On a perdu le sens du Mystère et de la Parole.
Le Forum Catholique
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Scrutator Sapientiæ - 2013-09-10 07:43:41
On a perdu le sens du Mystère et de la Parole.
Bonjour à tous les quatre, et aux autres liseurs aussi, bien sûr.
1. Tout ce que vous écrivez est fort juste : beaucoup ont perdu
- le sens chrétien de la crainte et de la sagesse, alors que l'une et l'autre sont deux des sept dons du Saint Esprit,
- le respect et le souci de la part d'austérité, d'autorité, de la dépendance, vis-à-vis de Dieu, et de la discipline, inspirée par Dieu, qui sont inhérentes à la vie chrétienne.
2. Or, il n'y a pas de vie chrétienne un tant soit peu solide et valide
- sans une part de crainte de Dieu, et une part de sagesse en Dieu,
- sans une part d'acceptation, voire d'approbation, de l'austérité et de l'autorité, de la dépendance et de la discipline.
3. Encore faut-il que ces notions soient bien comprises, et que ces réalités soient bien vécues : "autant que"..."pas plus que", suis-je tenté d'écrire, mais la tentation de minimiser le bien-fondé théorique et pratique de ces notions et de ces réalités sera toujours plus présente, au sens de : plus courante, plus fréquente, que la tentation de survaloriser leur légitimité.
4. On a entendu être plus accueillant et plus indulgent, moins exigeant et moins objectant, plus dialoguant et moins confessant, on a ouvert l'Eglise sur presque tout et sur presque tous, mais bien peu y sont entrés, et beaucoup en sont sortis : tels sont les moyens, d'ordre anthropologique et axiologique, mais aussi d'ordre programmatique et psychologique, par lesquels, à mon avis, depuis, au moins 1945, les hommes d'Eglise, dans leur majorité, ont pratiqué la confusion entre christianisme catholique et irénisme systémique, ou la soumission de celui-là à celui-ci.
5. Je voudrais par ailleurs, bien que je ne sois évidemment pas toujours à la hauteur des remarques qui suivent, évoquer deux aspects ou enjeux complémentaires, je dirais même les deux aspects ou enjeux les plus fondamentaux : la perte du sens du Mystère de Dieu, et la perte du sens de la Parole de Dieu.
6. Je vais essayer de m'exprimer comme un observateur, et non comme un imprécateur :
- bon nombre de catholiques n'ont jamais eu et n'auront jamais en eux une exigence intérieure, "spirituelle", de respect et de souci de l'appropriation et de la communication du sens du Mystère de Dieu, en général, des mystères inspirés ou institués par Dieu, en particulier, et ce n'est certes pas le gaudium-et-spisme qui leur donnera l'envie, l'idée, l'intention ou l'occasion de s'ouvrir, d'une manière durable, féconde, profonde, sur cette exigence intérieure d'ouverture de l'âme sur le sens du Mystère de Dieu et sur le sens des mystères de Dieu.
- bon nombre de catholiques n'ont jamais eu et n'auront jamais en eux une exigence intérieure, "doctrinale", de respect et de souci de l'appropriation et de la communication du sens de la Parole de Dieu, en général, des paroles exprimées ou inspirées par Dieu, en particulier, et ce n'est certes pas une exégèse excessivement analytique, herméneutisante et historicisante, qui leur donnera le désir et les moyens de s'ouvrir, d'une manière éclairante, instructive, sur cette exigence intérieure d'ouverture de l'esprit sur le sens de la Parole de Dieu et sur le sens des paroles de Dieu.
7. Je prends ici appui sur une phrase de DV : " Que l’étude de la Sainte Écriture soit donc pour la théologie sacrée comme son âme. "
8. Pourquoi pas ? Mais cette étude n'est-elle pas trop souvent menée au moyens de méthodes de découpage et de décryptage qui doivent bien plus à telle ou telle philosophie contemporaine non chrétienne, voire post-chrétienne, qu'à des des méthode d'analyse et d'exégèse beaucoup plus respectueuses de l'Ecriture elle-même, mais aussi de la Tradition et du Magistère ?
9. Il fut un temps, on parlait fréquemment de l'inerrance de l'Ecriture et d'une Eglise qui, sous certaines conditions et dans certains domaines, était infaillible ; aujourd'hui, dans l'esprit de beaucoup, c'est avant tout la conscience humaine qui est presque inerrante, et c'est avant tout la personne humaine qui est quasiment infaillible, en morale comme en religion.
10. La vérité oblige à dire que si l'homme est capable de Dieu, il est aussi faillible en ce monde ; c'est pourquoi il a besoin de repères, je n'ai pas dit de repaires, qui l'encadrent et l'orientent pour son bien,
- en direction de sa dignité et de sa liberté bien comprises, donc ordonnées, en définitive et en plénitude, au seul vrai Dieu,
et non
- en direction de la conception dominante, selon laquelle tout ce qui est un tant soit peu contraignant ou directif, dans le domaine de la Foi comme en matière de moeurs,
- est potentiellement aliénant, et doit donc être présenté comme si c'était facultatif,
- est potentiellement liberticide, et doit donc être proposé d'une manière non prescriptrice.
11. Le monde actuel, privé, y compris à cause de silences d'hommes d'Eglise, de la possibilité de connaître et de reconnaître Dieu, Père, Fils, Esprit, EN TANT QUE SEUL VRAI DIEU, se rend malade ; il a pourtant besoin du seul vrai médecin, Jésus-Christ, dont la présence, dans les coeurs et dans les moeurs, est absolument indispensable à sa guérison, qui passe par sa conversion.
12. Eh bien, suis-je tenté de dire,
- comment voulez-vous que les coeurs et les moeurs malades s'ouvrent sur le seul vrai médecin, Jésus-Christ, s'ils ne s'ouvrent pas sur le Mystère et les mystères, la Parole et les paroles, qui proviennent du seul vrai Dieu ?
- comment voulez-vous qu'ils soient exhortés à le faire, qu'ils aient l'occasion de le faire, si des hommes d'Eglise leur laissent entendre que les croyants non chrétiens, eux aussi, ont accès à d'autres mystères, à d'autres paroles, qui proviennent différemment, mais également, de "Dieu", et qui contribuent, d'une autre manière, mais sur les mêmes matières (le croire, l'agir), à leur guérison ?
Bonne journée et à bientôt.
Scrutator.
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