Concile des médias ou Concile des "médiums" ?

Le Forum Catholique

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Scrutator Sapientiæ -  2013-02-21 22:42:58

Concile des médias ou Concile des "médiums" ?

Bonsoir à tous,

1. Je reviens en quelques mots sur un discours récent du Pape, celui au cours duquel il a employé l'expression : le Concile des médias.

" Je voudrais maintenant ajouter encore un troisième point : il y avait le concile des Pères, le vrai concile, mais il y avait aussi le concile des media. C’était presque un concile en soi, et le monde a perçu le concile à travers eux, à travers les media. Et donc, le concile immédiatement efficace qui est arrivé au peuple a été celui des media, et non pas celui des Pères. Le concile des Pères se réalisait à l’intérieur de la foi, c’était un concile de la foi qui cherche l’intellectus, qui cherche à se comprendre et cherche à comprendre les signes de Dieu à ce moment-là, qui cherche à répondre au défi de Dieu à ce moment-là et à trouver dans la Parole de Dieu la parole pour aujourd’hui et pour demain ; et pendant que tout le concile, comme je l’ai dit, était en marche à l’intérieur de la foi, comme « fides quaerens intellectum », le concile des journalistes, naturellement, ne s’est pas réalisé à l’intérieur de la foi, mais à l’intérieur des catégories des media de nos jours, c’est-à-dire en dehors de la foi, avec une herméneutique différente.

C’était une herméneutique politique : pour les media, le concile était une lutte politique, une lutte de pouvoir entre différents courants dans l’Eglise. Il était évident que les media prenaient position pour la partie qui leur semblait la plus adaptée à leur monde. Il y avait ceux qui cherchaient la décentralisation de l’Eglise, le pouvoir pour les évêques et puis, à travers l’expression « peuple de Dieu », le pouvoir du peuple, des laïcs. Il y avait cette triple question : le pouvoir du pape, transféré ensuite au pouvoir des évêques et au pouvoir de tous, souveraineté populaire. Naturellement, pour eux, c’était celle-là la partie à approuver, à promulguer, à favoriser. Et de même pour la liturgie : la liturgie comme acte de foi n’intéressait pas, mais comme quelque chose où l’on fait des choses compréhensibles, une forme d’activité de la communauté, quelque chose de profane.

Et nous savons qu’il y avait une tendance, qui s’appuyait sur des arguments historiques en disant : « Le sacré est quelque chose de païen, éventuellement de l’Ancien testament. Dans le Nouveau, ce qui compte uniquement c’est que le Christ est mort dehors, en dehors des portes, c’est-à-dire dans le monde profane. Et donc le sacré était à supprimer, et le culte devenait profane : le culte n’est pas un culte mais un acte de l’ensemble, de la participation commune, et donc une participation vue comme une activité. Ces traductions, ces banalisations de l’idée du concile, ont été virulentes dans l’application pratique de la réforme liturgique ; elles étaient nées dans une vision du concile en-dehors de sa propre clé, en dehors de la foi. Et ce fut la même chose pour la question de l’Ecriture : l’Ecriture est un livre, historique, à traiter sur le plan historique uniquement, et ainsi de suite.

Nous savons combien ce concile des media était accessible à tous. Il a donc été dominant, plus efficace, et il a apporté de nombreuses catastrophes, de nombreux problèmes, vraiment beaucoup de misère : les séminaires fermés, les couvents fermés, la liturgie banalisée… et le vrai concile a eu du mal à se concrétiser, à se réaliser ; le concile virtuel a été plus fort que le concile réel. "

2. A mes yeux, et quand bien même il y aurait eu un Concile des médias, ce n'est pas avant tout ni seulement à cause d'un éventuel Concile des médias, mais c'est avant tout, sinon seulement, à cause d'un tout autre Concile, tout à fait factuel, que nous avons eu, en assez grande partie, l'avant-Concile, le Concile des Pères, et l'après-Concile, que nous avons connus.

3. A mon sens, des prescripteurs internes, des inspirateurs catholiques, situés à la fois au-dessus et au-dedans du Concile, ont eu, en amont immédiat de son ouverture, puis au cours de son déroulement, et, par la suite, lors de sa mise en oeuvre, une importance et une influence bien plus déterminantes que celles des prescripteurs externes, des journalistes observateurs, catholiques ou non, qui sont restés situés à côté et en dehors de l'assemblée conciliaire.

4. Ce que je mets ici en cause, et j'espère avoir le droit de le formuler à ma manière, ce n'est pas un éventuel Concile des médias, mais bien plutôt un véritable "Concile des médiums", c'est-à-dire un Concile qui a été inspiré, d'une manière ni marginale, ni exclusive, mais néanmoins très spécifique, par des théologiens néo-modernistes qui se sont pris, ou ont été pris, j'ose le mot, pour des "médiums".

5. Je ne suis pas en train de me livrer ici à un jeu de mots gratuit : je suis convaincu que les Chenu, Congar, Rahner, Schillebeeckx, parmi d'autres, mais aussi plus que d'autres, se sont comportés comme des "mediums", qui avaient le privilège supranormal de faire parti du petit nombre de ceux qui "savaient", mieux que quiconque, plus que quiconque, et surtout bien mieux et bien plus que les théologiens et les évêques qui ne pensaient pas autant qu'eux ni comme eux, ce qu'il convenait de dire et de faire, de faire dire et de faire faire, avant le Concile, pendant le Concile, et même après, au sein de la revue Concilium.

6. En ce sens, au Concile, il n'y a pas eu de manifestations d'infaillibilité pontificale, ni épiscopale, ni même théologique, mais il y a eu des manifestations d'infaillibilité...théologienne.

7. Je suis convaincu qu'il y a eu ainsi "un Concile des médiums", un Concile qui a été l'un des inspirateurs fondamentaux du Concile des Pères, et qui était composé de théologiens qui se sont pris, ou ont été pris, pour des augures, des devins, des oracles, des prophètes, des visionnaires.

8. Je ne dis pas que tous leurs arguments étaient erronés ou infondés, je ne dis même pas qu'ils étaient tous mal intentionnés, et que c'est seulement à cause d'eux que le Concile a débouché sur l'après-Concile, mais je suis convaincu qu'ils ont élaboré puis implémenté, au sein même du Concile, une "Kirchanschauung" qui a été une source d'inspiration, encore une fois, ni négligeable, ni exclusive, mais tout à fait substantielle.

9. Pour en arriver à la mise en forme de cette expression, "le Concile des médiums", je ne me suis pas contenté de lire Albérigo, à ma gauche, et Wiltgen, à ma droite, même si, c'est vrai, je les ai lus, comme beaucoup, ce qui a certainement façonné ma vision des choses.

10. Ce qui m'a le plus impressionné n'est pas d'ordre philosophique, ni d'ordre théologique, mais d'ordre psychologique, avec une double composante, intellectuelle et relationnelle : comment se fait-il que des théologiens aient eu une telle emprise ou une telle mainmise sur le Concile des Pères, au point d'avoir ou de donner l'impression que, notamment grâce à aux, l'Eglise catholique avait "ENFIN" trouvé "la formule magique", pour "ENFIN" s'adapter, évoluer, innover, s'ouvrir, s'unir, d'une manière irénisante et irrésistible, à la fois en direction de ses origines et en direction de l'univers ?

11. L'expression que j'utilise, "le Concile des médiums", est évidemment à caractère métaphorique et provocatrice, mais pas accusatrice ni imprécatrice ; je veux dire par là que je n'accuse aucun de ces "médiums" d'avoir passé un pacte avec qui que ce soit, pour acquérir un pouvoir de séduction et de subversion, au détriment et en direction du Concile des Pères.

12. Pour autant, et compte tenu de mes lectures personnelles, et non pas de ma "lecture" subjective du Concile, d'autant plus que je sais bien que celui-ci ne se limite pas à cela, j'ai tenu à écrire ce message aujourd'hui, pour préciser ou rappeler qu'un éventuel Concile des médias a été précédé, dans la chronologie des opérations, mais aussi et surtout dominé, par ordre d'importance, par "le Concile des médiums" auquel je pense, et qui n'est pas uniquement, je le crois, le produit de mon imagination.

Je vous remercie par avance pour votre bienveillance et votre compréhension, au contact de ce message, je suis évidemment, et comme toujours, demandeur et preneur de toute remarque ou suggestion, et je vous souhaite à tous une bonne nuit.

Scrutator.
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