J'avais écrit

Le Forum Catholique

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Yves Daoudal -  2013-07-24 10:35:00

J'avais écrit

cela dans le n°44 de Daoudal Hebdo:

Marie-Madeleine est l’une des rares saintes qui soient fêtées le même jour dans le calendrier romain et dans le calendrier byzantin.

Il y a pourtant deux traditions distinctes.

Dans la tradition occidentale, Marie-Madeleine est la femme délivrée de sept démons qui va suivre Jésus et sera la première à le rencontrer ressuscité, la courtisane repentie qui baigne de ses larmes et essuie de ses cheveux les pieds de Jésus avant la Passion, la sœur de Marthe et Lazare, qui a « choisi la meilleure part ». La tradition orientale a toujours considéré qu’il s’agissait là de trois personnages différents. La liturgie byzantine les distingue soigneusement, et ne célèbre le 22 juillet que « la Sainte Myrophore et Egale-aux-Apôtres ». Son icône est celle qu’on appelle curieusement, en latin, « Noli me tangere », selon la parole du Christ ressuscité. (Le modèle a donné lieu à des œuvres occidentales, dont une célèbre fresque de Fra Angelico, et c’est sans doute pourquoi on a donné son nom latin à l’icône.)

Selon la tradition occidentale, Marie-Madeleine a abordé aux Saintes-Maries-de-la-Mer avec Marthe, Lazare et d’autres disciples. Elle a passé 30 ans à la Sainte-Baume, et a été enterrée par saint Maximin.

La tradition orientale enseigne également, ce qui est notable, que Marie-Madeleine a passé un certain temps dans le sud de la Gaule. Mais elle ajoute qu’elle a fini ses jours près de saint Jean à Ephèse. Et qu’en 899 l’empereur transféra ses reliques à Constantinople.

Mais Polycrate, évêque d’Ephèse à la fin du IIe siècle, dressa la liste des personnes mortes à Ephèse et qui avaient connu le Christ ou les apôtres. Or il ne cite pas Marie-Madeleine. Il est probable que la Marie-Madeleine d’Ephèse soit une autre Marie-Madeleine.

L’affaire se complique chez nous avec les reliques de sainte Marie-Madeleine à la fois à Vézelay et à Saint-Maximin.

Au XIe siècle, les moines de Vézelay attirent les foules en disant qu’ils ont les reliques de sainte Marie-Madeleine. Ils racontent que l’un d’eux est allé les prendre à Saint-Maximin. Le pèlerinage devient florissant. A la fin du siècle on commence à construire le somptueux écrin que sera la basilique romane.

En 1265 on décida d’examiner les reliques. On trouva sous le maître autel un coffre renfermant des reliques enveloppées dans deux voiles de soie, avec des cheveux de femme, et une lettre attestant que« dans ce coffre est renfermé le corps de la bienheureuse Marie Madeleine ».

Mais, douze ans plus tard, Charles, neveu de saint Louis, organisa des fouilles à Saint-Maximin. On découvrit plusieurs sarcophages, dont le plus précieux était orné de scènes de la vie de la sainte. Or il était vide… Mais on ouvrit ensuite celui dit de Sidoine. On y trouva un corps de femme, auquel manquait la mâchoire inférieure (qui se trouve à Saint-Jean de Latran), avec un parchemin qui précisait : « L'an de la nativité du Seigneur 710, le 6e jour du mois de décembre, sous le règne d'Eudes, très bon roi des Français, au temps des ravages de la perfide nation des Sarrasins, ce corps de la très sainte et vénérable Marie-Madeleine a été, à cause de la crainte de ladite perfide nation, transféré très secrètement, pendant la nuit, de son sépulcre d'albâtre dans celui-ci qui est de marbre, duquel on a retiré le corps de Sidoine, parce qu'ici il est plus caché. » Et l’on découvrit ensuite une très ancienne inscription sur une tablette de bois : « Ici repose le corps de sainte Marie-Madeleine. »

J’écris ceci en pensant au Père Bruckberger, qui a écrit un très beau livre sur sainte Marie Madeleine, et à Dom Gérard, qui s’était installé à la Madeleine à Bédoin avant de fonder son monastère Sainte-Madeleine, et qui écrivait notamment :

« La grandeur de Marie-Madeleine apparaît ainsi en ce qu’elle accomplit en elle, à un degré de condensation inouï, le destin de l’Eglise comme humanité pécheresse, rachetée, lavée dans le sang de l’Agneau, rendue à la Virginité, épousée, transformée et divinisée. »

Sous l’autel de la chapelle de Bédoin on peut voir une étonnante représentation de sainte Marie-Madeleine pénitente, couchée, le corps revêtu de ses cheveux.
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