Certes, je suis

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Jean Ferrand -  2012-02-01 18:49:34

Certes, je suis

Certes, je suis disciple de saint Thomas (tout au moins idéalement, car à vrai dire je le connais mal), mais surtout de son épigone le jésuite Paul Foulquié. C'est dans ses manuels que j'ai essayé de m'initier à la philosophie.

Page 452 de son traité de Métaphysique, il résume bien le problème complexe que vous abordez, et qui est en fait celui du classement, ou du positionnement, du thomisme parmi les différents systèmes philosophiques, et de sa supériorité présumée par rapport à eux.


"Nous pouvons maintenant la dénommer (la position thomiste dans le problème de la connaissance) un conceptualisme réaliste :

- C'est un conceptualisme, car elle affirme la réalité du concept ou de l'idée en tant que tels, c'est-à-dire dans l'esprit.

-Mais ce conceptualisme est réaliste et se différencie de celui qu'on appelle aussi nominalisme, car il affirme qu'à des idées correspond quelque chose de réel, non pas sans doute en soi et avec une existence propre (réalisme platonicien) mais dans les individus réels qui réalisent un même type que considère l'esprit en faisant abstractions des caractères individuants."



Ainsi donc, le thomisme se tiendrait à égale distance de l'idéalisme qui affirme seulement l'existence des idées, ou des représentations des choses, que du matérialisme qui ne voit de réalité que dans l'individuel saisi par les sens. Nous sommes à la fois esprit et corps. En réalité, le thomisme ne fait que défendre la solution du bon sens, qui écarte les simplifications abusives, ou même outrancières. Il ne serait pas non plus un dualisme, qui pose l’existence séparée de deux réalités distinctes, l’esprit et le corps, l’idée et la matière, qui ne communiquent pas entre elles. Il n’est pas non plus un monisme qui tient que la réalité se réduit à une seule composante : l’esprit ou la matière. Il affirme que les deux pôles de l’être, l’esprit et la matière, n’existent pas séparément, mais au contraire entrent en composition. Aussi bien dans l’ordre de l’existence, car l’esprit, ou l’idée, ou la forme, informe la matière, que dans l’ordre de la connaissance, car les deux réalités communiquent par le truchement de la sensibilité (physique) et de l’abstraction (qui est une opération mentale ou intellectuelle).

Vous avez sans doute raison de soutenir que le thomisme est un substantialisme, dans la mesure où il s’oppose au phénoménisme ambiant, qui ne reconnaît que l’existence des phénomènes, ou des représentations mentales, ou encore des accidents.

Mais là encore, le thomisme ne fait que défendre le point de vue du bon sens, qui tient que s’il y a des phénomènes, ou des représentations, il faut obligatoirement que soient les phénomènes, ou les représentations de quelque chose qui existe en soi, et qu’on appelle la substance. Et s’il y a des accidents, c’est-à-dire des réalités changeantes (tantôt ici ou tantôt là, tantôt chaud ou tantôt froid) il faut bien qu’il y ait une réalité permanente qui les sous-tendent. (C’est moi qui suis tantôt ici, ou tantôt là, tantôt chaud et tantôt froid). On l’appelle également la substance.

Mais quand on a éructé tout cela, est-on bien avancé ? N’a-t-on pas quelque peu tourné en rond ?

La philosophie, j’entends la bonne philosophie, la philosophia perennis, ne sert finalement qu’à mettre les idées en place, à ajuster le vocabulaire (les noms) à la réalité qui lui correspond (substantielle ou accidentelle). Mais ce n’est déjà pas si mal, surtout par les temps qui courent.

Ceci est un essai, peut-être un peu prétentieux. Je le poste quand même, car le rapport du thomisme avec la philosophie récente demeure un sujet intéressant. Je ne parle pas de la philosophie actuelle. Existe-elle ?
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