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"De l'ensemble de notre étude, une idée maîtresse se dégage avec constance, commune aux traditions parallèles ou concurrentes des diverses Eglises du monde chrétien : la continence est requise des clercs employés au "service de l'autel" parce qu'ils exercent, entre Dieu et les hommes, une fonction originale de médiation. [...] Une phrase résume parfaitement cette conception générale, celle-là même qu'un Africain prononçait un jour de l'année 390, au nom de ses collègues : les ministres des mystères divins doivent s'abstenir des rapports conjugaux "afin de pouvoir obtenir en toute simplicité ce qu'ils demandent à Dieu" [...] Par cette affirmation, la discipline ecclésiastique des premiers siècles cherchait à s'inscrire dans la ligne des principes posés par le Nouveau Testament, et, au-delà de l'Evangile, à rattacher le sacerdoce chrétien à l'institution lévitique"
p. 466.
"Aux premiers siècles, la volonté des apôtres s'exprimait en outre par le souvenir que la vie de Pierre et des autres membres du collège apostolique avait laissé dans la mémoire collective des communautés chrétiennes. Il ne faut jamais perdre de vue cette norme vivante que constituait, à côté de la parole écrite ou oralement transmise, l'exemple donné par ceux qui, les premiers, avaient tout quitté pour suivre Jésus et étaient devenus ses apôtres, ceux à qui le Seigneur avait remis les destinées de son Eglise. Or, nous l'avons vu, si les Eglises n'avaient pas gardé un souvenir toujours précis de la situation de famille des Douze antérieurement à leur appel par le Christ, elles se rejoignaient dans la certitude commune que ceux des apôtres qui pouvaient avoir été mariés, avaient ensuite cessé la vie conjugale et pratiqué la continence parfaite. Un tel consensus sur un fait des origines devait jouer un rôle important dans l'idée que les responsables se faisaient des conditions nécessaires à l'exercice du ministère sacerdotal et des critères de recrutement à mettre en oeuvre pour conserver aux successeurs des apôtres et à leurs collaborateurs immédiats (prêtres et diacres) les traits essentiels de leur identité. Nous pensons que l'unanimité des témoignages des Pères sur le genre de vie mené par les apôtres au lendemain de leur vocation a été l'un des supports qui servirent à transmettre la discipline du célibat-continence comme une tradition d'origine apostolique.
p. 474.
"Notons encore que les motifs invoqués en faveur de la continence des clercs sont indépendants du courant spirituel qui alimentait les exhortations à la virginité. D'un côté, la consécration de la vierge (ou du continent non-prêtre) apparaît comme un don total de soi à Dieu "pour le Royaume des Cieux". Il s'agit pour elle de vouloir plaire en toutes choses à l'époux divin, de diriger toutes ses facultés vers lui, et de lui abandonner sans réserve corps et âme. La perspective du sacerdoce, quant à elle, est différente. Continent, le ministre du Christ doit l'être moins en vertu d'un désir charismatique d'appartenance totale à Dieu (encore, il va sans dire, que cet aspect convienne à son état) que pour se donner les conditions nécessaires à l'accomplissement de sa mission sacrificielle, ou, en d'autres termes, de sa fonction de médiateur."
P. 474.
"Le principe augustinien voulant que "ce qui est gardé par toute l'Eglise et a toujours été maintenu, sans avoir été établi par les conciles, (soit) regardé à juste titre comme n'ayant pu être transmis que par l'autorité apostolique" nous paraît donc trouver dans la discipline du célibat-continence pour les membres supérieurs du clergé que connaissaient les premiers siècles une application adéquate et justifiée. L'examen des documents et des faits historiques auquel nous nous sommes livrés le démontre, croyons-nous, avec assez de certitude. Concluons que l'obligation faite aux diacres, aux prêtres et aux évêques mariés de garder la continence parfaite avec leur épouse n'est pas dans l'Eglise le fruit d'une élaboration tardive, mais est au contraire, dans toute l'acception du terme, une tradition non-écrite d'origine apostolique qui, à notre connaissance, trouva sa première expression canonique au IVe siècle."
p. 475.