Le Forum Catholique
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N.M. - 2012-01-26 16:53:24
Malheureusement non
Malheureusement non, mon cher Ion, nous ne disons pas la même chose. J'en suis sans doute aussi marri que vous, mais c'est un fait.
Reprenons...
1. La puissance publique doit veiller à la possession commune et paisible (en société) de la vraie religion qui est la religion catholique.
Je vous signale d'ailleurs que vous changez les données du problème, puisque là où j'affirme que la possession commune et paisible de la religion catholique fait partie intégrante du Bien commun que la puissance publique doit réaliser, vous parlez vous du "bien commun selon la loi naturelle".
Ce n'est déjà pas vraiment la même chose (vous en conviendrez je pense), car en parlant seulement de "bien commun selon la loi naturelle", vous paraissez manifestement (du moins si l'on s'en tient à ce que vous affirmiez plus haut) exclure la possession commune de la religion catholique du Bien commun commis à l'autorité temporelle.
La question est donc : oui ou non la possession commune et paisible de la religion catholique fait-elle partie intégrante du Bien commun (temporel) ?
Suite à votre reformulation (que je ne saurais accepter), vous donnez le commentaire suivant :
Il se trouve que tout cela subsiste dans l’Eglise catholique, mais ce n’est pas le rôle de la puissance publique de l’affirmer, la vérité éclatera d’elle-même
Qu'entendez-vous par là ?
Que le "bien commun selon la loi naturelle" et/ou "ce qui [y] contribue" "subsiste dans l'Eglise catholique", au sens de : est enseigné/promu et/ou souhaité (comme devant être réalisé dans le cadre de la cité) par l'Eglise catholique ?
D'abord, vous savez bien que l'idée selon laquelle la vérité "subsiste dans" l'Eglise catholique est à mes yeux et aux yeux de tant d'autres éminemment suspecte.
Si l'on entend dire par là que seule l'Eglise catholique - seule vraie Eglise de Celui qui est Vérité - possède la Vérité intégralement, de telle sorte que les autres communautés religieuses, même si, au milieu de tant d'hérésies, elles professent encore des vérités, ne possèdent pas à proprement parler ces mêmes vérités en tant que cette possession légitime revient seulement à la seule vraie Eglise du Christ (qui EST exclusivement l'Eglise catholique, et qui n'est aucunement participée par lesdites communautés dissidentes)... alors c'est parfait.
Mais je doute que tel soit effectivement votre point de vue...
Cela étant dit, je maintiens que c'est bien à la puissance publique de promouvoir par son action proprement politique, et notamment législative, la loi naturelle ET la religion catholique.
"Donc, puisque la fin de cette vie qui mérite ici-bas le nom de vie bonne est la béatitude céleste, il appartient à ce compte à la fonction royale de procurer la vie bonne de la multitude selon ce qu'il faut pour obtenir la béatitude céleste ; c'est-à-dire qu'il doit prescrire ce qui y conduit [à la béatitude céleste] et, dans la mesure du possible, interdire ce qui y est contraire."
Saint Thomas d'Aquin, De Regimine principum, livre I, chapitre 16.
Oui, vous avez bien lu : l'autorité temporelle "doit prescrire ce qui conduit" à la béatitude céleste qui est notre fin dernière, et "interdire ce qui y est contraire", et ce "dans la mesure du possible". Qu'est-ce qui conduit à la béatitude céleste ? La vraie religion qui est la religion catholique. Et parmi ce qui est contraire à la religion catholique, il y a (à divers degrés : schisme, hérésie, infidélité, idolâtrie) les autres religions dont l'exercice public doit être interdit "dans la mesure du possible".
2. La puissance publique possède en conséquence le pouvoir d'empêcher la pratique publique des fausses religions, pour peu qu'il ne soit pas plus prudent d'en tolérer l'exercice dans une situation concrète donnée.
Là encore, vous changez les données du problème et reformulez comme suit :
La puissance publique possède en conséquence le pouvoir d'empêcher la pratique publique de ce qui nuit à ce bien commun (ordre public, loi naturelle).
Remarquez, je dois vous rendre cet hommage que vous êtes logique avec vous-même... à défaut de suivre la doctrine catholique (celle que ledit concile Vatican II ne saurait annhiler sauf à ce juger lui-même, cf. Jn. III, 19).
Vous niez que la possession commune et pacifique de la vraie religion fasse partie intégrante du Bien commun, et en conséquence vous déniez à l'autorité temporelle le double devoir de "prescrire" ce qui conduit à la béatitude éternelle, c'est-à-dire de professer et promouvoir la religion catholique, et d'"interdire ce qui y est contraire".
Double exigence qui ressortit à l'élévation de la nature humaine à l'ordre surnaturel, et dont il s'ensuit que le Bien commun temporel (ou Bien commun intrinsèque) qui ressortit à l'autorité temporelle est ordonné à notre fin dernière surnaturelle, qui est le Bien commun extrinsèque. Sans l'odonnancement au Bien commun extrinsèque, le Bien commun intrinsèque n'est pas en tout et pour tout réellement promu par l'autorité temporelle. C'est pourquoi l'autorité temporelle doit professer la vraie religion, dont la possession commune et paisible fait partie intégrante du Bien commun, et proscrire "dans la mesure du possible" l'exercice public des fausses religions.
En effet, par définition, les fausses religions, en tant qu'elles sont (notamment) publiquement professées, lèsent en tant que telles le Bien commun...
... et non pas dans la mesure seulement où elles viendraient à léser "la loi naturelle" et "l'ordre public".
De soi, la profession publique d'une fausse religion porte atteinte à la possession commune et paisible de la vraie religion qui est partie intégrante du Bien commun.
De soi la profession publique de l'hérésie lèse le Bien commun, même si l'on ne s'adonne pas au tapage ou si l'on ne vient pas saccager les églises catholiques, comme au temps de l'affaire des placards et de ladite réformation.
Vous ajoutez le commentaire suivant :
Il se trouve que ces pratiques peuvent venir, entre autres, d’enseignements erronés des religions « incomplètes » ; pour autant, ce qui est bon et bien dans toutes les religions, même enseignées au nom de ces autres religions, ne pourra que contribuer à … amener au Christ, mais sans que la puissance publique ne l’ait explicitement annoncé, laissant cette tâche à l’Eglise.
En raison de l'élévation de notre nature à l'ordre surnaturel, l'autorité temporelle doit professer publiquement la vraie religion et s'en remettre pour ce faire à l'autorité spirituelle compétente qui est la hiérarchie catholique (mais certes pas au fantôme de cette dernière, fantôme qui a précisément sabordé toute vérité en ces matières).
Fustigeant ce qu'il appelle "le droit nouveau", le pape Léon XIII condamne le principe d'une espèce d'Etat agnostique ("sans que la puissance publique ne l’ait explicitement annoncé [le Christ], laissant cette tâche à l’Eglise) que malheureusement vous défendez :
"De telle sorte, on le voit, l'Etat n'est autre chose que la multitude maîtresse et se gouvernant elle-même ; et dès lors que le peuple est censé la source de tout droit et de tout pouvoir, il s'ensuit que l'Etat ne se croit lié à aucune obligation envers Dieu, ne professe officiellement aucune religion, n'est pas tenu de rechercher quelle est la seule vraie entre toutes, ni d'en préférer une aux autres, ni d'en favoriser une prncipalement ; mais qu'il doit leur attribuer à toutes l'égalité en droit, à cette fin seulement de troubler l'ordre public."
Léon XIII, Lettre encyclique Immortale Dei sur la constitution chrétienne des états, 1er novembre 1885.
Par ailleurs, il est exact que les fausses religions pratiquent le recel : c'est-à-dire qu'elles conservent en effet, à des degrés fort divers, un certain nombre de vérités.
C'est dans l'ordre des choses. L'hérésie n'est pas la négation de toutes les vérités révélées, mais il suffit qu'une seule des vérités révélées (attestées comme telles par l'Eglise) soit niée pour que l'hérésie soit objectivement constituée.
L'hérésie est comme vous le dites vous-même le fait d'être "incomplet". Sauf que vous y voyez une espèce d'excuse objective, alors que gît là la nature même de l'hérésie.
"Bonum ex integra causa, malum ex quocumque defectu" dit l'adage scolastique.
Les religions autres que la religion catholique ne sont pas seulement des "religions incomplètes" ; ce sont des religions intrinsèquement fausses et mauvaises : fausses et mauvaises parce qu'incomplètes.
Est-ce que cependant ces éléments de vérité que l'on trouve encore dans les fausses religions peuvent amener au vrai ?
En tant que ces éléments sont mêlés à l'hérésie, à l'infidélité ou à l'idolâtrie - et compte tenu de la blessure d'ignorance en raison du péché originel - il apparaît au contraire que la profession publique du vrai mêlé au faux contribue très fortement à tourner la tête d'un chacun : occasion de doute et de scandale pour les catholiques, enracinement dans l'erreur chez les autres, et notamment chez ceux dont la conscience est incoupablement erronée.
Bien cordialement
N.M.
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