Il n'y a "parfois" ni anticipation, ni communication.

Le Forum Catholique

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Scrutator Sapientiæ -  2013-11-11 21:50:27

Il n'y a "parfois" ni anticipation, ni communication.

Bonsoir Minger,

J'abonde dans le sens de votre message, notamment sur deux points que j'évoque avec d'autant plus de liberté qu'ils ne relèvent pas de la tentative de transmission à un évêque de doléances légitimes, en matière doctrinale, liturgique ou pastorale.

1. J'habite dans un diocèse dans lequel, dès le milieu des années 1980, toutes les données démographiques et géographiques relatives à la couverture territoriale du diocèse étaient "sur la table" ; toutes ces données, ainsi que les projections qu'il était possible d'établir, à leur contact, montraient que le diocèse allait, lentement mais sûrement, "dans le mur", compte tenu de la diminution du nombre de prêtres, de leur non remplacement, ou de leur vieillissement.

Or, il a fallu attendre le début des années 2000 pour qu'il y ait une réorganisation du diocèse, au demeurant plus en surface qu'en profondeur, en ce qui concerne le nombre et la taille des doyennés et des paroisses.

2. Dans le même diocèse, j'ai conservé le souvenir d'une lettre pastorale, datée du début des années 1990, et intitulée "Dieu merci pour le diocèse" ; il s'agissait d'une lettre pastorale au début de laquelle l'évêque écrivait, dès le deuxième paragraphe : "il y a des problèmes (dans le diocèse), mais comme tout le monde les connaît, je ne vais pas en parler".

Mais si personne n'a le droit ou ne semble avoir le droit de parler publiquement de ces problèmes, id est de problèmes d'intérêt général, comment se fait-il que tout le monde les connaisse ?

3. Une entreprise qui fonctionnerait de cette manière, soviétoïde, finirait par faire faillite, et c'est d'ailleurs comme cela que cela va se terminer, à tous le moins dans certains diocèses de France, au plus tard à la fin de cette décennie, mais quel évêque anticipe et communique, d'une manière explicite et objective, sur ces questions qui, comme vous le voyez, relèvent du gouvernement du diocèse ?

4. Je souffre, nous souffrons, vous souffrez, mais que dire de la majorité des prêtres diocésains, qui subissent chaque jour, depuis des décennies ou pendant des décennies, une situation qui est "parfois" aussi absolument lamentable ?

5. Sous un angle sociologique, ce dont nous sommes "parfois" témoins n'est pas sans rappeler ce qui est arrivé à certaines formations politiques ou syndicales, dans lesquelles l'état-major est structurellement, voire volontairement, déconnecté de la réalité subie et vécue sur le terrain...

6. Certes, l'Eglise catholique n'est pas et n'a pas à être "basiste", n'en déplaise, au demeurant, à certains évêques, mais force est de constater qu'au bout d'un moment un tel mode de gouvernance pose de gros problèmes de crédibilité ou de fiabilité "managériale", sinon de légitimité "magistérielle".

7. Ce n'est sans doute pas pour cette raison, ni pour une autre, d'ailleurs, qu'il ne faut plus jamais ni rien dire, ni rien faire, mais je reconnais que "le contexte interne" est devenu de plus en plus désespérant.

8. Je termine ce message sur une dernière observation : ce que je décris et déplore ci-dessus n'est pas une question de génération : le cléricalisme épiscopal se reproduit régulièrement, y compris dans un contexte général de diminution du nombre de clercs.

P S : je ne sais pas pourquoi, mais ce que je suis en train d'écrire me fait penser à ceci :

Ici.

Je vous remercie pour votre message, et je vous souhaite bon courage.

Scrutator.
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=737484