à exercer de l'influence.

Sans doute suis-je plus pessimiste que vous, mais je suis tenté de conclure ce message de la façon suivante : OUI à une possibilité de réconciliation, à l'ouverture d'une fenêtre d'opportunité, si Dieu le veut, mais NON à une réalisation de cette réconciliation qui reposerait sur un malentendu fondamental sur la nature et le volume, l'ampleur et la portée des divergences, certainement passées, et sans doute encore en partie présentes, entre l'Eglise et la FSSPX.

Volontairement, je n'aborde pas, notamment dans le cadre de ce message, la question liturgique ; les divergences non négligeables auxquelles je fais allusion se situent en effet à un autre niveau.

Je le raccourcis ou je le résume sans doute bien mal, mais je crois que dire OUI à la totalité du Concile Vatican II revient à dire OUI à l'intégralisme et au personnalisme qui le sous-tendent ; a contrario, il n'est pas encore démontré que l'on puisse dire OUI à la totalité du Concile, tout en disant NON à cet intégralisme et à ce personnalisme que certains de ses textes traduisent plus que d'autres.

Et il me semble que cet intégralisme là, ce personnalisme là, n'est pas qu'une question d'état d'esprit associé à un moment donné, dans l'histoire de l'Eglise.

Je vous souhaite une bonne nuit et vous dis à bientôt.

Scrutator.
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