Mais cette pluralité d'eglises ne présente-t-elle pas un danger congréganiste?
Le Forum Catholique
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le torrentiel - 2013-02-23 20:56:56
Mais cette pluralité d'eglises ne présente-t-elle pas un danger congréganiste?
Cher Yves daoudal,
Merci de votre réponse, très complète. Par ordre d'importance :
concernant la "noblesse de robe"des cardinaux (si j'ose dire, cum grano salis), vous avez bien cerné ma question, et je dirais que le patriarche a fait, mais pour le bien de l'eglise, ce que les ducs et pairs passaient leur temps à faire à la cour de Louis XIV, au témoignage du duc de saint-simon, qui raconte en y entrant d'interminables querelles de préséance, mais pour le bien de leur rang et de l'étiquette. Les cardinaux, un prolongement du pape, mais ont-ils rang de princes de l'Eglise? et de même, jusqu'à quel point, l'Eglise, "monarchie de monarchies", assume-t-elle une assimilation du pape avec la fonction royale? elle parle de Siège pétrinien, à ma connaissance pas de Trône. Par contre, elle parle de pape régnant. C'est l'éternel problème de la collusion entre "papes et Empereurs", la noblesse pontificale se calquant sur la noblesse impériale. Mais cela s'étend-il juridiquement aux cardinaux, ou le titre de "princes de l'eglise" ne leur est-il donné que par analogie?
Plus important: si l'eglise reconnaît une pluralité d'eglises au sein de l'unique eglise, ne risque-t-elle pas de se rapprocher de la logique "congréganiste" (ou d'assemblée) des protestants, dont le principe fédérateur est lâche et finit par être purement associatif dans la république française par exemple ? J'entends bien que le rapprochement le plus pertinent, surtout quand il s'agit d'orientaux, n'est pas à faire avec les protestants, mais avec les orthodoxes, mais cette "logique d'assemblées" ne risque-t-elle pas d'atomiser l'eglise?
D'autant plus que votre dernière remarque peut légitimer cette crainte : la conception d'une eglise vivant une "communion eucharistique" sous la conduite de l'évêque, c'est-à-dire de l'ancien et du gardien, mais qui n'est, en définitive, que le chef d'une Assemblée, d'une eglise locale pouvant, par cette "logique d'assemblée" se croire plus facilement autocéphale qu'une "Eglise locale" de forme diocésaine, où^l'ordinaire du lieu est maître chez lui et seul juge de la manière de dispenser le catéchisme, mais un peu comme un fermier général du pape, pour filer la métaphore royale. Au contraire, l'organisation des catholiques orientaux en petites Eglises, où le patriarcat donne une autorité plus grande que l'épiscopat soumis plus directement à l'évêque de Rome, me semble contenir un germe d'atomisation de la grande eglise en petites Eglises. Vous me direz que la tradition gallicane atomise elle aussi à sa façon l'eglise latine, et les conférences episcopales nationales multiplient les gallicanismes, mais le lien avec la romanité est assez fort pour que la logique supranationale demeure inentamée dans l'eglise universelle. (Au passage, j'ai toujours trouvé que le qualificatif de "district" employé par la FSSPX pour désigner sa représentation au sein des différents pays ravalait les nations à une logique cantonale fort helvétique, mais ne rallumons pas un nouveau feu contre la FSSPX).
La décision de benoît XVI de rendre invalide le titre de "patriarche d'Occident" éloigne le spectre de l'atomisation congréganiste, en soulignant la juridiction universelle du Siège de Pierre, mais cette décision accentue le flou, dans la mesure où, se reconnaissant patriarche, il assumait la conception d'une eglise non pyramidale, mais constituée de petites eglises emboîtées dans la grande eglise; et, étant le premier des patriarches, il confirmait aux patriarches d'Orient qu'il était, pour eux aussi, un "primus inter pares". Ne se voulant plus "patriarche d'Occident", Benoît XVI renoue avec une pensée pyramidale, dans laquelle on voit mal comment la logique patriarcale peut encore s'emboîter, et comment le droit de cité de ce mode d'organisation éclésial bénéficie de beaucoup plus d'estime de la part de l'eglise latine que celle du respect de l'histoire, sans que demeure un lien organique et clair avec ces patriarcats, à la fois de nature hiérarchique et de collégialité (un gros mot pour beaucoup de liseurs de ce forum)
Je vous prie de m'excuser si je traduis en un langage approximatif des réalités qui me sont relativement étrangères, quoiqu'elles m'intéressent, comme tout ce qui concerne la vie de l'eglise.
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