il n'est de richesse que d'hommes
Le Forum Catholique
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Luc Perrin - 2013-02-16 15:18:55
il n'est de richesse que d'hommes
selon une vieille devise du XVIe ...
Le "vaticanologue" italien Marco Politi disait sur France Culture ce midi ce que d'autres ont déjà dit : le prochain pape devra "gouverner" l'Église, qualité qui a manqué le plus au pape démissionnaire. [ce qui est amusant car ce sont les catholiques néo-libéraux qui en appellent le plus à un pape très actif et "autoritaire" - à la renverse de leur doctrine - quand les traditionalistes et les néo-conservateurs se disent satisfaits de la non gouvernance romaine bénédictine, là aussi à contre-pied de leur philosophie]
Enseigner il l'a fait, c'est ce que rappelle J. Madiran, et avec maestria. Le 7/7/7 et l'allocution du 22 décembre 2005, éléments majeurs de sa fonction enseignante : nombre d'allocutions aussi sur tel ou tel aspect, les encycliques étant paradoxalement moins marquantes que celles de Jean-Paul II ou même Paul VI.
Mais gouverner ? La "Führerwächte", terme bien connu de la culture politique allemande, a marqué les non-choix du pape.
Les nominations illisibles - sans cohérence doctrinalo-pastorale - ont montré une difficulté, une incapacité à trouver - simplement à chercher ? - un ensemble d'hommes (de femmes) d'Église pour mettre en oeuvre cet enseignement.
Ou quand il les trouvait - cf. Mgr Ranjith -, il ne les soutenait pas et s'en séparait au bout de 3 ans.
On peut aussi se poser beaucoup de questions sur le choix du cardinal Bertone comme bras droit après un an : c'était compréhensible mais cela s'est révélé une erreur. A moins de considérer que nommer des Salésiens en grand nombre partout soit un but en soi.
De même les choix des évêques ont montré une absence de politique claire : le cas français est hautement significatif jusqu'à la dernière (?) nomination. Le tableau des évêques français "bénédictins" est d'une totale bigarrure : toutes les couleurs, toutes les écoles, avec toutefois une dominante pour la continuité avec la tendance dominante, mélange instable de tardo-wojtylien et de montinien mollement recentré.
[on peut distinguer les choix primo-wojtyliens années 1980 (type cardinal Mahoney) et tardo-wojtyliens 1990-2000 plus accentués (type Mgr Rey)]
Cela vaut ailleurs : on s'est borné à suivre la pente existante dans chaque pays. Là où un redressement sérieux avait été assuré sous Jean-Paul II (ex. les USA, le Canada, l'Australie) les nominations ont été souvent excellentes, là où la voie des combinazione avait perduré, elle a été poursuivie (Europe de l'Ouest, Amérique latine). On se souvient de la désastreuse affaire autrichienne avec l'abandon en rase campagne de l'évêque élu et de l'inaction face au manifeste fébronien des évêques de ce pays au catholicisme en pleine déroute.
En bref, Benoît XVI s'est refusé, je crois de propos délibéré, à donner une impulsion personnelle claire aux choix des personnes, trop confiant dans la puissance de son seul verbe et trop attaché à la vertu de la "collégialité" épiscopale - héritage de son engagement à Vatican II - sans en voir les travers, travers que Paul VI et Jean-Paul II avaient bien vu et tenté de corriger.
Ce faisant, il minait lui-même l'ensemble de son pontificat et ne pouvait qu'aboutir à la conclusion d'une certaine impuissance pratique à traduire en actes son enseignement.
Les dossiers liturgiques, de l'interminable et inaboutie visite canonique des religieuses américaines, de l'accueil des anglo-catholiques volontaires et de la réconciliation avec la F.S.S.P.X ont chacun à leur manière démontré que sans la richesse des hommes (ou femmes) qui sont impliqués dans le succès d'une politique, celle-ci ne peut qu'échouer ou s'ensabler.
Le cardinal Levada et Mgr Pozzo, par ex., étaient-ils les mieux à même de réussir ? Pour le premier, il était assez facile de répondre "non" dès 2005. Ce fut pourtant le 1er choix personnel et crucial fait par le nouveau pape, choix qui avait "étonné" - understatement - le signataire de ce post et pas que lui ... comme on a pu voir que Mgr di Noia n'était pas un partisan de la réforme à la Congrégation du culte divin (choix de 2009) comme on sait que Mgr Roche (choix de 2012) son successeur est un ardent bugniniste, ennemi affiché de la messe romaine traditionnelle.
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