Très rapidement : deux dimensions du problème.

Le Forum Catholique

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Scrutator Sapientiæ -  2013-01-20 23:24:12

Très rapidement : deux dimensions du problème.

Bonsoir Paterculus.

1. Les deux composantes de la liberté religieuse, à mon sens, "devraient pouvoir être" :

- d'une part, une composante "juridico-politique" : la liberté religieuse, c'est notamment l'exemption de contrainte étatique en matière religieuse ; en ce sens, c'est un ensemble de libertés publiques, les libertés d'association, d'information, d'expression, de réunion, encadrées par les pouvoirs publics, et activées par les différentes communautés confessionnelles, en matière religieuse ;

- d'autre part, une composante "pneumatico-religieuse" : la liberté religieuse, non plus en ce qu'elle est permise par l'Etat, mais en ce qu'elle est permise à l'homme, n'a de sens, dans une optique catholique, que si l'homme ne perd pas de vue le fait qu'il a vocation à faire bon usage de sa liberté religieuse, et non aucun usage, ni mauvais usage, de sa liberté religieuse, car celle-ci est ordonnée à la vérité révélée en matière religieuse.

2. La liberté religieuse devrait donc pouvoir être présentée aux Etats et aux hommes comme un droit et une valeur tout à fait exigeants, extrêmement responsabilisants, pour les institutions comme pour les individus, un droit et une valeur qui n'exonèrent en rien l'individu de son obligation de chercher la vérité objective, en matière religieuse, et d'y adhérer, une fois qu'il l'a trouvée.

3. Or, dans les faits, ce n'est pas du tout comme cela que c'est pensé et vécu par les uns et par les autres, et le mode de rédaction de la première partie de DH a sûrement une part de responsabilité :

- les Etats, sauf, notamment, les Etats musulmans, ont tendance à considérer que l'espace public doit pouvoir être librement ouvert à tous les vents, en matière religieuse, y compris à des groupuscules à tendance sectaire qui se font passer pour des religions ;

et surtout

- les individus ont tendance à croire que l'on est également libre, en matière religieuse, quelle que soit l'inspiration religieuse vers laquelle on s'oriente, ce qui est vrai, d'un point de vue "juridique", mais certainement pas vrai, d'un point de vue "pneumatique".

4. Au Concile, dans DH, et bien sûr par la suite, on aurait donc dû pouvoir parler davantage de liberté responsable, en matière religieuse, car il y a plusieurs manières tout à fait irresponsables, de considérer la liberté religieuse, dans son principe, ou de la réaliser, dans la pratique.

5. Je pense que si, au Concile, l'Eglise avait dit clairement qu'elle passait de la doctrine de la tolérance à la doctrine de la liberté responsable, en matière religieuse, la notion même de liberté religieuse aurait été perçue comme moins attractive, comme moins "affranchissante", comme moins "libératrice", par les individus, mais au moins il n'y aurait pas eu tous les malentendus qu'il y a eu, et qu'il y a toujours, en la matière, depuis bientôt cinquante ans.

6. Et le malentendu fondamental est celui-ci : pour beaucoup, depuis DH, l'Eglise reconnaît le droit à la liberté religieuse, donc, dorénavant, chacun croit en ce qu'il veut, chacun fait ce qu'il lui plaît, en matière religieuse, avec l'autorisation, sinon avec la bénédiction, de l'Eglise elle-même.

7. Ce malentendu fondamental, le texte même de DH en est grandement responsable : dans l'ensemble, l'anthropologie philosophique qui s'exprime dans la première partie de DH est d'inspiration kantienne.

8. Par ailleurs, combien de clercs se comportent exactement comme si DH autorisait chacun à croire ce qu'il veut, non seulement dans l'ordre juridico-politique, mais aussi dans l'ordre pneumatico-religieux ?

9. Comme il est exclu de réécrire DH, je ne vois qu'une solution : qu'un document officiel en précise le sens, non seulement sous l'angle adressé et destiné aux institutions étatiques, mais aussi et surtout sous l'angle adressé et destiné aux individus chrétiens ou non, croyants ou non, afin que les uns et les autres comprennent que ce qui leur est à la fois accordé et demandé par l'Eglise, c'est un usage responsable, en matière religieuse, du droit dont ils disposent, qui leur est reconnu, en matière religieuse.

10. Et un usage responsable de la liberté religieuse suppose un éclairage préalable de la conscience et de la personne, notamment sur la différence entre liberté en matière religieuse et licence en matière religieuse, car quand on confond liberté et licence, au point de se dire : "je suis libre en matière religieuse, donc je suis libre d'adhérer à n'importe quelle religion ou tradition", on n'est pas plus libre, mais en revanche, on est moins responsable, sous l'angle pneumatico-religieux, en matière religieuse.

Ce qui précède est écrit dans la continuité de l'action, je ne préjuge pas de la cohérence ni de la pertinence de mon propos, mais j'ai essayé de préciser ou de rappeler, en définitive, que ce que j'appelle la liberté responsable en matière religieuse n'est vraiment libératrice, dans ses deux dimensions, que si elle est présentée en permanence, par l'Eglise elle-même, à l'attention des Etats et des hommes, comme explicitement responsabilisante, et non comme implicitement déresponsabilisante, vis-à-vis de la liberté subjective humaine ET vis-à-vis de la vérité objective divine.

Bonne nuit et à bientôt.

Scrutator.
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