La subversion selon R.Mucchielli

Le Forum Catholique

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Meneau -  2013-03-10 00:39:11

La subversion selon R.Mucchielli

Au chapitre 4 de son excellent bouquin sur la subversion, Roger Mucchielli décrit les techniques particulières de l’action subversive, et en particulier les techniques d’action sur l’opinion publique. Il y envisage principalement 3 grands axes qui tous impliquent la « culture de l’indignation ». J'en extrais ou paraphrase le principal :

1 - L’organisation du discrédit des autorités établies, dont plusieurs variétés tactiques peuvent être utilisées :

1a - Façonner l’image du pouvoir comme oppresseur et de l’Etat comme illégitime : il s’agit, en ignorant délibérément que les responsables de l’Etat sont issus du suffrage universel, de « démontrer » par mille moyens que le gouvernement est une oligarchie de mandarins…, qu’il y a, sur les questions « importantes » (à sélectionner et à dramatiser), une « conspiration du silence »,… et que cela signifie que l’ « on trompe le peuple ». On insistera en particulier sur le « fait » que la représentativité du pouvoir (ou des autorités élues en général) est nulle ou le fruit d’une mascarade (par opposition, les agents subversifs apparaissent comme les seuls représentants authentiques du « peuple » et les éléments les plus lucides de la nation.

1b – Façonner l’image du pouvoir comme policier et de la société comme répressive. Avec entre autres l’action (par moyen d’informations tendancieuses) consistant à sélectionner et à dramatiser les répressions des désordres publics. Cette image de l’Etat policier sera encore plus efficacement répandue si l’on « oblige l’Etat à se démasquer comme Etat policier », c’est-à-dire si l’on sait provoquer la répression, et exploiter ensuite psychologiquement les faits et les effets de cette répression.

1c – S’attaquer aux personnes : la personnalité influente identifiée, une petite enquête apporte rapidement ample moisson de renseignements et de racontars. La plus belle attaque ad hominem a été l’affaire du Watergate, qui avait dès ses débuts pour objectif la chute de Nixon. L’opération se déroule en cinq étapes : 1 – recherche d’un fait qui sera considéré comme la révélation d’un secret bien gardé. Naturellement ce secret est gardé pour une bonne raison, mais les agents subversifs feindront de ne relever que les raisons « que la morale réprouve ». 2 – révélation bruyante, par un organe de presse ou un instrument de mass media, du fait « découvert », et cela en insistant sur trois aspects : on a caché ce fait, ce qui prouve qu’on voulait tromper ; les raisons de ce secret sont exclusivement des raisons que la morale réprouve ; l’affaire est révélatrice d’un état de choses typique, elle est un symbole. 3 – orchestration par l’ensemble des mass media qui relayent le premier crieur. 4 – mise en accusation par les mass media, mettant la personne visée en position défensive. 5 – exploitation de la situation ainsi créée : on constate que l’autre, se défendant, reconnaît sa position d’accusé ; on découvrira et on dénoncera les mensonges de défense qu’il serait amené à faire, et « tout ce qu’il dira sera retenu contre lui ».

2 - L’utilisation des incidents fortuits, des fautes et erreurs de l’ennemi
dans l’objectif constant d’agir sur l’opinion publique pour la dissocier du pouvoir établi et de ses corps défensifs constitués. On choisira soigneusement les « incidents » à exploiter, et on laissera de côté ceux qui, peut-être plus importants ou plus révélateurs, ne servent pas la cause.

2a et 2b – l’exploitation des droits et règlements de la société même qu’il s’agit d’abattre, et la dénonciation de toute contre-offensive comme manœuvre de propagande ennemie.

3 - La situation de tribunal populaire
Déjà au XVIIIè siècle, selon Daniel Mornet : "de toutes parts on entend des invectives et des cris de fureur contre les ministres de l'Eglise; on les cite au tribunal de la raison, et l'on exige qu'ils prouvent la religion comme on démontre une idée mathématique".
La dénomination même de "tribunal du peuple" est une trouvaille : elle utilise à plein la couverture vague mais suffisante des valeurs universelles et de la morale commune, elle porte en elle une sorte de référence à la conscience de l'humanité, elle est un substitut moderne de la justice de Dieu.
En fait, personne de bonne foi ne considérerait aujourd'hui comme valides les jugements de Dieu d'autrefois ni le lynchage, qui est authentiquement populaire, mais le fait que dix ou trente-sept barbus se disent former un "tribunal du peupl" déclenche la terreur (ce qui est l'objectif) par le seul fait qu'être accusé, c'est être coupable, que la "sanction" ne comporte aucun recours.

Cordialement
Meneau
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