Le Forum Catholique
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Diafoirus - 2013-04-25 22:45:41
Raoul Follereau parle
"Au retour d'un de mes voyages à travers les léproseries du monde, dans son Palais de Castel Gandolfo, le Souverain Pontife, un jour, m'a reçu.
... Au Père de tous les hommes, j'ai dit nos travaux, nos soucis, nos luttes. le lui ai parlé des Missionnaires que je venais de visiter, des dispensaires où les enfants viennent achever de mourir de faim, tandis que vers eux les Sœurs tendent des mains vides... Je lui ai dit tout ce que j'avais vu de douleurs, de misères et d'amour... Et mes colères, et nos angoisses, et nos labeurs. J'ai dit tout cela, «comme cela venait », sans précautions oratoires, comme une confession qui serait une prière...
Il y eut un grand silence. On l'eût dit peuplé de milliers de battements d'ailes...
Le Saint Père prit alors mes mains, mes pauvres mains dans les siennes, si blanches... Et, d'une voix toute changée: « Ce qu'il faut, me dit-il, C'EST REAPPRENDRE AUX IIOMMES A S'AIMER... »
Réapprendre aux hommes à s'aimer. Et pour cela rendre Dieu au monde... Quel idéal, quelle consigne !...
Car si nous, les Chrétiens, nous ne sommes pas, avant les autres, les combattants de l'amour, à quoi sert-il d'être baptisés ? Si nous, les Chrétiens, nous ne portons pas aux autres le message de cet amour, comment oserons-nous dire encore que nous les aimons ?
Car la Charité, c'est l'histoire et la gloire du Christianisme. Et c'est au Christianisme que le monde doit sa libération.
C'est le Christianisme qui a donné aux hommes leur véritable affranchissement, leur seul durable bonheur, leurs seules justes lois.
Il a brisé les chaînes des esclaves et fait courber devant sa justice les fronts des puissants et des rois.
Il a fait, de l’œuvre maternelle, une fonction sainte et vénérée; il a rendu à la femme sa grandeur respectée et son tendre pouvoir.
Il a fait, de l'individu, un homme; il a protégé l'enfant « à qui appartient le Royaume des Cieux ».
Il a maudit les guerres; il les a limitées, tant qu'il a eu pouvoir de le faire.
Il a créé des hôpitaux, des écoles. Il a fait, de la loi de solidarité, un acte d'amour.
Il a soigné, consolé, guéri sans relâche pendant vingt siècles, au nom du Pauvre qui disait : Aimez-vous les uns les autres.
Il a appris à l'homme à prier pour ses ennemis, à mourir en bénissant ses bourreaux.
Même ceux qui l'ignorent, même ceux qui le persécutent ont reçu sa lumière et ses bienfaits :
Le Christianisme peut parler.
Il a la force sereine et implacable du temps, car les siècles ne prévaudront point contre lui.
Tant de cyclones ont ravagé la terre qui ne l'ont point abattu; tant de persécutions, de martyres qui ne l'ont point humilié, tant de morts qui ne l'ont point mis au tombeau...
Les règnes, les régimes et les cycles humains se pressent et se culbutent en la fosse commune:
Dieu, Lui, ne meurt pas.
Rendre Dieu au monde, c'est rendre à l'homme le sens surnaturel de sa vie quotidienne, c'est exalter sa dignité, c'est protéger sa liberté.
C'est rendre aussi à l'Eglise sa vocation et son destin.
L'Eglise ne doit pas être à la solde du capitalisme;
L'Eglise ne doit pas être à la remorque du prolétariat;
L'Eglise est au service de Dieu. Et Dieu est à tous les hommes.
Jean-Paul Sartre écrivait : « L'enfer, c'est les autres ».
Nous disons, nous : le Paradis, c'est de s'aimer.
Et c'est pourquoi tant qu'il y aura sur la terre un innocent qui aura faim, qui aura froid, ou qui sera persécuté,
Tant qu'il y aura sur la terre une famine évitable ou une prison arbitraire, le grand Message d'amour du Christ ne sera pas accompli, la Chrétienté ne pourra pas ralentir sa marche, et ni vous, ni moi, nous n'aurons le droit de nous taire, ni de nous reposer.
Raoul Follereau
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