Le Forum Catholique
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Jeanne Smits - 2013-01-30 09:40:44
Réponses
J'ai déjà répondu par ailleurs à certaines objections.
Je reprends point par point.
1. Je pense qu'il y a deux erreurs à ne pas commettre au sujet du mariage: prétendre que le mariage est une institution qui a pour seule fin le couple, et prétendre que c'est une institution qui est uniquement au service de la filiation. Cette seconde affirmation est démentie par le fait qu'on laisse se marier des couples dont la femme n'est plus en âge de mettre des enfants au monde.
D'accord avec vous.
2. Il y a aussi deux erreurs à ne pas commettre quant au rôle de la sexualité dans les unions contractuellement sanctionnées par la société: l'erreur minimaliste, qui ne lui donnerait aucun rôle, et l'erreur maximaliste, qui ferait tout reposer sur elle.
La société reconnaît depuis des millénaires les unions qui par le moyen de la sexualité normalement exercée sont par nature ouvertes à une nouvelle vie, même si par accident – stérilité ou âge des époux – l'enfant ne paraît pas. L'erreur maximaliste est justement évitée en ce que le mariage ne se résume pas à la sexualité mais crée un cadre véritablement humain qui intègre toutes les dimensions de l'humanité et fait respecter la responsabilité mutuelle.
3. Partant de là, il faut ajouter un facteur propre à notre époque, qui est le besoin de reconnaissance d'un certain nombre de minorités.
Cela ne justifie pas les revendications de toutes les minorités. Et d'ailleurs, à cette aune, pourquoi ne pas reconnaître les revendications des minorités pédoohiles (exprimées par exemple aux Pays-Bas ou en Angleterre), pourquoi maintenir le tabou de l'inceste à l'heure où l'on peut facilement stériliser ces unions et éviter ainsi les risques qui y sont liés ?
4. Si vous mettez sur le même plan l'union d'un frère et d'une soeur et l'union de deux personnes homosexuelles, vous ferez plus de mal à l'institution familiale que si vous acceptez que les unions civiles homosexuelles bénéficient des mêmes avantages civils que le mariage, excepté la filiation. (C'est pourquoi, à l'époque de la discussion sur le PACS, j'ai toujours pensé que ceux qui voulaient mettre sur le même plan l'union d'un frère et d'une soeur et l'union de deux concubins homo ou hétérosexuels faisaient preuve d'une hypocrisie coupable, qui ferait plus pour la banalisation de l'inceste que si l'on ne niait pas le caractère sexuel de l'union considérée).
Non, il ne s'agirait pas de la reconnaissance d'une union maritale – comme l'est le pacs ou le serait une alliance civile. Ce serait tomber dans l'erreur maximaliste qui ne regarde que la sexualité. Il s'agirait de reconnaître que dans notre société hyper-fiscalisée, hyper-administrative, reconnaître que la vie commune, le domicile partagé – et non l'union – est une réelle protection pour beaucoup, indépendamment des liens de parenté, qui rend service à la société en empêchant des misères à prendre en charge par la collectivité. Consentir des avantages fiscaux, sociaux, successoraux dans ce cadre, pourrait se justifier par le service de stabilité et de protection rendu aux plus faibles, sans nullement instaurer une similitude avec le mariage. Mais c'est juste une idée.
5. Seule la filiation est véritablement contraire au "bien commun" dans ce projet de loi. Mais si vous excluez que les contrats d'union civile de personnes homosexuelles portent le moindre droit à celle-ci et que vous admettiez d'autre part que le mariage est fondé sur ces deux piliers que sont le couple et la filiation, alors l'union civile homosexuelle que vous aurez autorisée ne sera pas un mariage, puisque tout droit à la filiation en sera exclus.
Non, la reconnaissance de l'union homosexuelle, fondée sur cette activité sexuelle, est contraire au bien commun. Elle met sur le même plan un exercice de la sexualité conforme à sa finalité, qui est aussi sociale, et l'exercice d'une sexualité qui n'est pas normale et qui d'ailleurs s'accompagne statistiquement de promiscuité, de risques de problèmes de santé et d'espérance de vie diminuée qui ne sont pas des biens pour la société, ni pour ceux qui s'y adonnent.
A quoi s'ajoute que la "normalisation" légale de la conduite homosexuelle a pour corollaire des effets néfastes sur le droit de ceux qui expriment sur elle un point de vue moral, qu'il soit simplement naturel ou que s'y ajoute un point de vue biblique ou religieux.
6. C'est pourquoi la proposition de Frigide barjot est sage, de se battre surtout contre la filiation, même si sa dialectique est fautive, de prétendre le faire parce que le mariage est une institution entièrement au service de la filiation.
Je crois en effet que la bataille pour la filiation est première dans le contexte où nous vivons, étant entendu cependant que cette bataille est rendue difficile par la dévaluation du mariage lui-même, et par le fait que la filiation biologique est déjà fortement mise à mal à la fois par l'instabilité des unions et par le recours aux techniques de procréation artificielle au sein du mariage. Mais en réduisant la bataille à la filiation on contribue automatiquement à dévaluer encore davantage le mariage.
7. Enfin même si accessoirement, vous ne pouvez pas embrigader dans une même motivation catholique les huit cent mille personnes que Frigide Barjot a, bon gré, malgré, rassemblées derrière elle. Son rôle de porte-parole est un peu plus qu'auto-assumé, dans la mesure où Alain escada reconnaît lui-même que les deux seules personnes à avoir préconisé une manifestation pour lutter contre ce projet de loi furent lui-même et Frigide Barjot.
Ce n'est pas une motivation catholique, une fois de plus. Je ne crois pas non plus qu'il appartienne à Alain Escada de déterminer qui mène quoi. Et je n'embrigade personne : je constate seulement que Frigide Barjot embrigade des personnes qui ne se sont nullement manifestées à ce sujet derrière une revendication qu'elle a surtout répétée dans les médias et qui n'est pas sans irriter d'autres responsables de la mobilisation du gros des troupes du 13 janvier.
Amitiés
Jeanne Smits
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