une analyse plus contrastée

Le Forum Catholique

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Luc Perrin -  2012-07-31 17:11:17

une analyse plus contrastée

Puisque vous m'invitez indirectement à m'auto-commenter, je puis ajouter que la vision du pontificat se précise et se confirme grosso modo.

Je distinguerai le choix du nouveau préfet de la CDF de celui du secrétaire au Culte divin, ils ne sont pas semblables.

D'abord mon sentiment, cela m'a été reproché bien des fois ici même et ailleurs, a été d'emblée que le pape serait différent du cardinal et ce de propos délibéré. Cela peut se comprendre en ce sens qu'il n'appartient pas à un pape de se lier à un courant théologico-pastoral déterminé de façon exclusive : même sous Pie X et Benoît XV ou Pie XII, on trouve en Curie des sensibilités différentes.
Le cardinal Ratzinger ou le cardinal Oddi différaient sous Jean-Paul II du cardinal Kasper ou de la secrétairerie d'État.

Benoît XVI n'a jamais uniformisé la Curie quand il a pu le faire : les nominations dissonantes n'ont pas cessé depuis 2005 ; le cardinal Levada était-il différent de Mgr Müller quant au fond ? On parle beaucoup de "la" théologie de la libération depuis la nomination du dernier, en oubliant qu'il y a une pluralité de théologies sous cette étiquette (qui je l'admets est sulfureuse, cf. l'Instruction (Ratzinger) de 1984) ; en oubliant aussi que le CELAM de 2006 a applaudi à ces théologies et que Benoît XVI a globalement ratifié les conclusions.
Mgr Müller diverge certes du cardinal Ratzinger en ce qu'il incarne le néo-conservatisme doctrinal anti-traditionaliste mais sensible à certaines tendances "rénovatrices" ; comme feu le cardinal Lustiger, il est un exemple, jusque là, de ce que l'abbé Barthe a appelé la "3è voie" au sein de la mouvance wojtylienne.
L'itinéraire du théologien Joseph Ratzinger est assez proche avec un souci plus marqué du lien avec la Tradition et pas d'attirance pour les sirènes souvent délétères des théologies de la libération.

La vraie coupure tient au choix de Mgr Roche, grand défenseur du néo-liturgisme, admirateur du P. Bugnini et de son école catastrophique, ennemi affiché de la Messe traditionnelle. En ce sens, comme je l'avais écrit dès 2009 à la nomination du mutique Mgr di Noia, Benoît XVI avait renoncé à ce qui aurait dû être le grand oeuvre du pontificat dès le renvoi au Sri Lanka de Mgr Ranjith. Le tandem du cardinal Canizares et de Mgr Ranjith à peine constitué et immédiatement brisé : les deux auraient pu amorcer cette grande réforme du N.O.M. ; Mgr di Noia, étranger au domaine, n'a rien fait avancer qui n'ait déjà été lancé depuis longtemps (la traduction anglaise).
Avec Mgr Roche, on peut même craindre une régression vers le créativisme débridé des années 1970 ou du moins une grande tolérance envers le chaos néo-liturgique. Le départ du P. Uwe Lang de la Congrégation, quelques semaines après l'arrivée du secrétaire anglais, en est une confirmation. Il n'y a plus besoin de liturgistes ratzinguériens à Rome puisque le pape a cette fois clairement abandonné toute idée d'améliorer les choses en profondeur en matière liturgique. Mgr Marini restera-t-il ?
Notons que l'Instruction Universae ecclesiae de 2011 avait été un indice de ce changement plus radical d'orientation : en posant quelques bornes subtilement (restriction pour l'ordination sacerdotale, exemption de facto des autres rits latins du droit à une Forme traditionnelle), l'Instruction - qui aurait pu être pire sans une mobilisation des fidèles et de personnalités romaines - marquait une préférence discrète pour l'Ordinaire.
Déjà, l'Ordinaire anglican-catholique des États-Unis entend bannir la Forme extraordinaire du missel romain au sein de son "diocèse" personnel.

Avec le cardinal Braz de Aviz, le cardinal Ravasi, le cardinal Koch, le cardinal Filoni, l'orientation générale de la Curie n'est clairement plus "ratzinguérienne" mais revenue au centre wojtylien.
Ce ne sont ni le cardinal Burke ni le cardinal Piacenza qui peuvent rééquilibrer l'ensemble.
Le choix du 13 juin puis les nominations subséquentes traduisent bien sinon une réorientation profonde du moins la fin des espoirs - un peu fous - que beaucoup ici même avaient nourris d'un pontificat "ratzinguérien". Le pontificat de Benoît XVI ne sera au fond que la suite du pontificat de Jean-Paul II, sans inflexion décisive, sans en trancher aucune des nombreuses ambiguïtés. Avec le meilleur et avec le pire et le simplement médiocre.

Jean-Paul II s'était révélé incapable malgré plusieurs pas en ce sens (1978-1984, 1986, 1988, 2000-2002) de sceller la réconciliation entre la FSSPX et Rome ; d'une certaine façon, la phase 2007-2012 marque un échec similaire pour Benoît XVI. On a le sentiment d'être revenu dix ans en arrière avec comme seules planches de salut, le modeste strapontin accordé à Mgr di Noia et le document du chapitre général de juillet 2012 du côté de Menzingen. Plus généralement un pontificat qui paraît prêt à se contenter de l'insatisfaisant statu quo dans l'Église en ayant remis au grenier les projets de redynamisation et d'authentique réforme.

nb. j'aimerais bien me tromper mais ...
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