Eusèbe

Le Forum Catholique

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Jean Ferrand -  2014-01-21 15:13:50

Eusèbe

Eusèbe de Césarée explique très bien, dans son livre IV, chapitres V et VI, comment a disparu l’Église judéo-chrétienne de Jérusalem. Elle a été anéantie, avec tous les juifs, par la répression de la révolte de Bar-Khokéba, en 132-135 de notre ère.



CHAPITRE V
Les évêques de Jérusalem depuis le Sauveur jusqu'à cette époque. (La seconde révolte juive).

Quant aux évêques de Jérusalem, je n'ai trouvé conservées nulle part les dates qui les concernent ; on raconte seulement qu'ils ont siégé très peu de temps. J'ai lu toutefois que, jusqu'au siège des Juifs sous Hadrien, il y avait eu là quinze successions d'évêques. On dit qu'ils étaient tous hébreux de vieille roche et qu'ils avaient reçu d'une âme sincère la connaissance du Christ. Aussi, dès ce temps-là, des gens compétents pour se prononcer en pareille question déclarèrent qu'ils étaient dignes de la charge épiscopale. D'ailleurs, l'Église de Jérusalem était alors composée uniquement d'Hébreux fidèles. Il en fut ainsi depuis les apôtres, jusqu'au siège que subirent les Juifs révoltés de nouveau contre Rome et où ils furent détruits en de terribles combats.

Comme les évêques de la circoncision prennent fin à cette époque, il est peut-être nécessaire d'en donner ici la liste depuis le premier. Le premier fut donc Jacques, le frère du Seigneur ; le second après lui, Siméon ; le troisième, Juste; Zacchée, le quatrième; le cinquième, Tobie ; le sixième, Benjamin ; Jean, le septième ; le huitième, Matthias ; le neuvième, Philippe, le dixième, Sénèque ; le onzième, Juste; Lévi, le douzième; Ephrem, le treizième; le quatorzième, Josèphe ; enfin le quinzième, Judas. Tels furent les évêques de la ville de Jérusalem depuis les apôtres jusque au temps dont il est question présentement ; ils appartenaient tous à la circoncision.

Le règne d'Hadrien en était alors à la douzième année [128-129], Xystus avait accompli la dixième de son épiscopat à Rome et Télesphore lui succédait ; il était le septième depuis les apôtres. Un an et quelques mois plus tard, Eumène obtint la première dignité dans l'Église d'Alexandrie ; il venait ainsi au sixième rang de succession ; son prédécesseur avait duré onze ans.


CHAPITRE VI

LE DERNIER SIÈGE DES JUIFS SOUS HADRIEN

La révolte des Juifs prenait donc à nouveau de plus vastes proportions. Rufus, gouverneur de Judée, après avoir reçu des renforts de l'empereur, profita sans pitié des folies de ces réfractaires et marcha contre eux. Il leur tua des masses serrées d'hommes, de femmes et d'enfants ; puis, selon les lois de la guerre, les déposséda de leur pays.

Le chef des Juifs s'appelait Barchochébas, nom qui signifie étoile. Il n'était du reste qu'un voleur et un assassin ; mais par son nom, il imposait à ces hommes serviles, et se donnait pour un astre qui leur était venu du ciel et qui devait les éclairer dans leurs malheurs.

La guerre était dans toute son intensité, la dix-huitième année du règne [134-135], et elle était concentrée autour de Bether, petite ville très forte, à peu de distance de Jérusalem. Le siège dura longtemps; la faim et la soif réduisirent les révoltés aux dernières extrémités de la misère. L'auteur de cette folie en subit le juste châtiment et, depuis ce temps, tout le peuple reçut, par une loi et des prescriptions d'Hadrien, la défense absolue d'approcher du pays qui entoure Jérusalem : si bien qu'il était interdit aux Juifs de regarder même de loin le sol de leur patrie. C'est ce que raconte Ariston de Pella.

Ainsi Jérusalem n'avait plus de Juifs dans ses murs et elle en était venue à perdre complètement ses anciens habitants : elle ne renfermait plus que des étrangers. La ville romaine qui lui fut substituée changea de nom, et, en l'honneur de l'empereur Aelius Hadrianus, elle fut appelée Aelia. L'Église qui s'y trouvait n'était également plus composée que de Gentils. Le premier qui en devint évêque, après ceux de la circoncision, fut Marc.



Il y eut certes des tiraillements entre les judéo-chrétiens et les chrétiens d'origine païenne, comme nous le savons par les Actes des Apôtres (tenue du Concile de Jérusalem puis incident d'Antioche) et par Paul lui-même dans l'épître aux Galates. Ce à quoi faisait allusion Jean-Paul Parfu. Mais il n'y eut jamais schisme, c'est-à-dire rupture proprement dite. Les judéo-chrétiens sont restés jusqu'au bout de vrais chrétiens, reliés à la Grande Église. L’Église judéo-chrétienne est morte de sa belle mort avec tous les institutions juives résidant en Palestine, à la suite de la révolte de Bar-Khokéba en 135. Jérusalem fut même interdite aux juifs par l'empereur Hadrien et Jérusalem débaptisée en Aelia capitolina.

La nouvelle Église qui s'installa par la suite fut une Eglise helléniste, pagano-chrétienne comme nous si je puis dire. Elle sera illustrée entre autres par saint Cyrille de Jérusalem.
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