Le souffle d'un rire, comme un orage
Le Forum Catholique
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origenius - 2012-04-24 11:11:59
Le souffle d'un rire, comme un orage
Le Temple est-il souillé ?
La question est importante. Le Temple est-il définitivement souillé ? La question n’est plus seulement "importante", elle est essentielle. De prime abord, il semble évident que toute chose corrompue, de par sa nature même, corrompt ce qui est sain. Que toute invasion, il n’est pas d’autre mot possible à propos du lieu sacré dont je parle ici, je veux dire et écrire Paray en Val d’Or, que l’invasion, donc, ne peut que corrompre le lieu. Il suffira d’entrer dans la Basilique, d’en subir le jaune criard masquant les pierres romanes, la prostitution du maquillage, acte de prévarication, pour comprendre.
Reste une évidence surprenante : quiconque arpente aujourd’hui le sol de Paray sent combien le lieu résiste, s’oppose, contrarie les velléités, déjà anciennes pourtant, de la corruption. Le Val d’Or est tendu entre l’appel du tourbillon de la prévarication et celui de la spirale. En haut de la rue, dans le sillage de la chapelle des apparitions, le Hiéron maintient un équilibre aléatoire.
Tout se passe comme si la corruption n’avait pu corroder l’espace autrement que de façon superficielle, comme si les fondateurs du Hiéron avaient, dans leur participation de la Sagesse, malgré certaines conceptions inacceptables ― que nous refusons essentiellement ― liées à un antijudaïsme qui, pour "être d’époque" comme l’on dit souvent, n’en est pas moins la marque du Mal, tout se passe, oui, comme si ces hommes, ces femmes et ces prêtres avaient prédit et prévu l’assaut de la corruption, bien sûr, mais aussi senti, su, la résistance. D’où vient-elle ? D’où provient cette résistance ? Il est difficile de se prononcer à ce sujet.
L’influence est spirituelle.
Le sachant sans le savoir, l’espace de Contrelittérature est le pèlerinage conduisant au réel de Paray. Sans doute a-t-il été facile d’user, avec cet espace, comme l’on use aisément dans un pays oublieux de son baptême et d’accuser. Les mots sont toujours les mêmes, ceux qui au nom d’une illusion de tolérance produisent l’essence même de l’intolérance. Ainsi, le pèlerinage ne va pas sans difficultés ni souffrances.
Dans la confusion ambiante, tout ce qui se présente comme refus de l’oubli de l’être intérieur apparaît comme uni. Nous ne sommes unis qu’au Cœur de Jésus-Christ et de Marie. Il n’est aucune passerelle avec aucun paganisme antimoderne, aucune conception d’un quelconque christianisme ésotérique, aucun bazar du new âge sur le chemin contrelittéraire. Sur la route qui conduit au Hiéron. C’est bien du contraire dont il s’agit : le Hiéron, en son sol, en son triangle entrelacé, à l’horizon de son temple égyptien et de la roche, dans la verticalité de la Croix, montre ce qui est et ce qui n’est pas. Le Hiéron est le lieu même où l’antimodernisme chrétien cesse toute forme de confusion. Nous ne le redirons pas car il n’est pas nécessaire de redire.
Les enjeux sont trop prégnants, point d’égarements vains.
Une chose est certaine tant elle vient du cœur, se réfugie dans le ventre, repart et irradie le corps : le rire.
Le rire est là.
Il faut laisser bavarder le bavardage de la confusion, le laisser dans l’illusion de son existence. Dès que nous cessons d’entendre, la confusion disparaît.
Il faut éclater de rire lorsque la corruption expulse de la Basilique.
Aucune expulsion de cette sorte ne se produit réellement. Pourquoi nous attarderions-nous devant les mimiques de la corruption ?
Quiconque arpente les pavés goudronnés de Paray en Val d’Or ne peut qu’être stupéfait ― pour peu qu’il soit conscient de la raison de sa présence là, de ce qu’il sert, malheureusement, ou de ce qu’il doit dans l’Espérance ― de la présence du rire. Présence effrayante pour celui qui sert, il suffit de regarder son visage et d’entrevoir sa stupéfaction pour en être convaincu ; présence extraordinairement rassurante, drôle, génératrice de sérénité, malgré la puissance de l’agression en dedans de l’être, de renaissance du plus de réel, à peine enfoui, pour qui doit.
L’homme qui marche dans les rues, là, voit combien l’on s’écarte de lui, combien on le fuit, qu’ils se prétendent vécus au sein d’un christianisme dévoyé, adorateurs de l’ours ou réincarnations de chamans venus d’orient, théosophistes de toutes les couleurs possibles...
Il y a tout cela à Paray, comme une invasion portée contre le Cœur. Il y a tout cela, aussi, dans la confusion de l’antimodernisme. Chrétiens, nous ne mangeons pas de ces éléments là.
Et pourtant... Le Cœur bat. Le sang s’écoule dans les veines.
Nous demeurons dans le Cœur de cette amande.
Si certaines âmes sont envahies, retournées, mises au service du corrupteur, singeant le service de Dieu, cela n’a pas tant d’importance. Gardons-nous de cette illusion, la pire, celle qui consiste à croire vivre en dehors de l’illusion. Les âmes envahies, errantes dans Paray en Val d’Or, ne sont pas dans Paray.
Elles ne sont que posées sur.
Du point de vue de l’adversaire, il était nécessaire d’aller au bout de la prostitution en "reconstituant" le Musée du Hiéron. Beauté de la farce et de l’Espérance : le singe se sauve, la queue basse, et le Hiéron renaît, dans la force et la beauté, comme un sol s’ouvrant au cœur même de Paray, pour engloutir l’illusionniste. Si l’adversaire mime le sacré, à Paray en Val d’Or, c’est qu’il ne le domine pas, juste qu’il tente, encore, de nous faire croire qu’il le domine.
Factice, le décor s’écroule d’un simple éclat de rire.
Disons le honnêtement : la ruse est assez enfantine pour avoir manqué nous abuser.
Le souffle d’un rire, comme un orage.
Cela est notre réponse.
Il suffit de lever la tête, dans la Basilique clunisienne, pour voir.
À Paray en Val d’Or, nous devons être.
Là se trouve le Hiéron, la présence réelle de Dieu, du Verbe dans le Principe. Là, et non ailleurs. Le Hiéron et sa présence sont dans le Hiéron. Paray est l’unique atelier. Et le Hiéron, de l’intérieur même de sa présence, adoube. Il n’est pas d’autre filiation que celle de l’adoubement par l’essence même de la Présence physique du Verbe.
Mais il faut rire de nous mêmes aussi, nous qui avons pensé, cru ou simplement accepté de croire que le lieu pouvait être corrompu. L’adversaire est capable de violence, cela est certain, cela se ressent dans la matière même du Val d’Or. Il est aussi capable de vernis.
Peu de choses en somme.
C’est l’acceptation qui a produit la chute apparente de l’enceinte.
L’acceptation de laisser le lieu à l’abandon.
L’illusion de laisser Paray et de croire un possible Hiéron ailleurs.
L’acceptation de l’illusion, le haussement des épaules, le détour du chemin.
Ainsi, le Temple est souillé, tout en ne l’étant pas.
Le réel est en simultanéité contradictoire.
L’enceinte n’a pas à être relevée, elle est.
Comment affirmer cela ?
Paray est encerclé. Il n’est pas une colline, une lisière de forêt, un hameau ou un village qui n’a, au cours des soixante-dix années passées, connu l’installation de la corruption, les crocs acérés tendus en direction de la Basilique, avides de la faire choir, de détruire l’œuf qu’est Cluny, en Paray. Paray est envahi. Des silhouettes d’individus, de créatures marchent, errent, dans ses rues ; il est peu d’hommes parmi eux. Les hommes, là, sentent combien ils effraient.
Au fond, ceux qui encerclent, ceux qui envahissent ne corrompent pas.
Ils craignent.
Parce qu’ils le savent, ils ne se sont pas emparés de l’enceinte sacrée, ils ne se sont installés qu’en surface, ils savent que le christianisme est un processus d’hominisation intégrale, et qu’à l’éclat du rire il leur faudra fuir.
Il est venu le moment, celui de l’éclat du rire.
Qu’il tonne et Il Régnera de nouveau en Val d’Or.
Matthieu Baumier
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