encore une fois un homme des années 1970
Le Forum Catholique
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Luc Perrin - 2013-10-05 14:50:11
encore une fois un homme des années 1970
De plus en plus, le Saint Père paraît être âgé : c'est un homme, au vu de ce qu'on lit et entend de sa prise de parole depuis quelques semaines, des années 1970.
A l'époque on croit à l'enfouissement, on crie à la décléricalisation", on refuse le "triomphalisme", on prône le travail des prêtres et la suppression du "sacerdoce", on confond syndicat-parti politique et religion, le féminisme touche l'Église etc.
On croit que la visibilité (soutane, clergyman etc. ou la liturgie en latin qui tranche sur le banal etc.) est négative, qu'elle serait un obstacle à l'évangélisation. On imagine qu'en abandonnant les traditions, les masses restées hors de l'Église seraient attirées et s'en approcheraient.On est persuadé que le "banal" se confond avec le "bien" et le "beau".
On a vu ce que cela a donné ensuite : un désastre.
Mais le Saint Père, avant d'être élu, a évité les ophtalmologues avec soin puisqu'il voit lui en 2013 une Église en parfaite santé ... Il faut aussi savoir que la Société de Jésus dispose depuis le généralat Arrupe d'une bonne fabrique de lunettes roses et chaque père en reçoit plusieurs paires.
Le conclave a-t-il élu non seulement un pape du passé mais en outre un pape aveuglé par un optimisme qui déborde du "surnaturel", consubstantiel à tout chrétien, à la réalité historique et sociologique du catholicisme actuel ?
On repère les 2 axes jésuites arrupien et du P. Kolvenbach : a) l'axe de l'action envers les pauvres pour supplanter la promotion de la doctrine catholique [décret 4 de la 32è congrégation générale 1975] b) l'interreligieux au-delà de l'oecuménisme strict et bien entendu de la mission dévalorisée comme "prosélyte". C'est presque exactement ce que suggère le pape François.
En 1966, le Général Arrupe énonçait : “de cette situation naît l'obligation morale de la Compagnie de repenser toutes ses missions et toute forme d'apostolat pour voir s'ils répondent vraiment aux priorités urgentes que la justice et l'équité sociale réclament” (cité par le P. Kolvenbach dans une conférence de 2000). Ce sont quasiment les mots du pape.
Ajoutons un "réformisme" intra-ecclésial tel que le cardinal jésuite Martini et le Père Valadier sj ou encore le Jésuite américain Thomas Reese en ont esquissé les grandes lignes.
Les "prophètes de malheur" ou les prophètes du "tout-va-bien" me semblent également critiquables.
annexe : le programme du cardinal Martini dans une interview posthume au Corriere della Serra (publiée en français par La Croix du 2/09/2012):
« L’Église est fatiguée. Notre culture a vieilli, nos églises sont vastes, nos maisons religieuses sont vides, et l’appareil bureaucratique de l’Église se développe. Nos rites et nos habits sont pompeux (…) Nous nous trouvons dans la situation du jeune homme riche qui s’éloigne, empli de tristesse, alors que Jésus l’appelle à devenir son disciple. Je sais bien qu’il est difficile de tout laisser… Mais au moins pourrions-nous chercher des hommes libres et attentifs au prochain, comme l’ont été Mgr Romero et les martyrs jésuites du Salvador. Où sont les héros qui pourraient nous inspirer ? En aucun cas, nous ne devrions nous en tenir aux limites de l’institution. (…) Dans l’Église aujourd’hui, je vois tant de cendres qui cachent les braises que je me sens souvent pris d’un sentiment d’impuissance. Comment peut-on libérer ces braises pour revigorer la flamme de l’amour ? (…) Je conseille au pape et aux évêques de chercher, pour les postes de direction, douze personnes « hors normes », proches des pauvres, entourées de jeunes, qui expérimentent des choses nouvelles. Nous avons besoin de ce contact avec des hommes qui brûlent, pour que l’Esprit puisse se diffuser partout.
Mon premier conseil est la conversion. L’Église doit reconnaître ses propres erreurs et entreprendre un chemin radical de changement, à commencer par le pape et les évêques. À commencer par les questions posées sur la sexualité et le corps. (…) Nous devons nous demander si les gens écoutent encore les conseils de l’Église en matière sexuelle. L’Église est-elle encore, dans ce domaine, une autorité de référence ou seulement une caricature pour les médias ?
Mon deuxième conseil est l’écoute de la Parole de Dieu. (…) Seul celui qui reçoit cette Parole dans son cœur peut aider au renouvellement de l’Église et saura répondre avec justesse aux demandes personnelles. (…) Ni le clergé ni le droit canonique ne peuvent se substituer à l’intériorité de l’homme. Tous les règlements, les lois, les dogmes ne nous sont donnés que pour clarifier la voix intérieure et aider au discernement de l’Esprit.
Enfin, les sacrements sont pour moi, non pas des instruments de discipline, mais un appui à la guérison des hommes pris dans les faiblesses de la vie. Portons-nous les sacrements à ceux qui ont besoin d’une force nouvelle ? Je pense à tous les divorcés et aux familles recomposées. Ils ont besoins d’une protection spéciale. L’Église soutient l’indissolubilité du mariage. C’est une grâce lorsqu’un mariage et une famille y parviennent. (…) L’attention que nous porterons aux familles recomposées sera déterminante pour la proximité de l’Église avec la génération de leurs enfants. Une femme abandonnée par son mari trouve un nouveau compagnon qui s’occupe d’elle et de ses enfants. Ce second amour réussit. Si cette famille est discriminée, la mère et ses enfants s’éloigneront. Si ces parents se sentent extérieurs à l’Église, ne se sentent pas soutenus par elle, l’Église perdra les générations futures. (...) La demande d’accès des divorcés à la communion doit être prise en compte. Comment l’Église peut-elle venir en aide avec la force des sacrements à ceux qui vivent des situations familiales complexes ? (…)
L’Église est en retard de 200 ans. Aurions-nous peur ? Peur au lieu de courage ? La foi, la confiance, le courage sont les fondements de l’Église. (…) Seul l’amour peut vaincre la fatigue. Je le vois bien avec toutes les personnes qui m’entourent désormais. »
[à voir aussi le "rêve" (cauchemar ?) du même cardinal Martini au Synode pour l'Europe de 1999]
ps. 200 ans, le compte nous renvoie à la Révolution française donc à la révolution libérale : c'est à la compromission avec le libéralisme, constamment rejetée de Pie VI à Benoît XVI par le Magistère romain, qu'appelait le Cardinal jésuite de Milan, à la manière d'un Charles X roi de France dont on disait qu'il n'avait rien oublié et rien appris...
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