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Dans un entretien au quotidien italien La Stampa du 15 décembre 2013, le pape François a voulu corriger les mauvaises interprétations de sa récente Exhortation apostolique Evangelii gaudium. En réponse aux néo-conservateurs américains qui ont vu dans ce document les thèses de l’économiste hongrois d’inspiration socialiste Karl Polanyi (1886-1964), le pape rétorque qu’en rejetant la thèse libérale du « ruissellement », selon laquelle la croissance des richesses ruissellerait sur les plus pauvres, il n’est pas devenu pour autant marxiste. Selon François qui tient à préciser qu’il n’a pas parlé en spécialiste économique, l’exhortation ne contient « rien qui ne se trouve déjà dans la doctrine sociale de l’Eglise », – mais on peut légitimement se demander quelle est l’efficacité de la doctrine sociale de l’Eglise, amputée qu’elle est aujourd’hui de la doctrine du règne social de Jésus-Christ, au nom de la liberté religieuse et du dialogue interreligieux. (NDLR)
A propos des divorcés remariés, le pape tente également de dissiper un malentendu. « J’ai parlé du baptême et de la communion comme nourriture spirituelle pour aller de l’avant, à considérer comme un remède et non comme une récompense. Certains ont tout de suite pensé aux sacrements pour les divorcés remariés mais (…) je voulais seulement indiquer un principe. (…) L’exclusion de la communion pour les divorcés qui vivent une seconde union n’est pas une sanction. (…) Du mariage dans sa complexité, nous parlerons aux réunions du consistoire en février. Puis le thème sera affronté au Synode extraordinaire d’octobre 2014 et encore durant le Synode ordinaire l’année suivante. Dans ces lieux, tant de choses seront approfondies et clarifiées. »
Sur l’idée de femmes cardinaux, « je ne sais pas d’où est sortie cette blague », déclare François : « Les femmes dans l’Eglise doivent être valorisées mais non ‘cléricalisées’. »
Comme l’affirmait Mgr Bernard Fellay dans l’entretien qu’il a récemment accordé à DICI (voir DICI n°286 du 06/12/13) : « Je crois qu’un des plus grands malheurs de ces propositions (du pape), c’est qu’elles ont enlevé la crédibilité, elles ont ôté une grande partie de crédibilité au souverain pontife, si bien que lorsqu’il doit parler ou qu’il devra parler de choses importantes, ces propos seront mis au même niveau que les autres. On dira : ‘Il cherche à plaire à tout le monde : un coup à gauche, un coup à droite’. J’espère me tromper, mais on a bien l’impression que ce sera une des lignes de ce pontificat. Plus on est élevé, en position d’autorité, plus il faut faire attention à ce qu’on dit, et surtout pour la parole du pape. Je pense qu’il parle trop. En conséquence, sa parole est galvaudée, vulgarisée : peut-être dans le sens le plus profond du terme. »
L’universitaire italien Pietro L. Di Giorgi, cité par Sandro Magister sur chiesa.espressonline le 19 octobre 2013 apporte un éclairage complémentaire : « Le pape François semble douter que la culture du Logos dans laquelle a mûri le christianisme puisse encore être la forme privilégiée et universelle pour qu’il se donne au monde.
« Compte tenu de son origine, celle d’une Amérique latine qui expérimente depuis des années un rejet diffus de ce christianisme venu d’Europe occidentale qui aurait trop introjecté (i.e ; incorporé) les processus de sécularisation, François semble s’associer à une forme de déculturation du christianisme qui privilégie la puissance jaillissante de l’annonce évangélique dégagée de la cage de formes culturelles historiquement déterminées. La vérité chrétienne – a-t-il écrit dans sa lettre à Eugenio Scalfari publiée dans La Repubblica du 11 septembre – est ‘l’amour de Dieu pour nous en Jésus-Christ et donc une relation qui nous est donnée seulement comme un chemin et une vie’. (…) il est évident que la forme préférée de l’annonce évangélique pour le pape François n’est pas l’encyclique ou la leçon, mais plutôt l’homélie, la lettre, l’interview.
« C’est là que son discours coule à nouveau à chaque fois comme si c’était la première fois, marqué par l’espérance dans la grâce de Dieu qui se manifeste toujours, et ne se laisse pas prendre au piège dans les formes doctrinales traditionnelles d’un christianisme qui souvent lui semble prendre la forme d’un ‘jeu intellectuel’, d’une ‘casuistique morale stérile’, d’une ‘idéologie’. »
La contrepartie de cet anti-intellectualisme est la nécessité, observée depuis maintenant neuf mois, d’avoir à préciser et rectifier dans des entretiens postérieurs les malentendus suscités par les déclarations antérieures.
(Sources : Radio Vatican/La Croix/chiesa.espressonline – DICI n°287 du 20/12/13)