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Ensuite le futur pape s’arrête aussi sur les affirmations lancées par Guardini dans sa fameuse lettre de 1964 aux participants au troisième congrès liturgique de Mayence, qui contenait la célèbre question: "L'acte liturgique, et avec lui surtout ce qu’on appelle 'liturgie', est-il si lié historiquement à l'antiquité ou au Moyen Age que, par honnêteté il faudrait l’abandonner tout à fait aujourd’hui?". Cette question cachait en réalité une interrogation dramatique: l'homme de l’avenir sera-t-il encore capable d’accomplir l'acte liturgique qui nécessite un sens symbolico-religieux désormais en voie de disparition, en plus de la seule obéissance de la foi?
Loin du pathos optimiste des débuts, Guardini entrevoyait la postmodernité sous un aspect bien différent de ce qu’il avait souhaité précédemment. Un véritable choc spirituel dû à la civilisation technique qui envahit tout, comme en témoignaient déjà, en 1923, ses "Lettres du lac de Côme". Voilà pourquoi, note Ratzinger, "on trouve, dans sa lettre de 1964, quelque chose de la difficulté de ces derniers temps, malgré la joie que lui donne la réforme liturgique menée par le Concile et développée à partir de son travail. Guardini exhorte les liturgistes réunis à Mayence à prendre au sérieux la non-implication de ceux qui considèrent que la liturgie n’est plus exécutable et à se demander - si la liturgie est essentielle - comment on peut les rapprocher d’elle".