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Pour compléter la doctrine que nous avons exposée sur l'union à Dieu et les purifications qui y disposent, nous voudrions parler de ce qui est comme l'âme même du sacrifice de la messe et de la manière dont il convient de s'y unir, à l'exemple de Marie, par une oblation personnelle. Les controverses récentes sur l'essence du sacrifice de nos autels ont mis de plus en plus en relief certains points fondamentaux d'où dérive une grande lumière.
Le sacrifice en général est l'oblation d'une chose sensible qu'un prêtre fait à Dieu, par une certaine destruction ou immolation, qui consacre à Dieu cette chose, la consume en son honneur, pour reconnaître son souverain domaine et notre parfaite soumission. Ainsi, dans les différents peuples, de tout temps, on a offert à Dieu de l'encens, les fruits de la terre, le pain et le vin, et les animaux les plus purs. Le sacrifice le plus parfait dans lequel toute la victime est consumée en l'honneur de Dieu porte le nom d'holocauste; c'est l'expression sensible la plus parfaite de l'adoration, de l'action de grâces pour les bienfaits reçus, de la supplication pour les grâces à obtenir et de la réparation du coeur contrit, conscient de la gravité des fautes commises, secrètes ou publiques, et implorant le pardon.
On voit par là que l'âme du saint sacrifice, c'est l'oblation intérieure du prêtre, à laquelle le peuple tout entier doit s'unir. Sans elle il n'y a que le côté extérieur de cet acte, une immolation extérieure qui perd toute signification et qui n'est que le cadavre du sacrifice, comme le fut le sacrifice de Caïn. L'immolation extérieure d'un animal, requise comme réalité, ut res, pour se nourrir de celui-ci, n'est requise dans le sacrifice, même sanglant, que ut signum externum, comme signe d'une oblation, d'une adoration, d'une contrition intérieures, sans lesquelles elle n'a plus aucun sens, ni aucune valeur. - Ceci est à la fois élémentaire et capital. On n'y pense généralement pas assez, lorsqu'on cherche en quoi consiste l'essence du sacrifice de la Messe. Il n'est pas inutile de rappeler qu'il est absolument à l'antipode du sacrifice de Caïn; d'insolubles difficultés viennent parfois de l'oubli des vérités les plus élémentaires.
Par ailleurs la simple oblation intérieure, ne suffit pas à constituer le sacrifice proprement dit; car celui-ci est un acte de religion non seulement intérieur, mais extérieur et même public. Il faut donc nécessairement un signe extérieur qui est comme le corps, le côté matériel du sacrifice, ce que le langage est à la pensée et au vouloir.
Dans l'Ancien Testament les sacrifices offerts n'étaient qu'une figure du grand sacrifice à venir, qui devait être offert par Notre-Seigneur. Cette figure avait d'autant plus de valeur que l'oblation intérieure était inspirée par une plus grande foi et un plus grand amour de Dieu; certains jours ce fut une foi et un amour absolument héroïques, comme lorsque Abraham se prépara à immoler son fils Isaac, qui était pourtant le fils des promesses, et lorsque l'enfant, figure du Christ, se laissa lier avec la même foi, la même obéissance, la même piété que celles qui inspiraient le père aimant qui allait le frapper. L'agneau pascal fut une autre figure de celui qui devait être appelé l'Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde.