Herméneutique : un discours du Pape qui en éclaire un autre.
Le Forum Catholique
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Scrutator Sapientiæ - 2012-06-02 18:32:01
Herméneutique : un discours du Pape qui en éclaire un autre.
Bonjour,
Nous gagnerions peut-être à lire le discours, méconnu, du Pape Benoît XVI, en date du 25 avril 2005, juste avant de relire celui, plus connu, du même Souverain pontife, discours en date du 22 décembre 2005.
Nous aurions ainsi confirmation du fait suivant : si le Concile Vatican II ne comporte pas, à proprement parler, de dogmes, il comporte, en revanche, au moins deux...je vous laisse le soin de découvrir l'expression employée par Benoît XVI :
DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI AUX DÉLÉGUÉS DES AUTRES ÉGLISES ET COMMUNAUTÉS ECCLÉSIALES ET DES AUTRES TRADITIONS RELIGIEUSES
Salle Clémentine Lundi 25 avril 2005
" Chers Délégués des Eglises orthodoxes, des Eglises orthodoxes orientales et des Communautés ecclésiales d'Occident,
C'est avec joie que je vous accueille, quelques jours après mon élection. J'ai été particulièrement sensible à votre présence hier sur la Place Saint-Pierre, après avoir vécu ensemble les tristes moments de la disparition du regretté Pape Jean-Paul II. L'expression de sympathie et d'affection que vous avez offertes à mon inoubliable prédécesseur est allée bien au-delà d'un simple geste de courtoisie ecclésiale. Un long chemin a été accompli au cours des années de son Pontificat et votre participation au deuil de l'Eglise catholique lors de sa disparition a montré combien la passion commune pour l'unité est grande et véritable.
En vous saluant, je voudrais rendre grâce au Seigneur qui nous a bénis par sa miséricorde et qui a fait naître en nous une disposition sincère à faire nôtre sa prière: ut unum sint. Il nous a ainsi rendu toujours plus conscients de l'importance de marcher vers la pleine communion. Nous pouvons échanger les dons reçus par l'Esprit avec une amitié fraternelle et nous nous sentons incités à nous soutenir mutuellement car nous annonçons le Christ et son message au monde, qui aujourd'hui apparaît souvent troublé et inquiet, inconscient et indifférent.
Notre rencontre de ce jour est particulièrement significative. Elle permet avant tout au nouvel Evêque de Rome, Pasteur de l'Eglise catholique, de répéter à tous, avec simplicité: Duc in altum! Allons de l'avant dans l'espérance. Sur les traces de mes Prédécesseurs, en particulier Paul VI et Jean-Paul II, je ressens fortement le besoin d'affirmer de nouveau l'engagement irréversible, pris par le Concile Vatican II et poursuivi au cours des dernières années grâce aussi à l'action du Conseil pontifical pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens. Le chemin vers la pleine communion voulue par Jésus pour ses disciples comporte dans une docilité concrète à ce que l'Esprit dit aux Eglises, courage, douceur, fermeté et espérance de parvenir au but. Il comporte par-dessus tout la prière insistante et d'un même coeur, pour obtenir du Bon Pasteur le don de l'unité pour son troupeau.
Comment ne pas reconnaître avec un esprit de gratitude envers Dieu que notre rencontre a aussi la signification d'un don déjà accordé? En effet, le Christ, le Prince de la Paix, a agi au milieu de nous, il a répandu à pleines mains des sentiments d'amitié, il a atténué les discordes, il nous a enseigné à vivre avec une plus grande attitude de dialogue, en harmonie avec les engagements propres à ceux qui portent son nom. Votre présence, chers Frères dans le Christ, au-delà de ce qui nous divise et qui jette des ombres sur notre communion pleine et visible, est un signe de partage et de soutien pour l'Evêque de Rome, qui peut compter sur vous pour poursuivre le chemin dans l'espérance et pour croître vers Lui, qui est la Tête, le Christ.
En cette occasion si particulière, qui nous voit réunis ensemble précisément au début de mon service ecclésial accueilli avec crainte et dans une confiante obéissance au Seigneur, je vous demande à tous de donner avec moi l'exemple de cet oecuménisme spirituel, qui dans la prière réalise sans obstacles notre communion.
Avec mes saluts les plus cordiaux, je confie ces intentions et ces réflexions à chacun de vous, afin que, à travers vos personnes, elles puissent être transmises à vos Eglises et communautés ecclésiales.
Je m'adresse à présent à vous, chers amis des différentes traditions religieuses, et je vous remercie sincèrement de votre présence lors de l'inauguration solennelle de mon Pontificat. Je présente mes saluts cordiaux et affectueux à vous tous et à ceux qui appartiennent aux religions que vous représentez. Je suis particulièrement reconnaissant de la présence parmi nous de membres de la communauté musulmane, et j'exprime ma satisfaction pour le développement du dialogue entre musulmans et chrétiens, tant au niveau local qu'international. Je vous assure que l'Eglise désire continuer à construire des ponts d'amitié avec les fidèles de toutes le religions, dans le but de rechercher le bien authentique de chaque personne et de la société dans son ensemble.
Le monde dans lequel nous vivons est souvent marqué par des conflits, la violence et la guerre, mais il aspire réellement à la paix, une paix qui est surtout un don de Dieu, une paix pour laquelle nous devons prier sans cesse. Toutefois, la paix est également un devoir pour lequel tous les peuples doivent s'engager, en particulier ceux qui se réclament des traditions religieuses. Nos efforts pour nous rencontrer et promouvoir le dialogue constituent une précieuse contribution pour construire la paix sur de solides fondements. Au début du nouveau Millénaire, le Pape Jean-Paul II, mon vénérable prédécesseur, a écrit que "le nom du Dieu unique doit devenir toujours plus ce qu'il est, un nom de paix et un impératif de paix" (Novo Millennio ineunte, n. 55). C'est pourquoi il est impératif de s'engager dans un dialogue authentique et sincère, construit sur le respect de la dignité de chaque personne humaine, créée, comme nous chrétiens le croyons fermement, à l'image et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 26-27).
Au début de mon Pontificat, je vous adresse, ainsi qu'aux croyants des traditions religieuses que vous représentez et à tous ceux qui recherchent la Vérité d'un coeur sincère, une invitation pressante à devenir ensemble des artisans de paix, dans un engagement réciproque de compréhension, de respect et d'amour.
J'adresse à tous mon salut cordial. "
Entendons-nous bien : je ne suis ni attristé, ni étonné, ni indigné, ni offusqué, mais ce texte montre assez bien quelles ont été, dès l'origine, et quelles resteront, sans doute, les limites, si j'ose dire, "les points non négociables" qui seront maintenus en vigueur malgré la part de remise en cause du Concile, et surtout de l'après-Concile, qui est susceptible de découler de la mise en oeuvre de l'herméneutique du renouveau dans la continuité.
D'aucuns ont cru, à partir de fin 2005, au contact du fameux discours du 22 décembre 2005, que Benoît XVI allait (enfin) commencer à refermer la parenthèse que constitue, du point de vue des mêmes, le Concile Vatican II.
J'ai été, après d'autres et moins bien qu'eux, de ceux qui ont mis en garde tel ou tel liseur, en faisant remarquer que le Concile Vatican II, dans l'esprit de Benoît XVI, n'était pas une parenthèse, mais une stratégie globale, sur laquelle il est hors de question de revenir, dès lors que l'un des "engagements irréversibles" est susceptible d'être menacé par une remise en cause endogène potentielle.
" OUI à un recentrage liturgique et pastoral ad intra,
MAIS
NON à une restauration dogmatique et doctrinale ad extra "
Telle semble avoir été l'intention de Benoît XVI, à telle enseigne qu'il a cru devoir "rassurer" ses interlocuteurs, chrétiens non catholiques et croyants non chrétiens, dès le début de son pontificat.
Je précise, à toutes fins utiles, qu'il n'y a dans mon propos, ni dépit, ni regret, ni colère, ni tristesse, en l'occurrence, contre le Pape Benoît XVI ; par ailleurs, j'ai bien conscience du fait que mon "réveil", si réveil il y a, est quelque peu tardif, puisque ce discours du discours du 25 avril 2005 éclaire huit mois à l'avance le discours du 22 décembre 2005.
Ce discours m'inspire néanmoins la remarque suivante : il n'y a pas,
- d'un côté, les évêques "rénovateurs", partisans résolus de l'oecuménisme et du dialogue interreligieux, qui seraient tous à distance, sur ces deux questions, de l'intention de Benoît XVI,
- de l'autre côté, les fidèles "traditionnels", réservés ou sceptiques, vis-à-vis de l'oecuménisme et du dialogue interreligieux, qui seraient tous beaucoup plus proches, sur ces mêmes questions, de l'objectif de Benoît XVI.
A partir de là, on peut toujours s'interroger : Benoît XVI prononcerait-il le même discours, aujourd'hui ? N'est-il pas désappointé, désenchanté, par ce que sont devenus, entre 2005 et 2012, les "fruits" de l'oecuménisme et du dialogue interreligieux ? Peut-être...
Il n'empêche : en faisant de l'année 2012-2013 à la fois une Année de la Foi et une année de commémoration du Concile, le Pape nous dit, en substance, que la consolidation de la Foi catholique, au sein de l'Eglise, ne doit, EN AUCUN CAS, être de nature à aboutir, même implicitement ou indirectement, à la remise en cause des "engagements irréversibles" qui ont été souscrits, ad extra, au Concile.
OUI à l'explicitation ad intra de la vérité révélée,
MAIS
NON à l'explicitation ad extra de la radicalité et de la spécificité des éléments constitutifs de la vérité révélée qui sont susceptibles de générer des blocages et des clivages, dans les relations
- entre l'Eglise et les autres confessions, religions ou traditions,
- entre les catholiques et les autres croyants, chrétiens ou non.
Telle semble être la ligne de crête, des plus étroite, qui est l'une des conséquences de la relecture du discours du 22 décembre 2005, à la lumière du discours du 25 avril 2005.
Bonne fin d'après-midi à tous.
Scrutator.
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