en effet c'est le P. Ardura et...

Le Forum Catholique

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Scrutator Sapientiæ -  2012-10-11 21:51:54

en effet c'est le P. Ardura et...

Bonsoir Luc PERRIN,

I.

1. Je ne conteste évidemment l'effectivité, la matérialité, d'aucune des données factuelles qu'à juste titre vous rappelez.

2. Ce que je déplore, c'est

- d'une part, que l'on nous parle bien plus fréquemment de la face sud de la construction européenne que de sa face nord, comme si cette face nord n'existait pas ou, si j'ose dire, ne surplombait pas la face sud, alors que le pilotage et la supervision du creusement des fondations de la future CEE, depuis Washington, constituent l'une des principales clefs de compréhension des origines de notre vassalisation ;

- d'autre part, que l'on nous présente aujourd'hui l'action des "pères fondateurs" de la construction européenne d'hier comme un exemple d'engagement, voire LE modèle de L'engagement des chrétiens dans la cité, non seulement pour le passé, mais aussi pour le présent.

3. Dans le contexte de cette époque-là, contexte, compliqué et délicat,

- de la bipolarisation politique et militaire entre l'URSS et les USA,

- de la décolonisation de ce que l'on n'appelait pas encore le tiers-monde,

- de la reconstruction des économies et des sociétés européennes,

je peux comprendre que le positionnement des "pères fondateurs" ait été, ou se soit voulu, en son temps, et dans une certaine mesure,

a) à la fois humaniste - chrétien et atlantiste - états-unien,

b) un peu mieux et un peu plus que le moins mauvais possible.

4. A ce contexte-là, qui a prévalu jusqu'à la fin des années 1980, a succédé un tout autre contexte, au sein duquel la construction européenne montre un tout autre visage, sur les traits duquel on a "un peu plus" de mal à percevoir une compatibilité immédiate et intégrale entre la subordination aux intérêts des USA et la manifestation des vertus chrétiennes dans l'espace public et dans le corps social.

5. En d'autres termes, de mon point de vue, que l'on peut, bien entendu, ne pas partager, il me semble qu'aujourd'hui un exemple d'engagement chrétien en politique pourrait être caractérise par davantage de distance critique, vis-à-vis des "pères fondateurs" et de la construction européenne, que par une référence inconditionnelle aux uns et à l'autre, compte tenu, notablement, des enseignements et de l'expérience des vingt dernières années.

II.

1. Merci beaucoup de me le dire, si je me trompe, mais il me semble que ce matin, au cours de la même émission, sur FC, le Père Ardura a affirmé en substance

a) que le Concile de Trente, dans son ensemble ou en tant qu'ensemble, n'avait donné lieu à réception en plénitude, dans et par l'Eglise, qu'au bout d'un siècle,

b) qu'il convenait donc de faire preuve de beaucoup de patience et de prudence, pendant encore cinquante ans, avant de commencer à apprécier, à estimer, à évaluer, la réception effective du Concile Vatican II, dans et par l'Eglise elle-même.

2. Je ne sais pas ce que vous en pensez, et vous pouvez évidemment ne pas en penser la même chose que moi, mais il me semble que ce mode de raisonnement est situé, d'une manière tout à fait complaisante, dans une logique ou une optique d'exonération rétrospective ou contemporaine des responsabilités respectives, passées ou présentes, de la génération Vatican II et de la génération Jean-Paul II.

3. A l'opposé de ce mode de raisonnement, je considère pour ma part que le Concile Vatican II, là aussi, dans son ensemble et en tant qu'ensemble, a été reçu, dans et par l'Eglise catholique, et qu'il y est appliqué, depuis bientôt un demi-siècle.

4. On peut toujours dénoncer le caractère militant et partisan de telle ou telle réception hétérodoxe et particulière du Concile, on peut toujours déplorer qu'il ait été peu ou mal reçu puis appliqué, dans tel ou tel domaine, sur telle ou telle matière, mais il me semble que l'on ne peut pas dire, par exemple, que la période actuelle est une période transitoire, d'un certain nombre de décennies, au cours desquelles nous serions, en quelque sorte, en phase de pré-réception du Concile.

5. Sauf erreur de ma part, tous ces synodes, toutes ces exhortations apostoliques post-synodales, toutes ces lettres encycliques, toute la pastorale post-conciliaire, a minima celle impulsée par les Papes successifs, relèvent de la prise en compte, donc de la réception, et de l'application, donc de la mise en oeuvre, du Concile Vatican II.

Merci beaucoup pour tout message sur cette question et bonne soirée.

Scrutator.
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