Sauf conversion+miracle : pas de repentance épiscopale post-conciliaire.
Le Forum Catholique
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Scrutator Sapientiæ - 2012-09-08 23:15:11
Sauf conversion+miracle : pas de repentance épiscopale post-conciliaire.
Bonsoir blamont,
1. Sur la fin de votre message, je commence par vous rappeler que si les communistes soviétiques russes ont fait, dans une certaine mesure, "amende honorable de leurs crimes", ils l'ont fait
- parce que le communisme soviétique était à bout de souffle, dans l'économie, la société, sur les plans militaire et politique, etc,
- parce que cela a été un moyen, pour certains d'entre eux, de garder le pouvoir, sous une coloration politique différente, moins "totalitaire", expansionniste ou impérialiste, et plus "autoritaire", nationaliste ou patriotique,
- sans avoir la moindre intention de rendre compte de leurs crimes devant la justice, au point de devoir aller en prison ou quitter le pouvoir : le communiste Gorbatchev a quitté le pouvoir et a été remplacé par l'ex-communiste Eltsine, et non par le non communiste
Je vous recommande à ce sujet : "Le KGB au pouvoir - le système Poutine", de Thierry WOLTON, ouvrage paru aux éditions Gallimard, dans la collection Folio - dcouments ; vous comprendrez mieux ainsi l'arnaque monumentale qu'a été la chute du communisme soviétique, en 1989.
2. A mon avis, sauf conversion et miracle, vous n'aurez jamais la moindre déclaration de repentance des évêques français, qui demanderaient, par exemple, aux catholiques encore fidèles aujourd'hui, de bien vouloir leur pardonner les errements et manquements post-conciliaires d'hier et d'aujourd'hui, errements et manquements commis
- le plus souvent au nom de la la mise en oeuvre des réformes issues du Concile ou du renouveau conciliaire,
- le plus souvent en contradiction relative avec les réformes et avec le renouveau qui ont été mis en forme au Concile.
3. Ainsi, j'ai l'air de changer de sujet, mais voici la déclaration de repentance de Robert HUE, en date du 16 décembre 2000, pour le 80 ème anniversaire de la création du Parti communiste :
Robert HUE.
" C'est ainsi que débute non pas l'histoire du communisme français, mais l'histoire du Parti communiste français.
Une histoire dont je veux souligner - et ce n'est pas sans signification de le dire ainsi aujourd'hui - qu'elle est, avant tout l'histoire personnelle de femmes et d'hommes, de centaines de milliers d'adhérentes et d'adhérents qui ont eu le mérite d'une grande rectitude dans leur engagement. Un mérite d'autant plus grand qu'ils ont connu - et parfois à plusieurs reprises dans leurs parcours militant - des bouleversements radicaux touchant aux raisons profondes et au sens de leur engagement.
Ces deux filiations que je viens d'évoquer - les racines et l'élan d'octobre 1917 - ont produit leurs effets.
Grâce à la première, le PCF ne s'est jamais considéré, et n'a jamais été considéré par les Français comme le produit d'une "greffe" d'un corps étranger sur notre société. Il s'est développé, il s'est enraciné dans les réalités nationales, et a pris une part souvent déterminante à des moments forts de la vie du pays. Ainsi dans les années 30 avec le Front populaire puis, un peu plus tard, avec la Résistance à l'occupation nazie. Ainsi encore, tout au long des huit décennies de son histoire, par sa contribution aux grandes conquêtes sociales et démocratiques, aux luttes pour la paix et le respect des peuples et des nations, au rejet des aventures coloniales.
Quant à la seconde filiation, elle a aussi pesé d'un poids significatif. Elle a conduit le PCF à un engagement total auprès des peuples victimes d'oppressions, de pillages, d'actes de guerre de la part d'un capitalisme terriblement prédateur. Mais elle a eu aussi pour très lourde conséquence, dans le cadre d'un terrifiant affrontement, à l'échelle de la planète, entre capitalisme et communisme, de jeter les partis se réclamant du second dans l'obéissance aux dogmes staliniens.
C'est alors que s'est imposée une conception des partis communistes qui en faisait les instruments d'un mouvement communiste international au sein duquel avait force de loi la reconnaissance du modèle soviétique. Il faut bien le dire: le Parti communiste français ne fut pas le moins zélé à se ranger à cette conception. Et c'est ainsi que l'internationalisme, valeur fondamentale du communisme français a pu être, à plusieurs reprises, dévoyé en soutien inconditionnel à l'Union soviétique dans sa politique internationale. Or celle-ci était bien souvent commandée par les intérêts d'une grande puissance, inscrits dans la permanence des visées géopolitiques traditionnelles de la Russie, plutôt qu'inspirée par une conception communiste du monde et des rapports entre les peuples.
On sait à quels monstrueux aveuglements sur des réalités terribles, et parfaitement antagoniques à l'idéal communiste, a conduit cette conception.
On comprend mieux, dès lors, le choc produit, dans un tel parti, par la double crise qui a marqué le dernier tiers du XXème siècle: crise du communisme et crise de la politique. A tel point que la question même de l'existence du PCF s'est trouvée posée.
C'est qu'une intense pression idéologique a voulu convaincre les femmes et les hommes communistes de l'inutilité de s'accrocher à un parti réputé vestige d'une période révolue. On les sommait de jeter l'éponge, et certains ont cédé à cette injonction. Pas nous, pas la majorité des communistes français.
Mais, cela ne pouvait pas, ne devait pas, nous conduire à fermer les yeux sur les raisons de l'effondrement soviétique et du recul communiste en France.
Car la tentation d'un repli sur la "pureté" - de nos modes de vie anciens, de nos conceptions d'autrefois - aurait été synonyme de crispation identitaire et, à terme rapproché, de disparition.
Nous avons entrepris au contraire - et nous le poursuivons - un effort visant à déceler ce qu'exigent pour nous les bouleversements considérables qui ont marqué le monde et la société française à partir du milieu des années cinquante. "
4. Je peux me tromper, bien sûr, mais je crois que "l'équivalent épiscopal" de cette repentance là, aussi minimale soit-elle par ailleurs, dans le contexte de l'Eglise qui est en France, sauf conversion ou miracle, vous ne l'obtiendrez pas.
On imagine assez mal, par exemple, le Cardinal Vingt-Trois, tenir un jour ce type de discours :
" Catholiques de France, nous avons été trompés, nous nous sommes trompés, et nous vous avons trompés, au moyen d'une interprétation erronée et infondée du Concile Vatican II, une interprétation parfois située à la limite de l'humanitarisme le plus débridé, et qui s'est traduite par des manifestations de créativité liturgique, des prises de position doctrinales et des réalisations pastorales qui ont souvent été situées, et qui sont parfois, encore aujourd'hui, situées aux antipodes de pans entiers de ce qui est prescrit par le Concile Vatican II ET par le Magistère pontifical qui a suivi le Concile.
Catholiques de France, conscients des responsabilités de nos frères dans l'épiscopat qui nous ont précédé, depuis le début de la mise en oeuvre du Concile, conscients de nos propres responsabilités, que nous cherchons à assumer, et non à éluder, conscients, enfin, des conséquences, désastreuses et douloureuses, démobilisatrices et démoralisantes, pour bon nombre de catholiques, surtout hier, mais encore aujourd'hui, de l'inféodation d'une grande partie de l'Eglise qui est en France à cette interprétation humanitariste du Concile, nous vous demandons humblement de bien vouloir nous pardonner. "
5. Il y a probablement plusieurs facteurs qui interviennent : l'orgueil, la paresse, le mépris de la vérité objective et de ceux qui la défendent, l'oubli du fait qu'il y a certainement un lien de causalité, a minima, entre la qualité de la mise en oeuvre du Concile, depuis bientôt cinquante ans, par des évêques et dans des diocèses, et la situation actuelle de l'Eglise qui est en France, même si ce lien de causalité n'est pas la seule facteur qui est à l'origine de cette situation.
6. Je pense aussi
- à l'intérêt : combien ont "fait carrière", ou bien en ayant de vraies convictions humanitaristes, ou bien en montrant patte blanche humanitariste ?
- à la lâcheté : combien ont manqué de courage, d'énergie, de fermeté, n'ont pas voulu recadrer ni sanctionner, et n'ont voulu contrecarrer ou contredire que les catholiques traditionalistes ?
- à quelque chose qui n'est pas à exclure, mais qui n'est pas facile à déceler : la honte, je dis bien la honte, d'avoir été trompé, de s'être trompé, d'avoir trompé tant de laics et de prêtres, et de ne pas pouvoir ni savoir oser ou vouloir commencer à le reconnaître.
7. Je pense enfin aux trois aspects suivants : à l'origine de ce qui constitue parfois un véritable détournement de finalité du Concile Vatican II, on trouve,
- d'une part, quelques confusions, dangereuses dans leur principe, désastreuses dans la pratique : entre consensus et vérité, entre sincérité et véracité, entre sympathie et sainteté ;
- d'autre part, l'opinion, pas plus complexe que cela, selon laquelle "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil", SAUF ceux qui font remarquer que tout le monde n'est pas beau, et que tout le monde n'est pas gentil ;
- enfin, surtout dans les années 1960 et 1970,
a) un extraordinaire complexe d'infériorité intellectuelle, vis-à-vis de toutes les idées qui n'étaient pas issues du christianisme catholique, et au contact desquelles les évêques concernés ont cru pouvoir se sentir "en retard", et ont cru devoir se mettre "en phase", par rapport à la modernité ;
b) un extraordinaire complexe de supériorité intellectuelle, vis-à-vis du christianisme catholique antérieur au Concile, et des catholiques qui lui étaient encore fidèles, qui y étaient encore sensibles.
8. Pour toutes ces raisons, je pense que nous n'aurons, vous n'aurez jamais droit à une déclaration épiscopale de repentance post-conciliaire, sans oublier deux autres points :
- d'une part, l'Eglise n'est pas censée errer, ce sont des hommes d'Eglise qui, parfois, errent ; mais comment faire comprendre cette distinction, quand cette erreur d'hommes d'Eglise n'est toujours ps tenue, par bon nombre d'entre eux, pour une erreur, se traduit par une faute collective, qui dure depuis bientôt cinq décennies, et qui semble placée sous le signe du perseverare diabolicum, puisqu'il n'est toujours pas question, pour bon nombre de ces mêmes hommes d'Eglise, et même au contact des résultats obtenus, de revenir, non en arrière, mais à l'essentiel, qui comporte pourtant la conservation et la propagation de la Foi en Jésus-Christ, en tant que Fils unique du seul vrai Dieu, Père, Fils, Esprit, ce qui passe, en deuxième ligne, par la dénonciation de tout ce qui fait obstacle ou de tout ce qui s'oppose à cette annonce ?
- d'autre part, il y a quelques personnes qui, peut-être sans l'avoir voulu, mais compte tenu de ce qu'elles ont manifesté et représenté, ont rendu quasiment impossible cette déclaration épiscopale de repentance post-conciliaire : je pense ici à Jean-Paul II et au Cardinal Lustiger, puisque beaucoup de catholiques pratiquants français semblent persuadés que la crise post-conciliaire est limitée, sinon terminée, depuis la fin des années 1970 ou le début des années 1980, et qu'il n'est donc pas nécessaire de rouvrir de vieilles plaies qui sont en train de se fermer.
9. Je ne sais si j'ai répondu d'une manière satisfaisante à votre message ; si tel n'est pas le cas, je vous remercie de bien vouloir m'en excuser ; "cet aspect du dossier" me tient à coeur,
- d'abord, parce que je ne suis pas amnésique, alors que nous serions plus dociles, pour ne pas dire plus serviles, si nous étions ou devenions amnésiques, sur cette question essentielle,
- ensuite, parce que je suis sensible au fait qu'il soit possible de commencer ou de contribuer à faire un peu de lumière sur ce mystère : comment des hommes d'Eglise qui, je l'espère pour eux, savent, dans leur for intérieur, qu'il y a, a minima, un lien de cause à effet, encore une fois, parmi d'autres facteurs, entre la vision du Concile qu'ils imposent et infligent à l'Eglise qui est en France, et l'état de santé de celle-ci, peuvent-ils, apparemment, en toute bonne conscience, continuer sur cet élan, sur cette lancée, bientôt un demi-siècle après que leurs prédécesseurs aient donné le premier coup de manivelle d'un tel gâchis ?
10. Sans doute est-il extrêmement difficile de se déprendre d'un "engrenage", mais cette réalité ne doit pas faire oublier le rôle de la liberté personnelle, ni celui de la responsabilité individuelle.
Imaginons qu'à la fin de cette décennie, il n'y ait plus aucun prêtre âgé de moins de 75 ans dans une petite dizaine de diocèses ; que diront, que feront alors les évêques concernés ? Remettront-ils en cause une certaine manière, "décatholicisante", de "faire Eglise", au nom du Concile, ou, donneront-ils "davantage de responsabilités" aux fidèles, y compris en matière sacramentelle ?
Bonne nuit et à bientôt.
Scrutator.
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