Bauge tout-ou-rien - Huile trois-en-un.
Le Forum Catholique
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Scrutator Sapientiæ - 2012-09-29 08:50:35
Bauge tout-ou-rien - Huile trois-en-un.
Bonjour Théonas,
I.
1. Comme vous le savez, ce que vous dénoncez dans votre message ne relève pas à proprement parler du dialogue oecuménique, mais du dialogue interreligieux, quant à la demande adressée par Benoît XVI à Mgr FELLAY, on voit mal le Souverain Pontife, serviteur des mérites du Concile, mais aussi asservi aux limites du Concile, en formuler une autre, qui plus est cette année.
2. Beaucoup se sont illusionnés, au contact du fameux discours du 22 décembre 2005, mais j'ai écrit ici même, après d'autres et moins bien qu'eux, que l'intention de Benoît XVI y était
- non de refermer la parenthèse provisoire qui aurait été ouverte, au moment et au moyen du Concile,
- mais de circonscrire, de contre-carrer, l'interprétation rupturiste de l'ouverture et des prolongements donnés à ce qui est, non une parenthèse provisoire, mais une stratégie globale, dont les causes sont aussi profondes que les effets en sont durables.
3. Si, dès janvier 2006, les uns et les autres avaient réfléchi dans les mêmes termes que ceux dans le sillage desquels je me suis inscrit, il y aurait eu moins d'amertume et de désillusions par la suite, y compris au sein ou autour de la FSSPX.
4. Sur toutes ces questions, il y a eu une illusion d'optique, comme si le rapport du Saint Père au Concile s'était fondamentalement transformé, alors que ce n'est pas le cas, notamment parce que l'herméneutique du renouveau dans la continuité n'est jamais que la reprise, sous une autre forme, du positionnement qui était celui de Paul VI, avant même la clôture du Concile.
II.
5. Si la bauge est une bauge tout-ou-rien, cela peut signifier que ceux qui sont à l'extérieur de la bauge sont presque totalement catholiques, et que ceux qui sont à l'intérieur de la bauge ne le sont presque plus en rien.
6. J'ose espérer que nous n'en sommes pas encore à cette bipolarisation, laquelle serait potentiellement fatale ou mortelle pour au moins une partie de l'Eglise.
7. Le tout-ou-riennisme nuit à la possibilité, à la réalisation, du dialogue...entre catholiques ; il risque d'amener les uns et les autres à se cramponner ou à s'enfermer à l'intérieur de leurs conceptions respectives et opposées, au moment où Jésus-Christ a, plus que jamais, besoin que tout l'Eglise soit(ré)unie contre ses ennemis.
8. Peut-être est-il encore possible de faire comprendre aux uns et autres que le dialogue oecuménique, le dialogue interreligieux, n'ont pas à être diabolisés en tant que tels, mais ne sont porteurs de réalisations, qui ne sont elles-mêmes porteuses d'une signification pleinement chrétienne, que s'ils sont les instruments, les occasions, propices à des exhortations, à des précisions ou à des rappels, adressés aux non catholiques, et relatifs à ce que sont vraiment la seule véritable Eglise du Christ et la seule vraie Foi en Dieu.
III.
9. Si le dialogue, oecuménique ou interreligieux, n'est pas subordonné à une finalité annonciatrice, éclairée et orientée par un document méconnu, méprisé, ou en tout cas, ignoré, y compris, "parfois", à Rome : la déclaration Dominus Iesus, je ne vois pas très bien à quoi le dialogue peut servir, sinon à un prêchi-prêcha horizontaliste et humanitariste, dans le cadre duquel on en vient à souhaiter aux croyants non chrétiens qu'ils adhèrent eux-aussi, non, "bien sûr", au christianisme, mais à la "sécularisation solidarisatrice", "fraternitariste" et "pacificatrice" qui en est le mode de marginalisation le plus efficace et le plus hypocrite.
10. Si j'étais à la place de tel ou tel, qui serait à la tête de la FSSPX, je tiendrais donc à peu près ce discours au Saint - Siège :
A. adhérer au dialogue interreligieux et au dialogue oecuménique, à la limite, pourquoi pas, mais
- à condition de les concevoir et et de les déployer au service d'une mission annonciatrice, et non déformatrice, de ce que sont vraiment l'Eglise catholique et la Foi catholique, à l'attention des non catholiques,
et
- sous la réserve d'interprétation qui figure justement dans Dominus Iesus, document d'autant plus dérangeant, pour les "dialoguomanes irénolâtres" qu'il prend appui sur le Concile Vatican II.
B. nous obliger à adhérer au Concile Vatican II
- revient à nous obliger à adhérer à un Concile qui ne comporte aucune définition dogmatique, donc aucune dogmatique catholique différente ou supérieure, qui annulerait et remplacerait la dogmatique catholique antérieure, et qui se substituerait, d'une manière fondatrice et normative, à la dogmatique catholique antérieure,
donc
- revient à nous obliger à une adhésion qui ne doit ni peut servir de prétexte pour passer sous silence, pour placer dans les ténèbres, que ce soit ad intra ou ad extra, des pans entiers de la Foi catholique, y compris en ce que celle-ci diffère ET diverge des convictions ou croyances religieuses des non catholiques.
11. Formulé autrement, cela revient à s'étonner de cette manière : pourquoi donc le Saint Père et / ou le Saint Siège ont-ils si peu de mal à exiger de la FSSPX ce qu'ils ont tant de peine à obtenir d'un très grand nombre d'évêques, de prêtres et de fidèles, à savoir une adhésion au dialogue oecuménique et au dialogue interreligieux qui serait, si j'ose dire, pleinement respectueuse d'un document de cadrage aussi concis et précis que Dominus Iesus, alors que ce document de cadrage est valable pour l'ensemble de l'Eglise catholique ?
12. En d'autres termes, pourquoi donc l'exigence d'adhésion au Concile adressée par le Saint Père ou le Saint Siège à la FSSPX est-elle ou donne-t-elle à ce point là l'impression d'être ASYMETRIQUE ?
13. Les théologiens non traditionalistes, les évêques diocésains, EUX AUSSI, ont vocation à adhérer au Concile, au lieu d'adhérer et de faire adhérer à des manifestations de créativité doctrinales ou pastorales qui ne découlent pas, à proprement parler, du Concile lui-même, et qui sont en tout cas en contradiction, par commission ou par omission, avec la lecture du Concile qui est prescrite, notamment, par Dominus Iesus.
14. Or, à ma connaissance, le Saint Père ou le Saint Siège les laisse agir, et les laisse aller dans une direction, horizontaliste et humanitariste, que le Concile n'a pas fermement condamnée, c'est un fait, mais qu'il n'a pas non plus indiquée, d'une manière explicite et spécifique, canonique ou dogmatique, comme étant désormais LA direction à prendre et à suivre.
IV.
15. Au surplus, je dois être bête, mais je ne comprends toujours pas que qui que ce soit envisage le Concile Vatican II comme un bloc, à approuver ou à rejeter en bloc : car alors, si c'est un bloc, ou plutôt, si c'est une pyramide, il y a avant tout, à son sommet, deux constitutions dogmatiques ; pourquoi donc des évêques, des prêtres et des fidèles, catholiques non traditionalistes, qui ont tendance à dogmatiser des textes qui ne sont que des déclarations, à savoir DH et NA, et à escamoter, sans en avoir toujours conscience, DV ou LG, sont-ils considérés apparemment par le Saint Siège comme étant en situation intérieure de conformation satisfaisante au Concile, alors qu'ils sont, en réalité, en situation intérieure de déformation préoccupante du Concile ?
16. Il y a peut-être, dans la bauge tout-ou-rien à laquelle vous faites allusion, de l'huile de vidange qu'un automobiliste irrespectueux de l'environnement aura versée, d'une manière malveillante et malfaisante, y compris à l'égard des animaux qui s'y vautrent.
17. Pour ma part, je plaide davantage pour une huile trois-en-un, qui permettrait
- de mieux faire fonctionner ensemble les mécanismes constitutifs du dialogue oecuménique, du dialogue interreligieux, du Concile Vatican II, dans le respect de la véritable hiérarchie des normes et des textes qui est présente au sein même du corpus du Concile,
- de les faire fonctionner au service du même moteur, du même véhicule, sur la même route que celle sur laquelle est l'Eglise, depuis la Pentecôte, route qui n'a pas vocation à être agréable pour toutes les "consciences", mais salutaire pour toutes les âmes.
18. Mais, dans mon esprit, le caractère impératif du recours à cette huile trois-en-un n'a pas être rappelé aux seuls catholiques traditionalistes, car ce ne sont certainement pas eux qui, depuis l'intérieur de l'Eglise, font le plus fonctionner ces mécanismes, ce moteur, ce véhicule, sur une route qui est, par endroits et par moments, fort différente de celle sur laquelle est l'Eglise, depuis ses origines.
Ce qui n'a peut-être pas assez dit, fin 2005, tient en ceci :
- le rupturisme des progressistes est VOULU, et l'Eglise-institution est souvent inerte, face aux tentatives progressistes de légitimation de ce rupturisme là, sous couvert de mise en oeuvre du Concile, alors qu'il s'agit d'une entreprise de falsification du christianisme catholique dont les origines sont antérieures et qui ne respecte pas toujours la littéralité, si j'ose dire, des textes du Concile ;
- le rupturisme des "intégristes" est SUBI, et l'Eglise-institution est souvent injuste, quand elle est accuse, notamment, les lefebvristes, de surréagir, d'une manière non conforme au Concile, au contact d'errements ou de manquements post-conciliaires qui ne doivent pas la totalité de leur réalité mortifère au Concile, loin de là, et face auxquels elle ne fait, "parfois", presque rien.
Bonne journée.
Scrutator.
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