Une alternative religieuse, face à une crise spirituelle.
Le Forum Catholique
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Scrutator Sapientiæ - 2013-10-13 07:40:43
Une alternative religieuse, face à une crise spirituelle.
Bonjour et bon dimanche, Athanase.
Je réagis en quelques mots, au contact de votre message, et non, si j'ose dire, en présence du "Présent" dans lequel s'exprime Béatrice BOURGES.
1. Quel doit-être ou quel peut-être le rôle de "la Tradition", compte tenu de la crise actuelle ? A mes yeux, mais je ne suis évidemment pas le porte-parole de la dite Tradition, son rôle est le suivant : concevoir et déployer, impulser et incarner une alternative avant tout religieuse, même si elle n'est pas seulement religieuse, face à une crise avant tout spirituelle, même si elle n'est pas seulement spirituelle.
2. En effet, la crise actuelle, s'il est possible de la caractériser,
- n'est pas avant tout conjoncturelle, économique, "civilisationnelle", juridico-politique, "organisationnelle" : ce n'est pas parce que le monde actuel sera mieux "aménagé" ou "organisé", en apparence, qu'il "fonctionnera" mieux, en réalité ;
- est avant tout axiologique, fondamentale, "anthropologique" et "pneumatologique", "catégoriale" et "comportementale" : nous vivons une crise qui découle notamment du mépris ou de l'oubli du SENS de la relation à Dieu, de la vocation de l'homme, de la vocation de l'Eglise, de la relation au monde.
3. Dans l'ensemble, et notamment parce que la nature et l'histoire résistent de plus en plus à leur mise en oeuvre, ce sont les fondements mêmes du constructivisme rationaliste, du matérialisme productiviste, de "l'humanisme" et du "socialisme", du sensualisme et du technicisme, qui révèlent, un peu plus chaque jour, sous nos yeux, toutes leurs limites.
4. A mon sens, "la Tradition" devrait pouvoir manifester et représenter une alternative pleinement religieuse, donc avant tout confessante et ouverte sur la transcendance, et non avant tout dialoguante et ouverte sur l'immanence, face à une telle crise.
5. Il ne s'agit donc pas en priorité d'une alternative "culturelle", "sociétale", ou "politique", qui serait une contre-offensive axiologique, une "génération" ou une "restauration" "morale", face aux seules conséquences, les plus déplorables et perceptibles, de la crise actuelle.
6. Je fais un rêve : je rêve de la conception et de la diffusion, au sein de "la Tradition", d'une grille d'analyse religieuse de la crise actuelle qui serait commune à l'ensemble de "la Tradition", car pour moi c'est le préalable "intellectuel" et "théologal", doctrinal et spirituel, absolument indispensable, avant de faire quoi que ce soit.
7. Et c'est ici que les difficultés commencent, puisque, au sein même de "la Tradition", tout le monde n'a pas la même perception des éléments ou la même relation aux éléments qui pourraient être propices à la mise en forme de cette grille d'analyse.
8. Dans l'espoir de me faire comprendre, je prendrai un exemple célèbre de grille d'analyse : les trois encycliques de Jean-Paul II, Veritatis Splendor, Evangelium Vitae, Fides et Ratio ; ce triptyque doctrinal pourrait-il être facilement considéré comme une grille d'analyse commune à "la Tradition", un référentiel fondamental commun à "la Tradition" ? Je n'en suis pas absolument certain...
9. De mon point de vue,
- la "diabolisation", par principe, d'une grande partie du Magistère pontifical contemporain, tenu pour équivoque par principe, orthodoxe par exception,
- la "polarisation" philosophique et théologique autour du thomisme, dans son acception néo-scolastique post-tridentine,
- la référence permanente, presque à titre exclusif, à des lettres encycliques de Souverains pontifes dont le dernier cité est mort en 1958,
sont de nature à nuire à la mise en forme d'une grille d'analyse, à la fois attractive ET convaincante, à la fois contemporaine ET fondamentale, qui serait à la fois "commune" à "la Tradition" et "parlante" pour au moins une partie de ceux qui voudraient s'affilier davantage à ce que j'appelle "une alternative religieuse, face à une crise spirituelle".
10. Volontairement, je n'en dis pas beaucoup plus, mais il me semble que c'est cela, le préalable "intellectuel" et "théologal" : la mise en forme d'une vision des choses qui serait à la fois exigeante, dans ses fondements, dans son contenu, et indulgente, vis-à-vis de ceux qui ont des difficultés cognitives ou culturelles à ne prendre appui que sur le Magistère pontifical antérieur à Jean XXIII et sur le néo-thomisme post-tridentin.
11. Je tiens à préciser qu'il n'y a aucune ironie, aucun jugement, dans ce que je viens d'écrire : je ne dis pas que le Magistère pontifical jusqu'à Pie XII inclus, que le néo-thomisme post-tridentin, sont totalement dépourvus de valeur, pour comprendre et faire comprendre, en des termes catholiques, la crise actuelle, mais j'affirme que ces références, qui sont toujours nécessaires,
- sont devenues insuffisantes, compte tenu de la complexité et de la diversité de cette crise, qui nécessite AUSSI, pour être pleinement comprise, la "mobilisation" de "problématiques" que l'on ne trouve ni chez Pie XII, ni chez Saint Thomas,
et
- sont même parfois inopérantes, en tout cas, inopérantes "en première approche", dans les relations qu'il nous arrive d'avoir, avec des catholiques non traditionnels, ou, a fortiori, avec des non catholiques, qui ne connaissent ni l'un, ni l'autre.
12. Or, à partir du moment où l'on considère que la quasi totalité du Magistère pontifical contemporain est impactée, d'une manière globalement invalidante, par un adogmatisme et un oecuménisme d'inspiration "consensualiste fraternitaire", il me semble qu'il est difficile d'aller en direction de la prise en compte bienveillante d'au moins une partie, notamment celle citée ci-dessus, de ce même Magistère, pour édifier, pour formuler, la grille d'analyse à la fois attractive ET convaincante, à la fois contemporaine ET fondamentale, que je crois indispensable à "la Tradition".
13. Pour reprendre une formule de Mgr FELLAY : "il faut une unité de pensée, pour qu'il y ait une unité d'action" ; "unité de pensée" ne veut pas nécessairement dire "uniformité intellectuelle", et le problème de l'unité de la pensée se pose partout, y compris chez les catholiques qui se réfèrent davantage au "Renouveau", mais je crois que le problème de fond est celui-ci : au sein de "la Tradition", l'unité de pensée est "parfois" conçue comme devant reposer, non sur une ouverture bienveillante et vigilante, mais sur une fermeture réfractaire ou réticente, vis-à-vis du Magistère pontifical contemporain.
14. Et il me semble que c'est cette attitude là qui caractérise une partie non négligeable du positionnement d'une partie de la Tradition, dans ses analyses et dans ses attitudes, face à la crise actuelle
Demandeur et preneur de toute remarque ou suggestion, même critique, je vous remercie par avance pour tout message, au contact du mien, et je vous souhaite un bon dimanche.
Scrutator.
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