Très rapidement, quelques remarques non polémiques.
Le Forum Catholique
Imprimer le Fil Complet
Scrutator Sapientiæ - 2012-11-15 00:03:40
Très rapidement, quelques remarques non polémiques.
Bonjour et merci, Théonas.
Très rapidement, quelques remarques non polémiques.
1 - Il y avait déjà des risques ou des sources de confrontation ou de contradiction, au sein même de la FSSPX, en amont de l'ouverture des discussions doctrinales avec Rome ; j'ai déjà relevé ici-même qu'il y a eu, dans les années 2000, une formidable réfutation d'un propos de Mgr FELLAY du 11 mai 2001 : "le Concile, nous en gardons 95 %", par plusieurs clercs de la FSSPX, notamment lors de quatre symposiums théologiques, au cours desquels il a plutôt été précisé ou rappelé en substance que le pourcentage de ce qui était "gardable", dans le Concile, par et selon ces mêmes clercs de la FSSPX, était certainement beaucoup moins élevé que celui indiqué en 2001 par Mgr FELLAY ;
2 - Le Pape est avant tout le garant de l'unité de l'Eglise catholique, il n'est pas avant tout le garant de l'unité de la FSSPX ; cela signifie que sa "motion de synthèse", "le renouveau dans la continuité", est importante en tant que pierre d'angle au sein de l'Eglise - institution, même si cette pierre d'angle
a) brille plus par sa relative utilité pratique que par son absolue validité historique ou théorique (je dis bien "même si" et non "bien que")
b) constitue une pierre d'achoppement, entre l'Eglise - institution et la FSSPX, ou au sein même de la FSSPX.
3 - Il y a dans le positionnement actuel du Saint-Père, vis-à-vis du Concile, à la fois
a) le reflet d'une conviction personnelle, qui a été « ratzingérienne », hier, avant d’être « bénédictine », aujourd’hui,
ET
b) le reflet d'une logique d'appareil : l'appareil ecclésial.
Dans ce deuxième ordre d'idées, l'Eglise - institution n'a pas la possibilité d'accepter en son sein deux relations, explicites et officielles, au Concile, qui seraient toujours aussi diamétralement opposées,
- d'une part, la sienne propre,
- d'autre part, celle de la FSSPX,
id est celle d'une FSSPX réintégrée, qui continuerait à se livrer, mais cette fois-ci, depuis l’intérieur de l'Eglise, à une critique frondeuse et frontale du Concile, lequel est, depuis déjà cinquante ans, et peut-être bien pour encore cinquante ans, la "magna carta" de l'Eglise catholique...avec le succès que l'on connaît.
4 - Ce qui aurait peut-être pu être mis en avant, pour ainsi dire, par "les deux parties en présence", lors des discussions doctrinales, c'est ceci : il y a différents degrés d'adhésion au Concile, car il y a différents niveaux d'expression, au Concile :
- on n'adhère pas à une constitution dogmatique, aussi adogmatique soit-elle, comme on adhère à une constitution liturgique ou pastorale ;
- on n'adhère pas à une constitution dogmatique, comme on adhère à un décret d'application de cette constitution ;
- on n'adhère pas à une constitution dogmatique, comme on adhère à une déclaration d'orientation générale, dans une matière particulière.
5 - De même, l'autorité d'un texte découle de l'importance de son contenu et de l'influence de son devenir, mais aussi de sa nature et de sa portée, de son fondement et de sa visée, et tous les textes du Concile
a) n'ont pas la même nature magistérielle ni la même portée pastorale,
b) n'ont pas le même fondement magistériel ni la même visée doctrinale.
6 - Or, à exiger une adhésion au Concile "en bloc", versus une critique du Concile "en bloc", on s'expose au risque d'obtenir
- une adhésion plus apparente qu'effective, silencieuse et en surface, une véritable restriction mentale, sélective et permanente, personnelle et collective, qui est celle, je le crois, de nombreux catholiques non "pidistes" qui, à tort ou à raison, croient savoir à quoi s'en tenir, sur la conformité à la Tradition du Concile, cette conformité s'étant manifestée, comme chacun le sait, d'une manière tout à fait éclatante et évidente, avant même la clôture du Concile, et surtout après...
ou
- une réactivation et une réaffirmation de la critique faciale et totale du Concile, notamment par la FSSPX, pour des raisons programmatiques ET psychologiques, d'autant plus qu'on est en droit de se demander si cette critique ne constitue pas, par moments, la pierre d'angle, le référentiel fondamental, au sein de la FSSPX...
7 - Je vous renvoie à cet extrait de l'homélie de Mgr FELLAY :
" Ça c’est l’amour de Jésus pour nous, et nous, nous aurions un doute ? Nous aurions un doute sur le fait qu’Il veut nous secourir, qu’Il veut nous aider ? Reprenons nos esprits. Reprenons la foi. Et même s’Il Se cache, s’Il redouble l’épreuve, ça ne fait rien, Il est le Maître absolu, de toutes choses. Il est capable de nous sauver dans la situation de l’Église actuelle comme dans le meilleur des temps. Et ce mystère va si loin, mes bien chers Frères, que ce pouvoir, cette puissance de sainteté, de sanctification, elle réside aujourd’hui encore dans cette Église que nous voyons par terre. Si nous avons la foi, c’est dans cette Église; si nous recevons la grâce du Baptême jusqu’au dernier des Sacrements, c’est dans et par cette Église. Cette Église qui n’est pas une idée, qui est réelle, qui est devant nous, que l’on appelle l’Église catholique et romaine, l’Église avec son Pape, avec ses évêques, qui peuvent être aussi en débilité - j’allais dire débiles - ça ne fait rien, le Bon Dieu ne laisse pas tomber Son Église. Mais à nous de ne pas nous laisser troubler, ne pas dire… puisqu’il y a l’assistance du Bon Dieu, tout est bon! "
Il y a là, à tout le moins, un déficit de diplomatie non négligeable.
Or, quand bien même les représentants de la FSSPX seraient capables de faire valoir leurs arguments avec pédagogie, que vaudrait cette pédagogie, ou par quelle miracle serait-elle appréciée avec bienveillance, si elle était dépourvue de diplomatie ?
8 - Je vois mal comment l'Eglise pourrait reconnaître, urbi et orbi, qu'elle s'est trompée, au moment, au moyen, en aval du Concile, alors qu'elle y a conféré une autorité doctrinale et pastorale à ce que l'on appelle, en droit administratif français, une "erreur manifeste d'appréciation", un peu, sur les autres confessions chrétiennes, beaucoup, sur les religions non chrétiennes, et surtout, sur l’homme et le monde modernes.
9 - Dans le meilleur des cas, Benoît XVI lui-même, ou son successeur, prendra chaque année un peu plus de distance avec les textes du corpus textuel conciliaire qui ont le plus contribué à l'apparition puis à l'affirmation du climat mental "conciliaire", mais sans jamais, ou sans trop, le dire à voix haute, jusqu'à ce que l'on se rende compte qu'il n'y a plus que les progressistes rupturistes qui instrumentalisent ce corpus textuel (quand ils le connaissent et le comprennent !) pour maintenir vivante la flamme du climat mental auquel ils doivent une partie de leur existence.
10 - Conclusion provisoire : pendant encore un certain temps, la FSSPX devra continuer à "faire avec" une Eglise - institution qui est à la fois au service du Concile et asservie, dans une plus ou moins grande mesure, à la part d'angélisme, d'irénisme, d'utopisme, d'ambivalence, d'aveuglement, d'imprécision, d'incomplétude, qui le caractérise.
Cette part est inhérente
- à au moins une partie du corpus textuel du Concile,
ET
- à au moins une partie du climat mental, déjà présent au Concile, et surtout postérieur au Concile.
Enfin, à la place de la FSSPX, je soulignerai le fait suivant, au bénéfice et à destination, notamment, de Rome : la caractéristique fondamentale de la partie du "corpus" et du "climat" à laquelle je pense, ce n'est pas le renouveau dans la continuité, c'est le renouveau dans le consensualisme ; eh bien, il me semble qu'il faudra à la fois
- que la FSSPX accomplisse un effort sur elle-même, en renouant avec la part de continuum qui existe néanmoins réellement entre une partie du Magistère antérieur au Concile et une partie du Concile lui-même : que je sache, DV et LG n'ont pas été écrites par le diable en personne ;
ET
- que l'Eglise - institution entreprenne un effort sur elle-même, en libérant, si j'ose dire, les évêques, les prêtres, les fidèles, de la part de consensus, quasiment à tout prix, qui a rendu une partie de l'Eglise inoffensive et une partie du monde indifférente.
Bonne nuit et à bientôt.
Scrutator.
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=650427