Faut-il que la succession de chénouda III soit difficile

Le Forum Catholique

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le torrentiel -  2012-11-04 04:51:01

Faut-il que la succession de chénouda III soit difficile

et qu'il n'y ait pas seulement des soubresauts politiques en Egypte, mais aussi un dissensus interne, pour que la chaire de saint-Marc soit laissée au tirage au sort, au demeurant tout à fait apostolique, de la main innocente d'un petit "enfant mâle"?


Peut-on nier qu'il y ait dérive de "police parallèle", aussi bien des patriarcats libanais ou égyptiens, dans un contexte de persécution qui les explique en partie sans pour autant les justifier?


Il semble bien qu'au Liban d'une part, le rapport très concret de forces, dominé par la scission du pays en diverses zones d'influence plus ou moins paramilitaires, ne conduise le patriarcat maronite à une fonciarisation de ses revendications domaniales, en même temps qu'à une défense de la séparation confessionnelle des pouvoirs, tout à fait indéfendable pour la bonne marche d'un etat multiconfessionnel et néanmoins souverain. Bien sûr, l'exemple libanais montre moins qu'il ne constitue la limite de ce modèle pluriculturel ou pluriconfessionnel.


quant à l'egypte, il me semble qu'il y a eu sous chénouda III une vraie perte du prestige du pouvoir spirituel, perte inséparable de la surenchère qui accompagne toujours ces décadences du pouvoir, et qui a été perçu au premier chef par les compatriotes des coptes, ce qui n'arrange pas leurs affaires et leur situation.

Au risque de me lancer dans une analogie historique qui n'est peut-être pas de saison, mais qui peut tout de même se montrer éclairante en matière de prospective, et au risque de me faire plus de contempteurs que de supporters dans ce débat, je me demande si la stratégie de chénouda III n'a pas été, en moins juridique et en plus directement presque paramilitaire, la même que celle de saint Pie X en france au moment de la loi de séparation, refusant tout compromis, espérant par là sauvegarder la forme juridique ancienne de l'existence et du prestige de l'Eglise en france, sans voir le parti qu'il pourrait tirer de la forme des "associations cultuelles", qui auraient permis à l'eglise de france de tourner à son avantage le volet franchement anticlérical de la seconde partie de la loi de 1901 sur la liberté d'association, de façon que l'Eglise assume sa perte de pouvoir direct, mais avec le profit d'en devenir pour ainsi dire une "association publique de fidèles", dotée d'une vraie parole publique, tandis que l'Etat prétend inféoder aujourd'hui la Conférence des evêques de France à un statut de corps intermédiaire subordonné, à la parole purement consultative, donc dépourvue de poids réel.



En Egypte où l'on n'est pas encore blasé du merveilleux par lequel dieu peut confirmer quand il Lui plaît la foi des fidèles, il y aurait eu appparemment aussi rupture de la chaîne thaumaturgique, de sorte qu'un Nasser, reconnaissant au prédécesseur de chenouda III pour la guérison d'un de ses enfants, n'aurait plus pu se dresser pour la défense des coptes, de leur liberté de culte et de l'apport qu'ils constituaient pour l'egypte tout entière. Mais certain liseur qui vit en egypte pourra infirmer ou confirmer mes dires.


La leçon pour la chrétienté me semble être que ces patriarcats comme nos propres épiscopats, pressés par le péril, sont tentés de sauver les meubles et de se comporter en gestionnaires de patrimoine, y compris spirituel (cf le film "Marie, les coptes et moi" dont j'espère ne pas travestir le titre). Toujours est-il que ce "sauve qui peut" ne s'avère pas payant, ni n'éloigne le péril, s'il pare au plus pressé et le conjure dans le premier moment. L'admiration rétrospective d'un aristide Briand pour saint Pie X relevait peut-être du billard à trois bandes, dont la dernière est aujourd'hui l'exploitation étatique de la conférence episcopale aux propres fins gouvernementales et sous condition que soit implicitement reconnu que la loi civile précède la loi religieuse et que la foi relève de la sphère privée, même si une liberté de procession reste accordée pour la forme, au titre de la "liberté de manifestation" encadrée par une autorisation préfectorale, pourvu qu'on ne touche pas aux vaches sacrées du laïcisme!


Bien sûr, le péril en egypte est plus imminent, mais il n'est pas impossible que la stratégie d'un chénouda III, qui a recherché la protection d'un pouvoir qui n'était que modestement décidé à la lui accorder, ait rapproché ce péril plus qu'il n'a contribué à l'éloigner.


Conclusion: on ne gagne jamais rien à se compromettre avec l'injustice. et il vaut mieux reconnaître sa situation de faiblesse et de marginalité réel, pour s'assurer une reconquête offensive et paradoxalement d'autant plus pacifique, plutôt que de passer son temps à présenter le visage d'une chrétienté sur la défensive, moins une défensive évangélique qu'une défense de ses avoirs et valeurs, au propre et au figuré, et en dernière analyse.


Cela vaut y compris pour nos chrétientés en situation de persécution symbolique, et cela doit être dit avec prudence, avec la conscience que l'éloignement permet cette parole détachée, mais surtout dans une solidarité complète avec ces chrétientés lointaines et rien moins que métaphoriquement menacées et persécutées.
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