On oublie trop

Le Forum Catholique

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Jean Ferrand -  2014-01-21 16:23:27

On oublie trop

On oublie trop que l’Église judéo-chrétienne de Jérusalem, composée de juifs devenus chrétiens, était en réalité bilingue, et ce dès l'origine. On le voit par l’institution des Sept diacres, qui étaient tous des hellénistes.

On doit à l’Église de Jérusalem deux très beaux textes, tous deux rédigés en grec, qui font partie de la Bible chrétienne : l'épître de Jacques et l'épître de Jude. Ce sont deux lettres parénétiques qui ne font aucune allusion au conflit larvé entre judéo-chrétiens et pagano-chrétiens.

L'épître de Jacques est une espèce d'encyclique adressée au monde entier : "Jacques, serviteur de Dieu et du Seigneur Jésus-Christ aux douze tribus de la Diaspora. Salut !" (Jc 1,1) Les douze tribus, ce sont tous les juifs de la Diaspora devenus chrétiens, mais ce sont aussi tous les chrétiens du monde entier, quelle que soit leur origine, intégrés spirituellement dans les douze tribus du nouvel Israël qu'est l’Église de Dieu. On sait que, d'après la doctrine chrétienne, chacun des apôtres, loin de se limiter aux fidèles de sa circonscription, avait autorité sur tous les chrétiens sans exception. Saint Paul ne se priva certes pas de cette autorité, comme on le voit par exemple dans l'épître adressée aux Romains, une Église qu'il n’avait pas fondée personnellement.

Jacques cependant, dans son épître, fait allusion à une mauvaise interprétation possible de la doctrine du salut par la foi, qui était chère à saint Paul. L'épître de Jacques est à dater forcément d'avant le martyre de cet apôtre en 62 de notre ère.

L'épître de Jude est plus tardive ; elle est à dater d'après 70. En effet elle contient un commentaire transparent de la deuxième épître de Pierre, dont elle déclare réalisées les prophéties. Elle est forcément postérieure à ce document.

Enfin, mais ceci est une opinion personnelle, nous devons au diacre Philippe l'un des Sept, helléniste lui-même, diacre de l’Église de Jérusalem, la rédaction finale en grec de l'évangile de Matthieu, après avoir hérité d'une part de l'évangile araméen de cet apôtre, et d'autre part de l'évangile de Marc (les deux sources) à la suite de sa rencontre avec Luc, compagnon de Paul, à Césarée maritime en 57-59 de notre ère.
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