En ce qui me concerne, cher M. Parfu,

Le Forum Catholique

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Lycobates -  2013-08-05 13:49:01

En ce qui me concerne, cher M. Parfu,

vous évoquez à tort une supposée "solidarité" entre religions en tant que telles (je n’ai pas parlé de ça), et votre allusion au Vatican d'Eux n’est pas très à propos non plus.

Ce malheureux rassemblement ose dire dans le nr. 3 de sa déclaration "Nostra Aetate" que "l’Eglise" (en tant que telle, donc prise comme institut), regarde "avec estimation" les musulmans, pris comme tels aussi, donc collectivement, qui adoreraient "le Dieu unique" (Ecclesia cum aestimatione quoque Muslimos respicit qui unicum Deum adorant etc.).
C’est une aberration, car ici une éventuelle considération, au maximum subjective, pour une personne dans l'erreur de la part d'une personne dans la vérité (il s'agit de ce niveau là, et seulement de celui là !), est objectivée, élevée à une politique de principe, faisant abstraction de la vérité objective et de la question de bonne ou de mauvaise foi dans le chef de celui qui professe une fausse religion.
Cela n’est jamais possible.
(L'on pourrait parler aussi du faux concept de "dignité", qui loin d'être inaliénable et inhérent à tout homme, au contraire existe, s'accroît ou diminue, par rapport au degré de justesse de la relation de l'individu avec Dieu; la dignité d’un homme procède donc de la vraie religion qu’il professe)

On voit ici comme ailleurs le dessein de mélanger les plans et de confondre objet et sujet (dans l’acception philosophique des termes), nature et grâce, le naturel et le surnaturel. C’est typiquement moderniste.

Or, l’islam est objectivement une religion fausse comme d’autres qui par conséquent n’a pas de droit objectif d’exister mais dont les adeptes peuvent et parfois doivent être tolérés dans certaines circonstances, donc subjectivement, notamment pour le maintien de la paix publique.
Mais l’Eglise (en tant que telle) se doit, toujours, de proclamer la vérité objective, et toute la vérité, vis-à-vis des représentants d’une fausse religion, et les inviter à la conversion. Elle ne pourrait jamais les louer en bloc, de surcroît dans leur qualité de non-chrétiens, en passant sous silence les points litigieux.

En revanche, le musulman individuel, s'il est invinciblement de bonne foi, suivra sans péché sa conscience (erronée en l’occurrence), et tant qu’il n’a pas de doutes sur la vérité absolue de sa religion il est même obligé sous péché de le faire, au moins tant que les préceptes de sa religion ne violent pas le droit naturel qui est inscrit dans la conscience de tout homme, le décalogue essentiellement, c.-à-d. tant que l’ignorance ne touche pas des choses qu’on est de toute façon tenu de savoir (circa id quod quis scire tenetur) sans révélation particulière.

Ce sera une évaluation au cas par cas qui devra déterminer s'il convient ou s’il est prudent pour le chrétien, confronté avec un tel musulman, de le maintenir ou pas dans sa bonne foi.
Car parfois fiunt novissima hominis illius peiora prioribus.

En terre musulmane la situation diffère bien entendu de l'Europe, et une certaine prudence, au moins dans le domaine public, devra être appliquée, mais le principe reste le même.

Les moralistes dans leurs manuels nous peuvent renseigner sur le cours à tenir dans ces questions difficiles où il serait malaisé d’énoncer une règle générale.
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=728647