Le liseur et son drôle d'ami...

Le Forum Catholique

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Michel -  2012-06-15 23:52:47

Le liseur et son drôle d'ami...

(toute ressemblance avec des personnes connues serait bien sûr purement fortuite… ; c'est juste pour la beauté de la littérature, et ne doit en aucun cas être pris comme une attaque personelle ; pour ceux qui ont raté les épisodes précédents écrits par votre serviteur, il suffira de taper dans "recherche" "texte" "archives" : "crénom")

Assis devant son écran, le liseur bouillonnait d’impatience en constatant que tout était inutile pour faire comprendre à un participant du forum qu’il devait changer de langage. La goutte d’eau qui mit le feu aux poudres, ce fut cette exhortation finale de l'intéressé : « on n’attrape pas des mouches avec du vinaigre ».
« Il est complètement inconscient, le pauvre !... Crénom de bonsoir ! » cria-t-il, hors de lui, en se versant un verre, qu’il vida d’un trait, tout en sursautant à la sonnerie du téléphone :
« Allo ?
- Allo ! Bonsoir, Cher ami ! Ici Jérôme-Victor !...
- Ah !... Monsieur Jourdain !... Crénom de bonsoir ! Quelle bonne surprise !... Figurez-vous que j’étais justement en train de penser à vous, en lisant vos interventions sur le Forum !... Alors, quoi de neuf ?...
- Figurez-vous, Cher ami, que je passais du côté de chez vous, et si vous avez quelques minutes à m’accorder, ce serait une joie pour moi de vous revoir !
- Avec grand plaisir ! dans combien de temps ?...
- Dans 5 ou 10 minutes ?
- Parfait, je vous attends ! À tout de suite !...»
Le liseur raccrocha, n’eut presque pas le temps de boire un nouveau verre, que déjà le téléphone sonnait :
« Allo, bonsoir, ici Véronique… »
Un bref échange d’amabilité…
« Comment allez-vous ?...
- Figurez-vous que, pour manifester sa légitime désapprobation des lois fiscales absolument injustes, mon mari s’était mis en tête de payer ses impôts en pièces de 1 centime… Du coup, il a en collecté des milliers, parce que évidemment mille euros, ça représente déjà cent mille pièces, alors vous pensez que nos impôts… Je vous laisse imaginer, ce n’est pas mille euros que payons, hélas… Et une pièce, ça pèse 2,30 grammes, ça je le sais, et je ne suis pas prête de l’oublier… cent mille pièces, ça fait donc déjà 230 kilos… Il est allé porter ses centaines de kilos aux impôts, a déposé les sacs dans le hall ; ils ont refusé pour je ne sais quel motif obscur, et lui ont ordonné de les reprendre ; il a refusé ; la voiture est bloquée en réparation (les amortisseurs ont lâché sous un tel poids, et comme c’est une panne avec des complications très rares, ça va durer un bon bout de temps) ; plainte en référé, le jour même condamnation à retirer sa ferraille avec une astreinte de je ne sais combien par jour de retard… Et maintenant, nous avons un maxi-trou dans notre budget avec des milliers d’euros en pièces de un centime, une pénalité de 10 % pour retard, et une astreinte astronomique. Que faire de ces pièces ?...
- Ah oui je comprends, je suis vraiment ennuyé pour vous… Je ne vois pas comment vous aider, parce que c’est difficile d’en écouler plus de dix ou vingt par jour… Soit 300 ou 600 par mois, 3.600 à 7.000 par an, vous allez avoir du mal… Ah, chère amie, je suis vraiment désolé, j’ai quelqu’un qui sonne à la porte, à bientôt, rappelez-moi ! N’hésitez pas… »
« Ah, Monsieur Jourdain !... Quel plaisir !... »
(échange habituel d’amabilité sans intérêt)
« Ah, il faut que je vous raconte. Figurez-vous qu’il y a un groupe de personnages très influents dans tout notre département qui se réunit régulièrement pour dîner, tous les mercredis soirs. C’est vraiment l’élite du département. Ils se réunissent tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre. Mais comme ils ont compris mon caractère assez hors du commun, ils ont convenu que le premier mercredi du mois, exceptionnellement ça se passerait toujours chez mon banquier, et que je serais invité. Il m’a en très haute estime, mon banquier. Bon, évidemment, il ne m’accorde jamais de prêt parce que sa banque est soumise à des tas de normes, mais il m’a en très haute estime. Tenez, par exemple, l’autre jour, il faisait éloge en disant : ‘Ah, Monsieur Jourdain, je m’y connais en hommes ; et je peux vous dire que vous vraiment un type d’homme exceptionnel, celui qui ose tout ; c’est même à cela qu’on les reconnaît…’. Du coup, je suis traité comme l’invité d’honneur ; les autres invités m’apportent chacun une bouteille de champagne, le plus souvent. L’ambiance est très, très joyeuse. Ils m’interrogent sur toutes sortes de sujets, et à chaque fois je les épate. Mais ce qui est dommage, c’est que souvent ils chahutent un peu entre eux, ils rigolent entre eux même quand j’aborde des sujets très sérieux….
- [dans un soupir, comme en aparté] Quel c*n !…
- Ah, vous avez raison, quels c*ns ! Enfin, c’est vous qui avez utilisé le mot, moi, je m’efforce d’être plus charitable : je suis charitable, moi, je ne suis pas comme ces abrutis d’intégristes ignorants…
- Oui, oui, bien sûr, bien sûr… Cela doit être absolument passionnant de vous écouter… Cela veut dire que les autres mercredis, vous seriez libre ?... Pour quelques bouteilles de champagne, je peux espérer vous voir si je convoque à un dîner organisé spécialement pour vous ?... »
L’affaire fut conclue, le visiteur se retira, et le liseur souriant finit son dernier verre…
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