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le mot droit est utilisé de nos jours dans deux sens bien différents. Dans son sens strict, le droit est objet de la vertu particulière de justice. Il consiste dans une espèce d’égalité intrinsèque de la chose au bénéficiaire du droit 2. Il est évident que l’erreur et le mal ne peuvent pas être l’objet d’un tel droit. Dans le langage moderne, le mot droit désigne souvent autre chose : il est pris d’une manière beaucoup plus générale, en conformité d’ailleurs avec l’étymologie du mot, dans le sens de ce qui est convenable (« rectus ») en vue de la fin à obtenir. Pris dans ce sens, le droit n’est plus l’objet propre de la justice mais il intéresse toutes les vertus 3. On dira par exemple qu’il est convenable et prudent que l’État tolère certains maux et certaines erreurs, dans la mesure où leur répression serait la cause de maux plus grands, et l’on peut dire par conséquent que les citoyens ont dans certaines limites un « droit » à l’erreur 4 ou, si l’on préfère, un droit à ne pas être empêché de professer une religion fausse 5. Mais il est manifeste que le droit pris dans ce second sens est entièrement en dépendance de la fin. Or il est essentiel à la fin, c’est-à-dire au salut et au bonheur de tous, que le mal et l’erreur ne jouissent pas dans la société des mêmes droits que le bien et la vérité. Autrement les lois deviendraient gravement injustes, la société perdrait sa raison d’être et disparaîtrait même dans l’anarchie. En effet le bon ordre de la société repose tout entier sur la différence en quelque sorte infinie qui existe entre la vérité et l’erreur, entre le bien et le mal, et la fin principale de tout pouvoir est de rendre cette différence plus éclatante aux yeux de tous, en punissant le mal et en récompensant le bien.