A propos d'une citation récente de Claude Bartolone.
Le Forum Catholique
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Scrutator Sapientiæ - 2013-04-29 22:33:47
A propos d'une citation récente de Claude Bartolone.
Rebonsoir,
I.
1. Tout d'abord, je l'écris à nouveau : un grand merci à tous ; je ne sais si j'apporte quoi que ce soit à qui que ce soit, mais je sais que je reçois beaucoup, au contact de beaucoup, sur le Forum catholique.
2. J'ai le conservé le souvenir des résultats d'un questionnaire qui a été envoyé, il y a déjà fort longtemps, à de nombreux cinéastes américains ; la question posée était : "pourquoi faites-vous des films ?" Deux réponses m'ont marqué, quand j'en ai pris connaissance :
- quelqu'un avait répondu : je fais des films "pour payer mes dettes",
- quelqu'un d'autre avait répondu : je fais des films "parce que je ne peux pas faire autrement".
3. Je suis tenté de dire que ce sont là deux des raisons pour lesquelles j'essaie d'écrire sur le FC :
- "pour payer mes dettes", dans l'acception culturelle et spirituelle du terme, d'où mon souci de toujours citer (notamment pour en faire profiter les autres), les références de mes auteurs favoris ou de mes livres préférés, auxquels je dois tant, Dieu ayant eu la bonne idée de créer...l'homme et la femme, bien sûr, mais aussi le lien hypertexte ;
- "parce que je ne peux pas faire autrement", dans la mesure où il est vital, pour moi, pour vous aussi sans doute, d'échanger, pour apporter, un peu, et pour recevoir, beaucoup, à propos des questions qui nous tiennent le plus à coeur.
II.
1. Je viens de prendre connaissance d'une citation récente de Claude Bartolone : « La République a besoin de rites. La démocratie, c’est une véritable religion, elle a besoin de rites pour être reconnue et acceptée ».
2. Je trouve que cette citation est d'un extrême intérêt : il n'existe en effet, à ma connaissance,
- aucune religion sans fondements ni contenu(s),
- aucune religion sans prescriptions négatives, donc aucune religion sans interdits,
- aucune religion sans prescriptions positives, donc aucune religion sans obligations,
- aucune religion sans morale, donc sans mise en oeuvre pratique.
- aucune religion dépourvue de sanction(s), même si la sanction est "seulement" céleste, divine, posthume.
3. A partir de là, je me pose la question que vous imaginez : quels sont les fondements, contenus, interdits, obligations, quelles sont la morale et la sanction qui correspondent et qui découlent de la démocratie,
- non en tant qu'organisation juridico-politique des pouvoirs publics,
- mais en tant qu'animation et inspiration pneumatico-religieuse de l'espace public ?
4. Je trouve que nous devrions nous poser à la question, au contact de ces propos de Claude Bartolone, et lui poser la question, car enfin,
- d'une part, les régimes démocratiques non républicains, ou qui n'adhèrent pas au triptyque Liberté, Egalité, Fraternité, sont-ils moins démocratiques que la démocratie française, que la république française, notamment pour cette raison ?
- d'autre part, le libertarisme, l'égalitarisme, le fraternitarisme, qui exclut, au moins de fait, du bénéfice de la "fraternité universelle" les adversaires pacifiques du libertarisme et de l'égalitarisme, sont-ils conformes ou contraires à la démocratie, en tant que religion ?
5. J'irai un peu plus loin, en posant cette autre question : la confusion contemporaine entre développement de l'intérêt général et multiplication des intérêts particuliers, est-elle conforme ou contraire à la démocratie, en tant que religion ?
6. Que devons-nous craindre et à quoi devons-nous nous attendre : il n'y a pas de religion sans liste de prescriptions, mais ceux qui n'adhèrent pas les yeux fermés à cette conception religieuse de la démocratie subiront-ils bientôt les conséquences de leur inscription sur une liste de proscription ?
7. En d'autres termes, la démocratie, en tant que religion, sera-t-elle
- plutôt une instance d'incorporation de toutes les expressions, de toutes les opinions, y compris de celles des citoyens qui s'opposent, notamment, mais dans le respect de l'ordre public, au relativisme et au subjectivisme,
- ou plutôt une instance d'excommunication de tous ceux qui n'adhèrent pas aveuglément, entre autres, à l'atlantisme, au technicisme, à l'individualisme, à l'utilitarisme, au matérialisme et au productivisme ?
8. J'ai bien conscience du fait que j'accorde à cette citation une importance qu'elle n'a sans doute pas, mais je la prends au sérieux, avec intérêt et sans ironie, car elle a fait appel en moi à une problématique personnelle d'inspiration tocquevilienne.
9. Loin de moi, enfin, je le précise au passage, l'intention de réduire une religion, quelle qu'elle soit, aux traits de caractères précisés ci-dessus, car il y aussi, dans toute religion digne de de nom, une dimension sapientielle, une dimension spirituelle, etc.
10. Mais justement, si j'ose dire : de quoi parle-t-on, quand on parle de la démocratie, en tant que religion : parle-t-on
- de quelque chose d'indulgent pour tous, sauf pour les adversaires de "l'indulgence (apparemment) universelle",
ou
- de quelque chose d'exigeant pour chacun, ce qui suppose, notamment et par exemple, que l'on accorde des droits à ceux qui sont ou se mettent objectivement en mesure d'en bénéficier, et que l'on refuse le bénéfice de ces droits à ceux qui ne sont pas ou ne se mettent pas en mesure d'en bénéficier ?
Bonne nuit à tous et à bientôt.
Scrutator.
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