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S'il(...) n’existe pas de désir naturel de voir Dieu, ni d’appétit naturel de la béatitude surnaturelle, comment expliquez-vous que les damnés, anges ou âmes humaines, souffrent de la peine du dam, c’est-à-dire d’être privés de la vision béatifique ? Comment peut-on comprendre cette peine, qui est en soi plus grave et plus douloureuse que la peine du sens, autrement que par la scission térébrante de la conscience entre son désir naturel de Dieu et sa haine élicite de ce même Dieu ? Et comment Dieu peut-il damner le pécheur en toute justice si celui-ci n’est pas pré-ordonné par nature à le voir et à l’aimer en lui-même ? La cohérence de votre position n’exigerait-elle pas que nous ayons, en définitive, à choisir entre le ciel et les limbes, plutôt qu’entre le ciel et l’enfer, comme nous l’enseignent le Seigneur et son Église ? Tout le drame de la condition humaine s’en trouverait évacué".
Cette connaissance qui sauve ou qui damne, on n'en a pas toujours une conscience exacte ("Seigneur quand donc t'avons nous vu avoir faim ou avoir soif ?" Matth. 25). Mais ne peut-on pas dire que dans le jugement particulier, où chacun se trouve devant Dieu, on jouira de la parfaite conscience des enjeux qui éclairera notre choix fondamental, sans le modifier ? C'est cette vision de Dieu comme fin absolue qui enfoncera dans le coeur du damné cette inguérissable et essentielle nostalgie, cette douleur poignante, cette frustration que les théologiens appellent le dam, la privation ressentie de Dieu.