A propos de l'homélie du Pape François du 14 mars 2013.

Le Forum Catholique

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Scrutator Sapientiæ -  2013-09-14 09:50:43

A propos de l'homélie du Pape François du 14 mars 2013.

Bonjour à tous,

Voici ce que je crois utile, six mois après, de rappeler :

Ici.

MESSE AVEC LES CARDINAUX - HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS Chapelle Sixtine - Jeudi 14 mars 2013

" Dans ces trois lectures je vois qu’il y a quelque chose de commun : c’est le mouvement. Dans la première lecture le mouvement sur le chemin ; dans la deuxième lecture, le mouvement dans l’édification de l’Église ; dans la troisième, dans l’Évangile, le mouvement dans la confession. Marcher, édifier, confesser.

Marcher. « Maison de Jacob, allons, marchons à la lumière du Seigneur » (Is 2, 5). C’est la première chose que Dieu a dite à Abraham : Marche en ma présence et sois irrépréhensible. Marcher : notre vie est une marche et quand nous nous arrêtons, cela ne va plus. Marcher toujours, en présence du Seigneur, à la lumière du Seigneur, cherchant à vivre avec cette irréprochabilité que Dieu demandait à Abraham, dans sa promesse.

Édifier. Édifier l’Église. On parle de pierres : les pierres ont une consistance ; mais des pierres vivantes, des pierres ointes par l’Esprit Saint. Édifier l’Église, l’Épouse du Christ, sur cette pierre angulaire qui est le Seigneur lui-même. Voici un autre mouvement de notre vie : édifier.

Troisièmement, confesser. Nous pouvons marcher comme nous voulons, nous pouvons édifier de nombreuses choses, mais si nous ne confessons pas Jésus Christ, cela ne va pas. Nous deviendrons une ONG humanitaire, mais non l’Église, Épouse du Seigneur. Quand on ne marche pas, on s’arrête. Quand on n’édifie pas sur les pierres qu’est ce qui arrive ? Il arrive ce qui arrive aux enfants sur la plage quand ils font des châteaux de sable, tout s’écroule, c’est sans consistance. Quand on ne confesse pas Jésus Christ, me vient la phrase de Léon Bloy : « Celui qui ne prie pas le Seigneur, prie le diable ». Quand on ne confesse pas Jésus Christ, on confesse la mondanité du diable, la mondanité du démon.

Marcher, édifier-construire, confesser. Mais la chose n’est pas si facile, parce que dans le fait de marcher, de construire, de confesser, bien des fois il y a des secousses, il y a des mouvements qui ne sont pas exactement des mouvements de la marche : ce sont des mouvements qui nous tirent en arrière.

Cet Évangile poursuit avec une situation spéciale. Le même Pierre qui a confessé Jésus Christ lui dit : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. Je te suis, mais ne parlons pas de Croix. Cela n’a rien à voir. Je te suis avec d’autres possibilités, sans la Croix ; Quand nous marchons sans la Croix, quand nous édifions sans la Croix et quand nous confessons un Christ sans Croix, nous ne sommes pas disciples du Seigneur : nous sommes mondains, nous sommes des Évêques, des Prêtres, des Cardinaux, des Papes, mais pas des disciples du Seigneur.

Je voudrais que tous, après ces jours de grâce, nous ayons le courage, vraiment le courage, de marcher en présence du Seigneur, avec la Croix du Seigneur ; d’édifier l’Église sur le sang du Seigneur, qui est versé sur la Croix ; et de confesser l’unique gloire : le Christ crucifié. Et ainsi l’Église ira de l’avant.

Je souhaite à nous tous que l’Esprit Saint, par la prière de la Vierge, notre Mère, nous accorde cette grâce : marcher, édifier, confesser Jésus Christ crucifié. Qu’il en soit ainsi ! "

1. Je ne sais s'il faut y voir une "homélie - programme", à moins qu'il faille attendre, pour pouvoir prendre connaissance du diagnostic prospectif, de la vision motrice, du pontificat, un prochain discours "du 22 décembre" ou une prochaine lettre encyclique qui sera alors, pour ainsi dire, la véritable première lettre encyclique du Pape François.

2. Pour ma part, je demeure convaincu, au risque de me répéter,

- que l'on ne marchera pas vers le Christ dans l'angélisme, l'irénisme, l'utopisme, ni dans l'absence d'exigences religieuses et spirituelles objectantes, et pas seulement invitantes, en direction des chrétiens non catholiques, des croyants non chrétiens, et des non croyants ;

- que l'on n'édifiera pas sans procéder à une analyse rétrospective sans complaisance de plusieurs décennies d'émancipation, vis-à-vis des fondamentaux du catholicisme, voire d'éradication d'une partie de ces fondamentaux, et non d'édification, au contact et au moyen de ces fondamentaux, notamment en matière doctrinale et liturgique ;

- que l'on confessera d'autant mieux et d'autant plus qu'on le fera ad intra ET ad extra, dans le cadre d'une Eglise avant tout confessante, et non dans le cadre d'une Eglise avant tout dialoguante, le dialogue devant pouvoir être mis au service de l'annonce, et non au service d'une convergence, confuse ou diffuse, inter-religieuse.

3. Par ailleurs, et au risque de me tromper, je rappelle aussi que la magna carta de l'ONGisation de l'Eglise n'est autre que le gaudium-et-spisme, cet état d'esprit qui n'a certes pas attendu Gaudium et Spes pour apparaître dans l'Eglise, mais dont on ne peut pas dire qu'il soir totalement absent de Gaudium et Spes.

4. A ce sujet, en cherchant bien, j'ai retrouvé ce qui suit :

« À tête reposée, en dehors de cette surchauffe romaine qui les enfièvre, mis en garde par quelque avertissement du Pape contre les erreurs du naturalisme, 99 % des Pères auraient certainement écarté ce Schéma dangereux avec mépris. Mais condamnés à l'accepter comme base de discussion, ayant à grand tort accepté ainsi de défendre la foi sur un terrain qui lui est étranger et même ennemi, la minorité a manifesté une combativité très relative. Mais, événement providentiel, dont personne ne semble avoir compris la signification ni la portée, l'infanterie germanique, se retournant contre les Français a changé en un moment le sort de la bataille. (…) Une nouvelle fois, comme au seizième siècle, les dissidents de l’Église romaine se divisent en deux camps ennemis, celui de l'optimisme pélagien, de l'humanisme païen, de l'hédonisme grossier ou léger de la Renaissance, camp français (et belge ! et canadien !), mais, à l'encontre, celui du pessimisme augustinien, du dramatisme luthérien, camp germanique... Preuve qu'une fois perdu le juste Credo catholique, les réformés se dispersent en factions extrêmes et contradictoires. Mais enfin, c'était le salut !

« Ainsi nous avons entendu la minorité dénoncer cette inquiétante phénoménologie qui ouvre la voie au marxisme et recouvre l'idée teilhardienne de l'évolution du monde, contraire à la doctrine des fins dernières ; cette fallacieuse description des signes des temps ne collectionne que les indices favorables, mais omet les déficiences et les péchés, les désordres sociaux, les immoralités, la souffrance, le mal, le caractère caduc et misérable du monde présent. Un comble : on ne parle pas du Christ crucifié. On oublie le mystère de la Croix qui est le mystère du salut. On trompe les hommes, car la charité ne peut être vécue qu'avec l'aide de la grâce que le Christ nous a méritée par sa Croix !

« Mais voici les Allemands. Le cardinal Béa proteste contre la soustraction des choses terrestres à la Royauté du Christ, contrairement à l'enseignement de Pie XI dans Quas primas. Le cardinal Frings, oui ! développe au Concile les trois formules que j'énonce à peu près seul, depuis un an : " Le texte a besoin d'une refonte totale, et pas seulement de corrections superficielles ; il contient une notion équivoque du peuple de Dieu ; le terme de monde est approximatif et confus ; le but du Schéma reste ambigu : tout cela donne l'impression d'une grave confusion entre progrès humain et salut surnaturel... " Extraordinaire confirma-tion de mes travaux ! (…) Mgr Volk : " Si le Schéma disait vrai, ce serait un Évangile nouveau ! Le Christ n'est pas seulement le couronnement, mais le Principe et le fondement de l'ordre universel, seul Sauveur du monde tombé dans le péché. Notre fin surnaturelle ne peut être atteinte ni par l'évolution ni par l'histoire ! " Et de réclamer, comme Mgr Romero, que le rôle de l'Église ne soit pas relégué au dernier chapitre mais qu'il soit exposé en premier lieu, parce qu'il est le fondement de tout...

« Mgr Renard a sauvé l'honneur du clergé français par ses justes remarques pastorales : " L'espérance chrétienne est dans le Christ et dans l'Église, non dans l'homme et dans le monde. Il faudrait aussi souligner les conséquences du péché originel et de l'ambiguïté existentielle des valeurs humaines, confesser la misère de l'homme, dire plus clairement que le Christ apporte une nouveauté absolue dans le monde de chaque personne. Le Schéma cite la parole de saint Irénée : La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant. Mais il faut dire aussi, toujours avec saint Irénée : La vie de l'homme, c'est la vision de Dieu. "Je proteste depuis des années contre cette falsification obstinée de la parole de saint Irénée, tronquée systématiquement pour ramener le surnaturel chrétien au naturalisme des nourritures terrestres. Enfin un évêque dénonce l'erreur ! ... » (...)

4. Le fait que je fasse référence à ce texte ne signifie absolument pas que je souscris à la totalité des appréciations qui figurent sur la même page, mais historiquement, c'est vrai : il s'est trouvé au moins trois Pères du Concile, au début de l'automne 1965, qui ont critiqué l'inspiration et l'orientation générales de Gaudium et Spes : Mgr FRINGS, Mgr VOLK, et Mgr RENARD.

5. Je précise que mon objectif n'est pas d'écrire ce que le Pape devrait dire, ou devrait faire ; mon objectif est de prendre appui sur une certaine cohérence, et sur une certain degré et un certain type d'exigences, présentes, à juste titre, dans l'homélie du 14 mars 2013, pour montrer, après d'autres, et moins bien qu'eux, que si les mots ont un sens, ils signifient que nous avons donc vocation

- à marcher vers le Christ, et non vers un christianisme post-confessionnel,

- à édifier, à réédifier sans cesse, avant tout dans la Foi, l'Espérance, la Charité, et non avant tout en ne pensant qu'à ou en ne parlant que de la dignité, la liberté, la solidarité, de l'Homme,

- à confesser le seul vrai Dieu, le seul Seigneur, le seul Sauveur, et non à faire entendre ou à laisser entendre que, non seulement dans l'ordre "juridico-politique", mais aussi dans l'ordre "pneumatico-religieux", toutes les religions et traditions sont également "légitimes", et comportent la même valeur ou les mêmes valeurs.

Bonne journée à tous.

Scrutator.
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