Merci beaucoup + Quelques remarques rapides.
Le Forum Catholique
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Scrutator Sapientiæ - 2013-11-07 12:03:59
Merci beaucoup + Quelques remarques rapides.
Bonjour et merci, Anne Charlotte Lundi.
En ce qui concerne Mémoire et identité, j'ai en effet trouve ceci :
Ici.
Rapidement, je considère globalement ce qui suit :
1. La modernité est née au XVI° siècle, quand il y a eu une quadruple révolution : politique, avec Machiavel, religieuse, avec Luther, économique, avec le colonialisme et l'impérialisme, intellectuelle, sur le plan philosophique comme sur le plan scientifique ; la modernité n'est donc pas née en 1789, ni même au début du siècle des Lumières, et je vous renvoie ici à la vision de l'histoire de la philosophie politique qui est celle, notamment, de Léo STRAUSS ;
2. Le modernisme est une mauvaise réponse à une bonne question ; ce n'est pas parce que la réponse est mauvaise que la question n'est pas bonne, bien au contraire ; je crois en effet qu'il nous faut prendre en charge et en compte cette question, celle de l'actualisation, id est de la concrétisation, du christianisme catholique, face au monde moderne, MAIS SUREMENT PAS en y répondant au moyen d'une subordination du christianisme catholique vis-à-vis du monde moderne.
3. Les Papes les plus récents ont entendu répondre au défi posé à l'Eglise par la modernité en transformant le christianisme catholique en une proposition de Foi et de vie chrétiennes, une proposition, elle-aussi, HUMANISTE, mais humaniste intégrale, humaniste transcendante.
4. C'est cela qui a abouti à une ligne de pensée, à un type de discours, qui s'en prend aux principes et aux pratiques de la modernité d'une manière moins frontale qu'au sein du Magistère des Papes jusqu'à Pie XII.
5. En gros, on a fréquemment entendu reconnaître à la modernité le bénéfice de "la bonne intention", laquelle n'aurait donné de mauvais résultats que par endroits, par moments, à cause d'abus ou d'excès, en contradiction presque "anti-moderne" avec l'intention initiale, laquelle serait restée sauve, mais aurait besoin d'être recanalisée, reconfigurée, au contact de la doctrine morale et de la doctrine sociale de l'Eglise, pour pouvoir être (ré)humanisée.
6. Ma vision des choses est beaucoup plus radicale : à mes yeux,
- l'histoire de la modernité est comparable à un itinéraire qui est ou se veut de plus en plus émancipateur, vis-à-vis de toute hétéronomie, alors que cette itinéraire risque d'être de plus en plus asservissant, notamment à cause de la mutation du psychisme humain et de la soumission au progrès technique,
tandis que
- l'histoire du christianisme ou l'histoire du salut est comparable à un pèlerinage qui a vocation à être de plus en plus édificateur, à contact d'une hétéronomie, reçue et transmise dans et par la Foi, l'Espérance, la Charité.
7. Mon impression est la suivante : les Papes récents ont fréquemment entendu faire passer ce pèlerinage édificateur pour un itinéraire lui aussi émancipateur (pour que l'on ne puisse plus reprocher au christianisme catholique d'être opposé à "la liberté des modernes"), mais émancipateur d'une manière humaniste chrétienne, en vue de davantage de respect et de souci pour la dignité et la liberté de l'homme, ainsi que pour la solidarité entre les hommes.
8. Et je suis convaincu qu'à partir de Veritatis Splendor, il y a eu réactivation, réaffirmation, de cette vérité première :
- non, le christianisme catholique n'est pas avant tout ni seulement un itinéraire émancipateur vis-à-vis de toute hétéronomie, un itinéraire émancipateur qui serait d'inspiration humaniste chrétienne,
- oui, le christianisme catholique
a) continue à prescrire un pèlerinage édificateur, au contact et au moyen d'une hétéronomie, la Foi surnaturelle et la loi naturelle,
b) n'est donc pas réductible à un humanisme chrétien qui serait exclusivement un accompagnateur humanisateur de la modernité,
c) porte en lui un potentiel de dissensus, vis-à-vis des fondements même de la modernité, dès lors que celle-ci, en débouchant sur l'hyper-modernité actuelle, continue
- d'une part, à s'affranchir de tout ce qui pourrait l'empêcher d'aller jusqu'au bout de son itinéraire émancipateur, y compris dans ses aspects les plus asservissants,
- d'autre part, à manifester son attachement aux idéaux des Lumières, lesquelles ont été "pré-formées" au XVII° siècle, si l'on considère les apports de Descartes, Hobbes, Locke, Spinoza.
9. Pour le dire autrement, en des termes plus actuels, plus français, je le dis comme ceci :
a) on peut toujours faire remarquer que les deux triptyques contemporains
- Communauté, Identité, Ummanité,
- Libertarisme, Egalitarisme, Fraternitarisme,
sont deux falsifications, et non deux concrétisations, du triptyque républicain Liberté, Egalité, Fraternité,
b) mais si l'on veut aller jusqu'au bout de leur mise en cause,
- on ne doit pas se contenter de dire, de la manière la plus consensuelle possible, que leurs abus ou excès vont à l'encontre de la véritable dignité, de la véritable liberté, la véritable solidarité de l'homme,
- on doit consentir à dire, d'une manière dissensuelle, car exigeante, objectante, radicale, spécifique, que ce sont leurs fondements mêmes qui vont à l'encontre de la Foi, de l'Espérance, et de la Charité.
10. J'ai l'habitude de distinguer entre la composante patristique, la composante monastique, la composante scolastique et la composante tridentine de la Tradition de l'Eglise catholique ; depuis le milieu du XX° siècle, nous serons en présence d'une composante humaniste qui, dans l'espoir de rendre le christianisme catholique plus attirant,
- moins opposé, par principe, aux fondements du monde moderne,
donc
- moins repoussant, du point de vue attribué au monde moderne,
n'hésiterait pas à le présenter comme s'il s'agissait d'un itinéraire, lui aussi émancipateur, donc lui aussi moderne, mais néanmoins humaniste intégral, humaniste transcendant, car le plus ou le seul propice à la véritable dignité, à la véritable liberté, à la véritable solidarité de la conscience et de la personne humaines.
11. Cette composante humaniste se condamne peut-être à une impuissance lucide, si elle refuse de (faire) connaître et comprendre ce qui suit : la modernité, sécularisatrice, n'est pas accidentellement, mais intentionnellement, déchristianisatrice, car
- il n'y a pas, à l'origine de cette itinéraire émancipateur, des idées chrétiennes qui sont devenues folles, au sens où elles ne seraient devenues folles que par la suite, au travers d'abus ou d'excès tels que ceux connus et subis au XX° siècle :
- il y a une volonté affichée et assumée de faire en sorte que les notions d'autorité des vertus surnaturelles théologales et de dépendance des coeurs et des moeurs, vis-à-vis du seul vrai Dieu, Père, Fils, Esprit, soient de moins en moins des réalités pensées, priées, vécues, dans l'esprit public et dans le corps social.
12. Je pense que vous aurez reconnu, au contact de ce qui précède, les raisons profondes de mon opposition au gaudium-et-spisme : la phrase du Christ : "Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle !" n'a pas à être édulcorée, euphémisée, au moyen d'une phrase telle que celle-ci : "Humanisez-vous, et faites monter la Terre jusqu'au Ciel".
Je suis vraiment désolé pour ce message, et je vous souhaite une bonne journée.
Scrutator.
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