Vigilant dans la nuit du Père Jérôme

Le Forum Catholique

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Diafoirus -  2013-04-20 22:48:49

Vigilant dans la nuit du Père Jérôme

Voici un extrait de VIGILANT DANS LA NUIT afin d'alimenter le réflexion des Veilleurs:

"Pour céder au matérialisme, nous faudra-t-il abandonner la sainte Vierge Marie, sa maternité sur nous tous, et l'exemple de sa pureté, et la puissance de sa protection? Faudra-t-il abandonner la cause de notre joie? Non. A l'encontre de tout ce qui diminuerait notre dévotion mariale, notre défense et notre refus seront toujours immédiats, absolus. Dites que nous sommes naïfs, puérils, superstitieux, irrationnels, arriérés, et le reste. Que nous importe! Du moins, nous serons avertis; et nous serons hypersensibles pour deviner tout amoindrissement de notre dévotion, et vigilants pour compenser. Toutes les fois que des gens très forts ont voulu reléguer la très sainte Vierge à la sacristie, tout le peuple chrétien a eu bientôt fait de l'y rejoindre. Combien il me plaît cet instinct profond qui tient les fidèles par les fibres les plus humaines de leur cœur. Car le culte de la très sainte Vierge constitue notre bastion avancé. L'abandonner commencerait toutes les défaites; au contraire, sa sauvegarde assure l'étanchéité de tout le dispositif de défense.

J'ai entendu des ministres de la religion dire – avec une certaine gêne, mais ils le disaient tout de même: «Le chapelet est une prière mécanique, à peu près l'équivalent d'un moulin à prières; ni pire, ni mieux.» Bien sûr, critiquer cette dévotion ne constitue pas une manifestation directe d'athéisme. Pourtant, si certains veulent ainsi nous enlever l'échelle du paradis, c'est bien contre notre vie avec Dieu qu'ils agissent. Ceux qui sapent un contrefort n'ont-ils pas l'intention de faire crouler tout l'édifice?

Admettons que le chapelet soit moulin à prières. Eh bien, nous aimons ce moulin, voilà tout! A une époque où tant d'hommes acceptent l'esclavage de la machine, nous disons heureux les esclaves de cette mécanique-là. Car son rythme est humanisant et divinisant. Nous voulons donc nous qualifier parmi les bons ouvriers de ce moulin. Le plus souvent possible, notre cœur imposera cette mouture à nos lèvres. La très sainte Vierge, qui jadis faisait le pain de la famille, acceptera la farine de notre moulin comme un hommage familier. En outre, avec la farine que nous lui offrirons, elle nourrira de nombreux pauvres sur la route du paradis. Laissez-nous donc aimer ces humbles choses, puisque nous les comprenons.

Estimer que la prière dont les formules se répètent toujours les mêmes devient une prière mécanique, voilà un jugement de chrétiens qui ne prient que rarement. Ceux qui ne prient que lorsqu'une nécessité les presse, ceux-là ont chaque fois quelque chose d'autre à demander: cette fois-ci, d'être préservés d'un deuil; cette autre fois, d'être guéris d'une maladie; et ainsi de suite. Leur attention, pour ne pas dire leur cœur, se fixe davantage sur le secours imploré que sur Dieu qu'ils implorent. Au contraire, celui qui prie abondamment, s'adresse à Dieu surtout pour lui rendre ses devoirs et lui être actuellement uni. Dieu occupe son attention bien davantage que le détail des bienfaits à demander. Or, nos devoirs envers Dieu sont toujours les mêmes, et les conditions de l'union avec Dieu ne varient pas. Aussi, celui qui prie beaucoup redit de préférence les mêmes formules.

Ces remarques, qui valent en général pour la prière faite à Dieu, valent tout autant pour la prière qui s'adresse à la Vierge Marie. Bien loin de conduire à une mécanisation de la prière, les répétitions intelligemment multipliées augmentent l'expérience acquise. Celui qui prie ainsi arrive à une plus grande profondeur, soit dans le sens qu'il attache aux formules elles-mêmes, soit dans la sincérité des sentiments qu'elles expriment. Ne confondons pas «tomber dans la mécanisation» avec «avoir du métier». Ceux qui ont du métier œuvrent avec un grand calme, très différent du travail mécanique. Ils sont conscients de ce qu'ils font et contents de le bien faire. Répéter le chapelet, c'est acquérir du métier.
(...)

«Lorsque vous récitez le chapelet, donnez-vous votre attention aux mots des "Je vous salue, Marie", ou bien méditez-vous les quinze mystères?»
Cela dépend. En certains temps, j'aime ajouter aux mots la vue successive des différents mystères. En d'autres temps, je préfère arrêter mon attention aux mots eux-mêmes des «Je vous salue, Marie», mots qui contiennent assez de mystères pour que je n'éprouve le besoin d'en ajouter.

(...)
«Pourquoi, durant une existence humaine, dire des milliers de "Je vous salue, Marie"? Quelle importance, quelle productivité cela peut-il avoir?»
Voici. Il est sûrement d'une importance exceptionnelle qu'une créature ait été élue par Dieu pour devenir sa Mère et la Mère de tous les hommes. Il est aussi d'une importance exceptionnelle que nous profitions de ce dessein de Dieu, et que nous ayons recours à celle dont les prérogatives lui donnent puissance d'intercéder en notre faveur. J'ajoute que ce plan divin, qui élève une simple créature si haut dans le surnaturel, est un défi miséricordieux lancé à l'athéisme. Admettons que les athées ont un semblant de raison d'en vouloir à un maître tout-puissant, à cause des misères de la condition humaine. Mettons que leur révolte ait un semblant d'excuse. Mais rien de cela ne tient à l'égard de la Vierge Marie, et comment refuser de se laisser attirer par elle? Parce que simple créature, on ne peut la rendre responsable de la création «mal faite»; parce que mère, elle fait honte à la rancœur.

De plus, en notre temps de matérialisme, la dévotion mariale a une importance nouvelle, comme protestation. En effet, en la Vierge sainte, nous trouvons une perfection et un bonheur qui ne lui viennent ni des forces matérielles, ni de l'évolution, ni du hasard, mais uniquement de la générosité d'un Dieu qui est une personne. Or, rien n'est aussi surnaturel que la grâce; et rien ne réfute le matérialisme comme le surnaturel. En honorant la sainte Vierge Marie à cause des grâces reçues par elle, nous choisissons donc d'aimer un autre cycle de valeurs que les valeurs matérielles; nous nous posons nous-mêmes hors du matérialisme, en lui refusant tout intérêt. Et alors que le monde utilise de plus en plus la contrainte, nous tournant vers la sainte Vierge, nous honorons la liberté et la gratuité des dons de Dieu.

(...)
Celle qui réunit en sa personne les titres de Vierge et de Mère, lesquels symbolisent la douceur, la tranquillité, la paix, inspire cependant à ses dévots un surprenant esprit d'offensive en vue du règne de Dieu. Les adversaires de la religion craignent ses fidèles, et ils ont des raisons pour cela. Tout chrétien qui se sent disposé aux grands combats adopte en effet une forte dévotion mariale. L'expression «redoutable comme des bataillons» (Ct 6, 10) qui s'applique, selon la Tradition, à la sainte Vierge Marie, se justifie certainement. Nous trouvons ici encore une de ces intuitions du cœur chrétien, qui voit plus loin que les apparences.


Aussi,dans la machinerie trop bien montée de la paganisation, celle des civilisations et celle des hommes, introduirai-je ma prière, et surtout ma prière à la Vierge Marie, comme l'élément impondérable qui change les enchaînements et retourne les prévisions. Par le chapelet, posons-nous comme la cause minuscule qui stoppe puis désagrège les brutales coalitions matérialistes. Introduisons le, grain de sable qui coince la grosse machine. Que notre prière soit encore la dune qui barre l'invasion des sauterelles. Serions-nous, de par l'humanité innombrable, cent mille à prier ainsi ; serions-nous cent seulement ou dix ; serions-nous seuls vous et moi, le jeu en vaut la peine."

p.88-92
VIGILANT DANS LA NUIT Père Jérome
Abbaye Notre-Dame de Sept-Fons.
Editions Saint Augustin


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