Il y a quelques années,

Le Forum Catholique

Imprimer le Fil Complet

le torrentiel -  2012-09-18 22:39:35

Il y a quelques années,

1. les évêques n'auraient pas affecté la fausse décontraction qui est le trait dominant de la communication du cardinal barbarin face aux médias.


2. De plus, le cardinal a servi au "monde" (à la société, dans notre langage contemporain) une soupe dont celui-ici aime à s'abreuver, il lui a parlé de l'inceste, ah, quelle audace!


Le monde a décrété que "la "prohibition de l'inceste" était le tabou par lequel l'homme était sorti de l'animalité et restait la seule référence morale qui dût survivre aux prescriptions sexuelles du décalogue. Le cardinal barbarin agite le chiffon rouge du tabou de l'inceste pour dire que, si le mariage homosexuel venait à acquérir force de loi, on en reviendrait à une société tellement préhumaine que l'inceste n'y serait plus prohibé. En réalité et révérence gardée, le cardinal barbarin fait de l'inceste le même usage médiatique que christine angot. Or il faut raison garder: ce n'est pas parce qu'on en viendrait à reconnaître le "mariage homosexuel" comme contrat civil que l'inceste serait plus pratiqué; d'autre part, ce n'est pas parce qu'on invoque à tout bout de champ la prohibition de l'inceste que le tabou n'en est pas constamment transgressé, à travers des oeuvres d'autofiction dans lesquelles, s'il n'y a pas un bon inceste, un bon viol et un père collabo, le "roman" ne vaut pas la peine d'être publié, car ce n'est pas de la littérature.


3. Les termes du débat civil sur le mariage gay me paraissent être les suivants: la ligne de fracture oppose très clairement les tenants du mariage institutionnel ordonné à l'enfant (dont le mariage sacramentel peut être envisagé comme un prolongement surnaturel) et ceux qui estiment que le mariage est la sanction d'un sentiment, les "sentimentalistes" partisans du mariage d'amour...


En réalité, il y a beau temps que ces derniers l'ont emporté sur le plan civil. Ils l'ont emporté, depuis la banalisation du divorce jusqu'à la légalisation prochaine du mariage gay. Sans doute fallait-il faire droit à des dérogations pour le divorce en cas de maltraitance des enfants ou du conjoint, ou encore faut-il envisager le cas rare d'un orphelin de mère, élevé par un père qui se serait découvert homosexuel et la personne qui vit avec lui, et qui viendrait à perdre ce père alors qu'il a contracté un attachement filial envers la personne qui vivait avec celui-ci. Si on peut éviter à cet enfant seul dans la vie de perdre tous ses liens dans une addition de drames et reconnaître qu'il sera mieux élevé par un proche que, non pas dans un orphelinat qui n'existe plus, mais dans un foyer de l'ASE, ma foi, je n'y vois aucun inconvénient. Suelement, c'est le type même de cas rares desquels on a voulu tirer une loi de portée générale dépénalisant l'avortement d'abord, puis faisant de celui-ci un droit des femmes.


Que, dans des cas de ce genre exclusivement, on envisage une adoption par un célibataire (plutôt qu'on prépare un statut pour le beau-parent), pourquoi pas! Mais le ver est dans le fruit quand on s'élève vent debout contre l'adoption par des duos homosexuels et qu'on ne s'insurge pas au préalable contre la possibilité généralisée de l'adoption par une personne célibataire. Le ver est dans le fruit quand on veut faire une règle de ce qui devrait rester du registre dérogatoire. Il faut sans doute, comme le dit Yves daoudal, lutter contre l'institutionalisation du "mariage gay" en faisant appel à des opposants non croyants et intelligents à celui-ci et en fasant valoir la finalité biologique du mariage, comme ne saurait tout à fait le faire sylviane agacinski, partisane mitigée de la théorie du "gender", mais comme l'a fait Natacha Polony samedi soir, sur le plateau de Laurent ruquier. On peut encore, comme le fait Natalia trouillet sur son blog, dénoncer le scandale du peu d'enfants reconnus adoptables en france, qui fait trop recourir à l'adoption internationale, pour des motifs qui peuvent souvent relever de l'exotisme, sans compter qu'il n'y a pas loin de certaines procédures d'adoption internationale au trafic d'enfant, même en Europe, pour des familles très fortunées, j'ai été témoin de la chose. Mais je ne vois pas l'utilité de positions provocatrices comme celle du cardinal barbarin qui jette de l'huile sur le feu et, non seulement s'attire le commentaire du maire de paris qu'il a "pété les plombs" (tout le monde parle comme ça aujourd'hui), mais qui doit de plus désamorcer sa petite bombe, laquelle a caricaturé la position de l'eglise sans faire avancer le chmilblick ni contribuer au débat de façon rationnelle et sur le fond.


Plutôt que d'agiter le spectre de l'inceste, le cardinal ferait mieux de se préoccuper de situations concrètes comme celles que je viens d'énoncer, très rares pour les cas dérogatoires envisageables, mais systématiques et même systémiques pour ce qui relève de l'adoption en france.


Par ailleurs, je ne me félicite pas non plus comme blamont que les évêques soient beaucoup plus en pointe pour dénoncer la légalisation du mariage homosexuel qu'ils ne l'ont été pour s'opposer, à la dépénalisation d'abord, puis au remboursement par la Sécurité Sociale, de l'avortement. Il y a, dans cette montée au créneau des évêques, un élément nouveau et un autre qui est très constant. L'élément nouveau, c'est que l'épiscopat (décontracté) du début des années 2000 est plus conservateur que celui des années 1970, ce n'est un secret pour personne. L'élément constant, c'est que le "mariage gay" comme la loi sur l'école libre sont des faits de société très "concernants", comme on dit aujourd'hui, alors que les problèmes d'adoption ou d'avortement sont invisibles, donc pourquoi ne pas participer à leur occultation? Je prie ceux qui pourraient croire que ce raisonnement traduit ma pensée de discerner qu'elle traduit le cynisme de la communication de l'Eglise, à la fois au sein d'un monde duquel elle veut continuer de se faire entendre sur des sujets moraux en mettant souvent sa foi entre parenthèses au passage, et aussi pour satisfaire son "électorat" (ou plutôt son "fidélat") de base, plutôt conservateur sur les sujets sociaux, dès qu'il s'agit de toucher aux droits de la famille visible et aux rares privilèges qui reste aux catholiques sociologiques...
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=645249