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Pendant des années, tout se passera comme si l’Église avait évité de sortir de l’ambiguïté en se soumettant volontairement à une conception maximaliste de la laïcité qui lui interdisait des prises de position publiques. À part des interventions souvent courageuses et isolées de Mgr Lustiger, l’Église de France ne sortait guère de son silence que pour rompre son image jugée trop conservatrice, en prenant la défense des sans-papiers ou en critiquant les restrictions à l’immigration. Lorsqu’elle était tentée de sortir de ces thématiques “bien-pensantes”, elle se voyait bien vite renvoyée dans ses sacristies par les tenants d’une laïcité pour laquelle la religion doit être cantonnée à la sphère privée.
Aujourd’hui, le débat sur le “mariage pour tous” montre que l’atmosphère a bien changé. Difficile à dater précisément, cette évolution progressive s’était déjà manifestée, d’une manière plus discrète, en 2009-2011, quand les catholiques, consacrés ou laïcs, s’étaient très massivement impliqués dans le débat national sur la bio éthique
Évêque de Bayonne depuis 2008, Mgr Marc Aillet a été témoin puis acteur de cette mutation : « J’ai toujours souffert, même quand je n’étais pas évêque, de voir des laïcs monter au créneau sur la bioéthique, la famille, le mariage, etc., qui prenaient au sérieux leur vocation à animer chrétiennement les réalités temporelles comme le concile Vatican II le leur demandait, sans être jamais encouragés publiquement par leurs évêques. Peu à peu, des évêques ont essayé de parler publiquement pour soutenir ces laïcs, notamment à l’occasion de “marches pour la vie”. Ce soutien nouveau a peut-être décuplé leur force. En ce sens, dans la mobilisation contre le projet de mariage dit “pour tous”, l’initiative du cardinal Vingt-Trois de proposer à toutes les familles de France de prier pour la famille, le 15 août dernier, a été à l’origine de l’ouverture d’une brèche. Je prends cela comme quelque chose de providentiel. »