Responsabilités partagées
Le Forum Catholique
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Montcalm - 2012-05-23 10:26:38
Responsabilités partagées
Je ne connais pas les sentiments de Tomislav Nikolic au sujet du catholicisme: il reste fidèle en tout cas à l'étiquette "orthodoxe, vrai de vrai" nationaliste, qui le conduit à se signer publiquement et à voir dans son élection la volonté de Dieu.
Ce qui est sûr, c'est que l'Eglise catholique est globalement perçue sous un angle très négatif, à cause du double passif de la Seconde guerre mondiale, et cela s'explique par des faits. Qu'on en juge:
- le régime croate pronazi des Oustachis a mené entre 1941 et 1945 une politique d'extermination contre les Juifs, les Tsiganes et les Serbes, au nom du catholicisme: les orthodoxes étaient qualifiés de "schismatiques à éradiquer". On planifia des massacres et conversions de force. Le camp de concentration de Jasenovac fut le tombeau de milliers de prêtres, religieux et laïcs serbes orthodoxes. l'horreur fut que nombre de ces exactions étaient encouragées par des moines fransiscains, ce qui fit dire au Cardinal Tisserant à Rome, au représentant de l'Etat croate: "Je sais ce qu'on fait les fransiscains en Croatie... Ces choses-là sont indignes d'un prêtre".
La passivité, sinon la complicité du clergé catholique croate, fut terriblement perçue par les Serbes, déjà anti-romains par tradition, et le sentiment de haine fut récupéré et cultivé par les communistes après 1945 (qui firent de même en Croatie contre les orthodoxes).
- en 1991, la Croatie déclare son indépendance, et réutilise les symboles et les références du régime oustachi, dans le but avoué d'effrayer les Serbes, qui se précipitent contre Zagreb.
Or, Jean-Paul II reconnaissant immédiatement la Croatie catholique, les Serbes firent l'amalgmae "Eglise romaine = Croates = Nazis", et crurent revivre la "croisade" menée par les Oustachis. D'où leur haine pour le Souverain pontife, qui "aggrava" son cas en béatifiant le primat croate en poste pendant la Seconde guerre mondiale, Mgr Stepinac, et en apportant plus tard son soutien au dirigeant albanais du Kosovo Ibrahim Rugova, lequel mit en balance une conversion qui n'arriva jamais.
Aujourd'hui encore, la Croatie n'est pas revenue sur le mythe national oustachi, ni sur la politique d'épuration des Serbes dans les années 1990.
La Serbie compte une minorité catholique, composée d'Hongrois au nord, de Croates et de Serbes convertis, qui demeure associée à l'étranger, face à l'orthodoxe nationale et identitaire.
Toutefois, on avait vu une évolution (intéréssée) de la part du précédent président, désireux d'être "moderne", qui avait invité le pape Benoît XVI en Serbie en 2013. L'Eglise orthodoxe, soumise au régime, avait acquiescé.
Au lendemain de l'élection de Nikolic, l'Eglise change de bord en annonçant qu'elle n'accueillera pas le Souverain pontife en Serbie (ni l'archevêque de Canterbury, d'ailleurs)... Benoît XVI jouit pourtant d'une image différente de celle de Jean-Paul II, car il n'a pas reconnu le Kosovo, et a établi des liens fructueux avec les orthodoxes russes (parrains des Serbes) et chypriotes.
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