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“ Amazigh machi-d Arab ! ”
Kabyle, mon frère…
Nous avons souvent eu l’occasion de l’écrire : aujourd’hui, la question ne se pose déjà plus de savoir si, un jour, les Kabyles vont se libérer des occupants arabo-musulmans, mais quand. Comme on dit en Kabylie : Amazigh machi-d Arab ! (1).
Alors que nos médias nous ont abreuvés d’infos sur le « mois sacré » (le ramadan) et l’Aïd el-Fitr, comme si nous étions en Arabie Saoudite, au Yémen ou en Libye, ils ont été beaucoup plus discrets sur la rébellion courageuse de centaines de Kabyles à Tizi-Ouzou (« le col des genêts », en berbère).
Le 3 août, donc, des centaines de Kabyles se sont rassemblés pour boire, manger et fumer – en public – en plein ramadan. Ce qui est interdit par les Arabo-Musulmans. But de l’opération : dénoncer l’islamisation progressive et totalitaire de l’Algérie.
Une manif à hauts risques. Le Haut Conseil islamique algérien a condamné « avec force » cette démonstration de « semeurs de discorde ». Le ministre des Affaires religieuses, Bouabdallah Ghlamallah, a dénoncé, lui, les « fauteurs de trouble ». Quant au numéro 2 du Front islamique du salut (le FIS, des islamistes fanatiques), Ali Belhadj, il a rappelé que la sentence pour ceux qui ne respectent pas le ramadan, c’est la mort…
Du côté des « dé-jeûneurs », Aït Bouaziz, président du Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie, souligne que cette action a été menée pour défendre la liberté de culte et de conscience : « Nous voulons que notre droit à la différence soit respecté face aux groupes salafistes et islamistes appuyés par le régime d’Alger. Ils harcèlent les citoyens qui ont choisi une autre religion ».
Pour les Kabyles (« Je ne suis pas arabe. Je ne suis pas obligé d’être musulman », disait une des pancartes des manifestants), il faut combattre « la persécution des non-jeûneurs, dont le seul crime est de ne pas appliquer un précepte d’une religion de plus en plus investie par les tenants d’un obscurantisme radical, au mépris de l’islam tolérant pratiqué par les citoyens de Kabylie ».
Alors, ils sont passés outre la terreur islamiste. Avec un pique-nique symbolique : des bouteilles d’eau, du pain, des cigarettes, de la bière. Ce rassemblement était aussi organisé pour protester contre l’arrestation, le 19 juillet dernier, de trois jeunes gens qui déjeunaient en journée dans un bar – fermé – de Tifra (un village de la région côtière de Tigzirt, à 35 km au nord de Tizi-Ouzou).
Rappelons qu’en Algérie, jusque dans les années quatre-vingt, les restaurants étaient ouverts dans les villes et ne jeûnaient que ceux qui le voulaient. Depuis quelques années, les arrestations pour « rupture de jeûne » se multiplient (en 2010, un jeune Kabyle a été condamné à deux ans de prison ferme pour avoir mangé en pleine journée).
Non, les Kabyles ne sont pas des Arabo-Musulmans. Les « vieux turbans » et les « barbus » d’Algérie, mais aussi du Maroc et de Tunisie, vont devoir faire avec… Avant de disparaître des pays berbères.
(1) « Le Kabyle n’est pas un Arabe ! » Amazigh (au pluriel : Imazighen) est le nom que se donnent les Berbères. Amazigh signifie « homme libre ».
ALAIN SANDERS
Article extrait du n° 7917
du Jeudi 15 août 2013