Jean-François Revel sur l'Eglise catholique
Le Forum Catholique
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Alonié de Lestre - 2013-01-28 08:09:18
Jean-François Revel sur l'Eglise catholique
Si je tiens quand même à souligner cette tendance si profonde en Occident, c’est que les secteurs de la vie occidentale qui devraient paraître les plus à l’abri de cet appétit de changement y succombent également. Par exemple, les religions qui en principe sont liées au dogme. Une religion révélée est liée à un dogme précis, et on peut supposer que ceux qui sont les adeptes de cette religion la pratiquent parce qu'elle fournit une sorte d’élément immuable qui exprime une éternité, l’éternité du surnaturel, de l’au-delà, de la Divinité. Par conséquent, cet aspect de l’histoire de la conscience humaine, normalement, devrait être soustrait aux impératifs du changement et de l’innovation qui caractérisent les activités s’inscrivant dans le contexte du monde et du temps. Or, il n’en est rien.
Prenons la religion catholique. J’en parle avec détachement, puisque je ne suis pas croyant. Sans arrêt, l’Église catholique est soumise aux assauts de modernistes qui lui disent : « Vous ne vous renouvelez pas suffisamment ! Il nous faut des théologiens novateurs ! L’Église doit s’adapter à son temps ! » Alors, en ce cas, on peut se demander à quoi bon une religion ? Si celle-ci n’est pas précisément la dimension de la conscience humaine qui soustrait ladite conscience aux vicissitudes de l’évolution temporelle et à la nécessité de se renouveler, à quoi sert-elle ?
Notre appétit de nouveauté est tel qu'on demande à Dieu lui-même de se renouveler sans cesse. Du moins ceux qui croient en lui. Il y a d’incessants conflits entre le Saint Siège, gardien de l’orthodoxie théologique et les théologiens d’avant-garde qui proposent des innovations théologiques, comme, en d’autres domaines on peut proposer des innovations en peinture, en musique ou en haute-couture. La notion même de théologien d’« avant-garde » est comique. En quoi l’éternité peut-elle être d’avant-garde ou d’arrière-garde ? Et le Vatican se retrouve devant un nouveau dilemme. S’il admet ces nouvelles théologies, il est obligé d’accepter une modification de certains principes fondamentaux du dogme. Et s’il ne les admet pas, il se fait traiter de vieux jeu, de réactionnaire, de passéiste attaché à des formes périmées de la Divinité.
Revel, Jean-François; Ricard, Matthieu (1997). «Du progrès et de la nouveauté» dans Le moine et le philosophe. Paris : NiL, p.362-363
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