C'est l'argument auquel je suis le plus sensible.
Le Forum Catholique
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Scrutator Sapientiæ - 2012-07-11 22:39:40
C'est l'argument auquel je suis le plus sensible.
Bonjour Vianney, bravo et merci pour votre message.
1. A partir d'un certain moment ou d'un certain niveau d'hétérogénité entre une partie du Magistère anté-conciliaire et une partie du Magistère post-conciliaire, sur l'oecuménisme et le dialogue inter-religieux, en particulier, il n'est plus possible de continuer à faire passer de véritables contradictions doctrinales fondamentales pour de simples dépassements dialectiques conjoncturels.
2. Plus grave, cette hétérogénéité peut très bien figurer, comme je l'ai déjà montré ici, entre deux textes du même Concile Vatican II, voire au sein d'un même texte de ce Concile.
3. Je vous raconte ou vous rappelle à ce sujet : "la non contradiction du Saint Esprit avec lui-même", une anecdote aussi amusante qu'attristante, anecdote rapportée par Romano AMERIO dans Iota Unum.
(Traduit par Google à partir d'une version en anglais de l'ouvrage)
" En 1981, on eut la preuve de la désorganisation interne de la Curie romaine, qui abandonne souvent toute tentative de cohérence. Lorsque l'Institut Catholique de Paris célébra le centenaire de la naissance de Teilhard de Chardin, le secrétaire d'Etat, le cardinal Casaroli, envoya au Président de l'Institut, Mgr Poupard, un message faisant l'éloge des mérites du jésuite et disant combien l'Église lui devait. Or Teilhard avait été l'objet d'une Monitum du Saint-Office en 1962, déclarant qu'il y avait "des ambiguïtés et des erreurs graves" dans son travail ; aussi cet hommage rendu par le Saint-Siège provoqua un scandale, et entraîna une «reformulation» de la mention élogieuse, (reformulation) qui était en fait une rétractation. "
4. Autre précision ou rappel : la confusion catholique humanitariste contemporaine, entre "sens de l'histoire", "signes des temps", et "souffle de l'Esprit", a abouti, dans les années 1940, 1950, 1960, à la situation suivante :
- d'un côté, des catholiques savaient devoir être anti-communistes, ou en tout cas non communistes, notamment par fidélité au Saint-Esprit et aux condamnations du communisme par le Magistère anté-conciliaire, et le moins que l'on puisse dire est que, notamment dans le contexte français, ces catholiques n'étaient pas les plus appréciés, les mieux considérés ;
- de l'autre côté, d'autres catholiques croyaient pouvoir être pro-communistes, ou en tout cas "communisants", notamment par "confiance" en l'inspiration implicite ou indirecte du communisme par "l'Esprit", mais aussi par adhésion à la non condamnation explicite et spécifique du communisme, à tout le moins sous Paul VI, par le Magistère post-conciliaire.
5. Or, déjà avant 1989, il n'était pas possible, mais surtout depuis 1989, il n'est plus possible de se dire, en quelque sorte, qu'il était alors également possible
- d'être non communiste et vraiment éclairé, dans ce domaine, par l'Esprit-Saint, au point d'être dans le vrai à ce sujet
OU
- d'être communisant et tout aussi éclairé, en cette matière, par l'Esprit Saint, au point d'être tout autant dans le vrai à ce sujet.
6. Aujourd'hui, nous revivons le même drame avec l'islam-isme,
- puisque certains catholiques, peut-être mieux documentés ou plus réalistes, savent que l'islam n'est pas structurellement une religion d'amour, de tolérance et de paix,
- et que d'autres catholiques, à cause, à mon avis, d'une conception biaisée de la charité et du dialogue, croient que l'islam est substantiellement une religion d'amour, de tolérance et de paix.
7. Ce que je veux dire, à travers ces exemples, c'est ceci :
1 - d'une part, il n'y a pas de contradiction, bien au contraire, entre l'adhésion à l'Esprit-Saint et l'adhésion à la vérité objective ;
2 - d'autre part, une certaine tournure mentale horizontaliste et humanitariste a abouti
a - à ce que l'on s'exonère facilement de l'obligation de prendre en compte la vérité objective,
b - à ce que l'on oblitère facilement la dimension historique de la vérité objective,
sous couvert d'affection ou d'attention, de charité, d'estime, de dialogue, dans le respect et pour le salut, tout cela "par amour", notamment de la "dignité" et de la "liberté" de l'homme,
- par amour pour nos frères chrétiens non catholiques, à qui il ne faut plus dire qu'ils en font pas partie de l'Eglise,
- par amour pour nos frères croyants non chrétiens, à qui il ne faut plus dire qu'ils adhèrent à telle ou telle religion erronée.
8. C'est cet état d'esprit, au coeur duquel, je le dis comme je le pense, l'AFFECT et la tiédeur ont pris le pas sur le CONCEPT et la chaleur (car on peut être, sous cet angle là, à la fois "chaleureux" et "conceptuel") qui nuit, peut-être bien de plus en plus, à ce que l'on trouve fréquemment, en une même personne catholique, une double exigence d'authenticité surnaturelle et théologale et d'objectivité historique et doctrinale.
Bonne nuit et à bientôt.
Scrutator.
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