Le Forum Catholique
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Thomas - 2013-01-25 11:19:58
Ce que pense l'Église
L'Église en tant qu'institution prend rarement une position tranchée face à des développements scientifiques. En revanche, elle suit ces développements, notamment au travers de l'Académie Pontificale des Sciences. Leur site web devrait donc pouvoir vous donner des éléments de réflexion.
En l'occurrence, il y a eu du 8 au 10 novembre 2012 un groupe de travail sur les neurosciences intitulé « Neurosciences and the Human Person:
New Perspectives on Human Activities ». Il fait suite à deux précédentes réunions similaires qui se sont déroulées en 1964 et 1988 (donc une réunion tous les 24 ans).
Les actes de cette dernière rencontre ne sont apparemment pas encore publiés, mais on peut lire une déclaration qui conclut ainsi (la traduction est de moi et peut donc être discutable):
En conclusion, les connaissances actuelles de l'organisation du cerveau humain et comment il donne lieu à des états mentaux fournit déjà une contribution importante à la question de ce qu'est la personne humaine. Pourtant, comme toute entreprise scientifique, les réponses qu'elle fournit restent limitées. Les scientifiques et les philosophes ont besoin de chercher un meilleur langage qui peut combler le fossé entre les disciplines et les niveaux d'analyse. Cela comprend le langage des valeurs, de la responsabilité, de la dignité et de la justice. Les reconstructions des concepts de conscience et de conscience de soi, d'esprit et d'âme, de forme et d'information, peuvent aider à rassembler les sciences naturelles, les sciences sociales et les sciences humaines.
Grâce à la découverte de la centralité du cerveau faite par les neurosciences, nous avons maintenant un nouveau point de départ de notre reconnaissance du statut de l'être humain. Aujourd'hui, nous pouvons être à la fois acteurs et spectateurs de nos propres actions et de nous-mêmes - le point de vue à la première personne du soi subjectif est complété par le point de vue à la troisième personne de la neuroscience. Seul un être humain est capable de créer une telle circularité en observant le fonctionnement de son cerveau par l'extérieur avec des instruments toujours plus puissants, tout en interprétant ces données à l'intérieur, sur la base de l'auto-réflexion. Les conséquences de cette double approche commencent seulement à être explorées.
En plus de contribuer à cette recherche conceptuelle, les scientifiques des neurosciences cognitives ont également aujourd'hui une responsabilité importante face aux nombreux défis posés par le monde contemporain. De nouvelles interfaces vont bientôt relier le cerveau humain aux ordinateurs et aux robots, palliant la paralysie, mais soulevant également des questions éthiques difficiles. Le système juridique peut bénéficier, mais aussi être profondément remis en cause par notre meilleure compréhension des déterminants conscients et non conscients du comportement humain. De nombreuses institutions existantes de l'homme, telles le système pénitentiaire, pourraient finalement nécessiter un réexamen étendue à la lumière de notre compréhension croissante du cerveau humain et de la possibilité de le changer et de l'éduquer. La prison (privation de la liberté de mouvement) ne devrait jamais être une simple institution punitive, mais aussi, et avant tout, être un moyen de protéger la société contre les individus dangereux, d'agir comme moyen de dissuasion, et de corriger et d'éduquer pour ceux qui sont emprisonnés.
À la lumière de ces informations, je pense qu'on peut dire que l'Église ne rejette pas les neurosciences en tant que telles. Elle prend acte des progrès de notre connaissance du fonctionnement du cerveau humain tout en restant méfiante et vigilante vis-à-vis d'interprétations trop radicales ou rapides de ces avancées. Dans le même temps, elle réfléchit à la manière d'intégrer ces connaissances à la théologie, en utilisant ces nouvelles connaissances pour mieux comprendre la Révélation (et non pour la remettre en cause, bien entendu). C'est le propre de ce qu'on appelle souvent la « philosophie naturelle » que de partir de ce qu'on sait du réel pour développer un corpus cohérent et homogène.
Thomas
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