Merci beaucoup - quelques remarques.

Le Forum Catholique

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Scrutator Sapientiæ -  2012-09-07 00:01:32

Merci beaucoup - quelques remarques.

Bonsoir, Aigle, et merci pour votre message.

1. Vous connaissez sans doute la phrase de Marcel GAUCHET, qui écrit, dans "Le désenchantement du monde", que "le christianisme est la religion de la sortie de la religion", id est la religion la plus propice à la sécularisation externe, à la marginalisation de la religion dans le monde, à l'abandon, à la mise en retrait, ou à la mise sous silence, de la religion, y compris du christianisme lui-même, en tant que référentiel fondamental et universel, au profit de ce que Marcel GAUCHET appelle : le religieux.

2. Eh bien, je me demande parfois si le catholicisme progressiste n'est pas le catholicisme de la sortie du catholicisme, id est le catholicisme le plus propice à une relative sécularisation interne, à une relative marginalisation du catholicisme dans l'Eglise, à l'abandon, à la mise en retrait, ou à la mise sous silence, du catholicisme, dans sa dimension proprement religieuse, spirituelle, transcendante, au profit de ce que je suis tenté d'appeler : le sociétal.

3. Les catholiques progressistes d'hier ont été sensibles à ce que l'on appelle la question sociale, même s'ils la traitaient d'une manière "marxisante", laquelle pouvait très bien être située aux antipodes de la doctrine sociale de l'Eglise.

4. Les catholiques progressistes d'aujourd'hui semblent bien plus sensibles aux questions de société, ce qui n'est pas du tout la même chose que la question sociale ; loin de moi l'intention d'accuser les catholiques concernés d'être devenus indifférents au fait que les pauvres soient menacés par la misère, mais il semble que certains d'entre eux sont apparemment beaucoup plus désireux de faire en sorte, avant tout et par exemple, que les prêtres soient "libérés", id est "décatholicisés", par le droit de se marier, tout en restant prêtres.

5. L'implantation ou l'importation, au sein ou autour de l'Eglise, par les catholiques progressistes, des questions de société, dans l'acception médiatico-politicienne du terme, presque en lieu et place de la question sociale, dans l'acception classique du terme, en dit assez long sur l'alignement et sur l'essoufflement du positionnement qui a longtemps été propre aux catholiques progressistes, surtout depuis les années 1980, donc depuis la période qui a commencé par l'année de l'invasion de l'Afghanistan et qui s'est terminée par celle de la disparition du communisme soviétique.

6. Si l'on remonte à présent aux origines du fait que les catholiques progressistes prennent souvent appui sur le Concile Vatican II, comme s'ils en étaient les meilleurs applicateurs et continuateurs, les plus fidèles à son esprit, pour mieux rejeter une assez grande partie des enseignements de Paul VI, avant-hier, de Jean-Paul II, hier, de Benoît XVI, aujourd'hui, on trouve une autre raison, non plus contemporaine, mais congénitale, de la fragilité actuelle de leur positionnement : seule l'adhésion, non à la réalité du dispositif du Concile, mais à une mythologie sur la dynamique du Concile, permet d'écrire par exemple, comme je l'ai lu un jour, sous la plume d'un catholique progressiste, que Paul VI avait contredit Vatican II, et avait mis ainsi un terme au souffle libérateur inspiré par l'esprit du Concile...en écrivant et en publiant Humanae Vitae, ce qui n'est "vrai" que si l'on considère, d'une manière militante, partisane, qu'au Concile, la dynamique contextuelle avait alors, et doit avoir, encore aujourd'hui, toujours plus d'autorité que le dispositif textuel.

7. Pour résumer, je crois que les catholiques progressistes contemporains sont ainsi pris entre deux pôles,

- l'un issu du passé, une vision mythologique de ce qu'a été la dynamique du Concile, et de ce qu'aurait dû ou pu être une dynamique authentiquement progressiste, désaliénatrice, émancipatrice, fraternitariste, universaliste, de l'après-Concile, si les Papes de l'après-Concile avaient été plus fidèles à l'esprit du Concile, ou plutôt à la vision qu'en ont les catholiques progressistes, qu'à la lettre du Concile ;

- l'autre tourné vers l'avenir, une vision téléologique, futuriste indéfinie, de ce que devrait ou pourrait être le christianisme catholique, aujourd'hui : tellement au service de la vision dominante de l'individu contemporain et de la société contemporaine qu'il a vocation à s'y associer et à se transformer, au contact de cette vision, en une instance d'imposition à l'Eglise de cette vision "sociétaliste".

8. Qu'en déduire, pour finir ? Peut-être bien la même chose que vous, à savoir que le progressisme catholique est en voie d'extinction ; de fait, les progressistes catholiques n'ont jamais constitué une "génération Paul VI", ne se sont jamais "affiliés", et pour cause, ni à la "génération Jean-Paul II", ni à la "génération Benoît XVI", et l'on voit mal comment leur relation à l'autorité du Magistère de l'Eglise et à l'identité de l'institution qu'est l'Eglise pourrait leur permettre de le faire.

9. Tout de même, nous en sommes à présent au troisième Souverain Pontife, applicateur et continuateur du Concile, qui, le plus souvent, ne trouve pas grâce à leurs yeux, alors que les catholiques progressistes se veulent, si j'ose dire, plus fidèles à l'esprit du Concile que ces Pontifes eux-mêmes : c'est cette position qui me semble intenable, ou plutôt, qui n'est "tenable" que parce qu'elle repose sur UNE IGNORANCE VOLONTAIRE

- du contenu du corpus textuel conciliaire,

- du contenu du Magistère post-conciliaire,

et

- de la continuité qui existe entre ce corpus textuel du Concile et ce Magistère post-conciliaire.

10. Nous verrons bien si vous avez raison, mais demeurons vigilants, compte tenu, par exemple, de telle ou telle possibilité de "revival" progressiste, au cours de l'année 2012-2013, et peut-être au cours des prochains Etats généraux du christianisme, qui auront lieu, je crois, à Lille.

Bonne nuit.

Scrutator.
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