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“En 1414, après de nombreuses négociations, un Concile Général se réunit à Constance pour mettre fin aux doutes qui désolaient l’Église. […] La conclusion des travaux du Concile fut que les trois Papes, alors existant, étaient douteux […]. Dans la douzième Session, rendant irrééligibles les trois concurrents, les Pères de Constance les mettent tous les trois sur la même ligne « Nullo unquam tempore reeligatur in Papam Dominus Balthazar Cossa, nuper Joannes XXIII ; Angelus Coriario, Gregorius XII ; nec Petrus de Luna, Benedictus XIII ; in suis obedientiis sic nominati. » Or comme le remarque Roncaglia, l’Église n’a jamais eu l’habitude de demander la démission des Pontifes certains. Elle a toujours défendu les droits des Papes légitimes avec une constance invincible, contre les efforts, quelquefois formidables, des antipapes.
[…]
“Martin V, qui eut la glorieuse mission de mettre fin au grand schisme, ne s’exprime pas différemment du Concile de Constance, il ne manque jamais de dire : Joannes XXIII, Gregorius XII, Benedictus XIII, in suis obedientiis sic nominati. Un exemple curieux montre à quel point le Pape Martin V fut fidèle à la pensée du Concile de Constance, au sujet des Papes du schisme. La canonisation de Sainte Brigitte fut entreprise peu d’années après la mort de l’admirable sainte. Sa cause, commencée par Grégoire XI [dernier pape avant le schisme], fut poursuivie par Urbain VI, et complètement terminée par Boniface IX, en 1391. La confirmation de cette canonisation fut demandée en 1415, en Concile de Constance, par les Ambassadeurs de Suède, de Danemark et de Norvège : Jean XXIII accorda la demande et présida à la nouvelle canonisation.
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“Cependant Jean XXIII ayant été déposé, on demanda à Martin V en 1419, de canoniser une autre fois Sainte Brigitte. Martin V accéda à la demande par une constitution éditée à Florence et imprimée en tête des Révélations de Sainte Brigitte. Pourquoi Martin V procède-t-il à cette confirmation ou validation ? Ad bonarum mentium, et conscientiarum serenationem puriorem. On voit par ce seul exemple que si Boniface IX était un Pape douteux pour Jean XXIII ; l’un et l’autre étaient douteux pour Martin V. Si les actes de ses prédécesseurs avaient été valides, Martin V les auraient déclarés valides ; car, dans l’Église, on ne procède à l’itération des sacrements et des déclarations infaillibles, que dans le cas de nullité et de doute invincible.
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“En droit jamais le Concile n’aurait pu procéder contre un Pape certain, s’il s’en fut trouvé un parmi les trois contendants. Si quelqu’un des Papes de la fin du Schisme eut été successeur légitime d’un pape légitime, jamais le Concile n’aurait eu autorité sur lui. Le Concile n’a pu agir comme il l’a fait que parce qu’il ne se trouvait qu’en face de Pontifes successeurs légitimes, sans doute, mais successeurs de Pontifes douteux.”
Abbé Louis Gayet (chapelain de Saint-Louis des Français), Le Grand Schisme d’Occident, t. I, 1889, pp. VII-X.